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semblaient emporter ses regrets vers Lisbonne, ramant malheureux exhalait sa douleur en touchantes élégies ; il verse des larmes amères, mais il espère toujours. Sa pensée est libre, son esprit brave les injustices du sort, et, pour charmer ses ennuis, il compose même des comédies, qui ne sont que le prélude d'un poème impérissable. Deux années s'écoulent : le temps, impuissant à calmer les peines de don Luiz, finit par apaiser la rage de ses persécuteurs, sans toutefois faire tomber la barrière qui s'opposait à la réalisation de ses vœux; et, rappelé dans sa ville natale, le jeune gentilhomme tient à montrer sa valeur en se signalant sur les champs de bataille.
Le Portugal était alors en guerre incessante avec les Maures, qui lui disputaient la possession de ses établissements de la côte d'Afrique ; le gouverneur de Ceuta demandant des renforts de troupes, une expédition fut décidée dans les conseils de Jean III, défenseur de la foi chrétienne et de la liberté de son pays. Voici donc l'occasion pour le poète de montrer que son courage n'est point au-dessous de son mérite littéraire ; il s'embarque résolument et ne tarde pas à se trouver en face de l'ennemi. Le combat s'engage; la mer est le théâtre de scènes sanglantes, lés morts et les blessés jonchent le pont du vaisseau; et, au moment où Camoens accomplit des prodiges de vaillance, un coup de feu vient le frapper à la tête et le prive de l'œil droit; il demeure les armes à la main jusqu'au moment décisif de la victoire.
Une si glorieuse ^blessure réclamait assurément jmc récompense éclatante. Don Luiz fut oublié : d'autres recueillirent les lauriers qui auraient dû être placés sur sa tête. Je plains les rois qui ne savent pas reconnaître le mérite de leurs sujets ; mais c'est avec une reconnaissance profonde que j'ai vu dernièrement le prince qui préside aujourd'hui aux destinées de la nation portugaise
rendre hommage à la mémoire de Camoens. La postérité la plus reculée se rappellera que la statue de Fauteur des Lumdes a été inaugurée sous le règne bienfaisant- de l'auguste fils de dona Maria. .
Ingrate patrie, tu n'auras t pas mes os, s'écrie, dans un moment de juste indignation, le nouvel Horatius Coclès, comme autrefois. Scipion; et, au mois de mars 155 3, il part pour les Indes. Quel déchirement de cœur ne dut-U.pas éprouver en s'éloignant de celle qu'il avait choisie pour l'associer à ses espérances d'avenir ! Ce qui prouve une exquise délicatesse de sentiment, c'est le soin qu'il met à ne jamais faire connaître si son amour fut partagé et à ne pas même prononcer une seule fois le nom chéri de Catherine d'Ataïde. Dans ce long voyage, il se passa, de dures péripéties; assaillie par la tempête au cap de Bonne-Espérance, l'escadre fut obligée de laisser en relâche trois des vaisseaux qui la composaient le quatrième seul résista à la force des vents et sauva du naufrage le futur Homère des Lusitaniens. Tout porte à croire que la tourmente dont il fut témoin au milieu des flots lui inspira l'ingénieuse fiction du géant Adamastor, qui produit un merveilleux effet dans le récit de la navigation de Gama.
A peine arrivé à Goa, don Luiz, qui vient de parcourir la route tracée par le génie et l'intrépidité de ses ancêtres songe plus que jamais à célébrer .leurs exploits; déjà il accorde sa lyre; il oublie ses déboires; il ne songe plus à l'ingratitude des grands ; et si la passion qu'il porte au fond de son âme est toujours aussi vive, il tienf avant tout, à montrer qu'aux cœurs généreux la patrie est toujours chère, quelles que soient ses fautes. Le vice-roi des possessions orientales se dispose à marcher contre le tyran de Pimenta qui a violé le droit des gens ; il a besoin d'hommes de bonne volonté. Le héros de Ceuta s'offre le' premier et contribue par sa bravoure au succès de l'entreprise. Loin de se prévaloir de cet évène*
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ment heureux, nous le voyons s'attacher à relever là •belle conduite de ses compagnons d'armes.
