‹ Jean II, roi de PortugalChapitre 80 sur 84 · CAM0EN · texte numérisé non relu

CAM0EN

C'est en vaïn qu'au Parnasse un téméraire auteur Prétend de Fart des vers atteindre la hauteur : S'il ne sent du ciel l'influence secrète, Si son astre en naissant ne Ta formé poète.

v Dans son génie étroit il est toujours captif; Pour lui Phébus est sourd et Pégase rétif. 1

Aussi docile qu'intelligent, Luiz s'exerçait à la pureté de diction sous la conduite de maîtres habiles, et accueillait avec reconnaissance les conseils qui lui étaient adressés. Ses premiers essais furent heureux : ils lui conquirent l'admiration générale. Pourquoi tant de talents, qui présageaient le bonheur, n'ont-ils pu tirer de la misère celui qui les possédait? Il entre dans les desseins de . Dieu, si l'on en juge d'après ce qui se passe ici-bas, de soumettre les âmes fortes aux plus rudes épreuves pour montrer la puissance de la vertu. Nous allons voir la patience d'un sage en butte à la mauvaise fortune.

Il était d'usage que les gentilshommes, au sortir de l'université, parussent à la cour, tant pour achever leur éducation que pour se produire dans le monde. Camoens, avec son extérieur aimable et son esprit hors ligne, y fit sensation ; mais, simple cadet de famille, la carrière des armes lui était seule ouverte. Le désir de défendre son pays remplissait son âme, car la valeur, chez lui, égalait l'instruction. Une dame du palais, Catherine d'Ataïde, ne tarda pas à fixer son attention : elle appartenait à une noble famille, et brillait surtout par les plus belles qualités. Sérieusement épris, il conçut le dessein de s'unir à elle par des liens sacrés aussitôt que les circonstances le permettraient; il comptait, hélas! sans les obstacles. Si la naissance était égale de part et d'autre, la richesse ne l'était pas ; pour couper court à toute instance, les parents de la jeune fille firent exiler à Santarem celui .qui, quoique pauvre, osait prétendre à sa main.

Errant çur les bords du Tage, dont les ondes azurées

1 1 ) Art poétique, début.

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