-Qu'un ami véritable est une douce chose! a dit le bon La Fontaine. Camoens avait su s'attirer de nombreuses sympathies, et, parmi les personnes qui lui étaient le .plus dévouées, se trouvait don Antonio de Noronha. Tout à coup il apprend la nouvelle de la mort de ce fidèle confident de ses peines, tué en face de Tétiian, en défendant «on pays ; ce trépas imprévu lui fait cruellement sentir le vide qui l'entoure sous le ciel de l'Asie, et il exhale sa douleur en accents pleins de tendresse et de patriotisme. Ah! s'écrie-t-il, ce n'était donc pas assez que la distance nous séparât! fallait-il encore que nos relations prissent une fin si inopinée. Plût à Dieu que ma vie eût pu racheter la sienne ! mais honneur à celui qui tombe en combattant pour la gloire de son drapeau ï
Lé souvenir de ses amis, et surtout celui de la noble jeune fille qu'il avait voulu associer à son existence, lui revient sans cesse; il n'a d'autres distractions que l'étude, d'autres délassements que la culture de la poésie, à laquelle le portent . son imagination ardente et sa profonde connaissance des chefs-d'œuvre de l'antiquité. Il est entouré de l'estime générale, et cependant il est triste ; cette patrie, qu'il a si justement taxée d'ingratitude, il l'aime toigours; aux rives embaumées du Gange, il préfère les bords chéris du fleuve qui lui rappelle les joies de son enfance.
Une nouvelle occasion de signaler sa valeur martiale, se présente bientôt. Il s'agit d'aller croiser à l'entrée de la mer Rouge pour s'opposer aux pirateries des Maures de la côte d'Afrique ; une escadre est expédiée dans les parages du golfe Persique, et Camoens, toujours prêt à affronter les dangers quand il s'agit d'être utile à son pays, prend part à l'expédition navale. Condamné à, hiverner pendant de longs mois en face des rochers sauvages de Bab-el -Mandela il attend en vain l'ennemi qui'
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se tient éfoigtié ; souvent la tempête menace d'engloutir son vaisseau : il demeure calme, quelle que soit l'agitation de la mer, et il compose des vers où respirent les plus beaux sentiments de constance, de dévouement et de générosité. Heureuse la nation qui produit de pareils hommes ! plus heureuse encore quand elle sait les apprécier.
Après avoir imposé la terreur aux musulmans, la flotte rentre à Goa au mois d octobre 1555; l'administration coloniale a subi un changement; don Francesco Barreto a succédé au vice-roi avec le titre de gouverneur. Loin de réprimer les désordres que le poète-guerrier n'a pas craint de signaler dans une satire intitulée Disparates na Inbta, Sottises dans l'Inde, le nouveau chef, vain et orgueilleux, se trouve offensé de ce qu'on lu: rappelle son devoir ; il tolère tout pourvu qu'on le flatte ; mais il pousse la fureur jusqu'à reléguer aux îles Moluques celui qui, le premier, a osé divulguer les plue criants abus.
Semblable au juste si bien dépeint par Horace, don Luiz accepte son sort avec une conscience tranquille ; le monde s'écroulerait sur sa tête, qu'il en supporterait sans défaillance lçs débris; entre lui et son persécuteur, il se contente d'en appeler à la postérité. Il faut dire ici que cet appel a été entendu et que la victime a triomphé du bourreau devant le tribunal de l'opinion publique. Au bannissement vient se joindre un supplice plus douloureux : Catherine d'Ataïde s'est éteinte à la fleur de l'âge ; tout Lisbonne a pleuré l'ange de douceur et de bonté qui avait séduit le cœur de Camoens, et le pauvre exilé ne peut, à cette fatale nouvelle, contenir la peine qui déborde de son âme ulcérée.
Trois années se passent sans alléger le tourment de l'infortuné en proie aux plus cuisants chagrins; enfin Barreto est rappelé et don Constantin de Bragance vient occuper sa place. L'espoir renaît au cœur de Luiz ; d'an-
ciennes relations d'amitié plaident en sa'faveur auprès du maître actuel dés possessions indiennes, et celui-cis'empresse de lui confier la charge de curateur aux successions vacantes à Macao. Cette position qui, sans être fort lucrative, permit à Camoens de jouir d'une honnête aisance, influa considérablement sur la composition du poème qu'il méditait depuis sa sortie de l'université de Coïmbre; c'est dans une grotte, que l'on montre encore, 1 que l'auteur des Lusiades allait chaque jour consacrer quelques heures à ses méditations poétiques; là, en présence de l'océan qui grondait à ses pieds, il évoquait les fastes glorieux de l'histoire du Portugal, et, par l'harmonie de ses vers, donnait un gage d'immortalité à ses concitoyens dignes d'être recommandés aux siècles à venir.
Les habitants de Goa, qui avaient donné des fêtes ridicules à l'arrivée de Barreto, attribuaient faussement à Camoens un libelle où ils étaient tournés en dérision; c'est pourquoi plusieurs d'entre eux lui avaient voué une haine injuste. Pour ne pas exposer son protégé à d'indignes récriminations, don Constantin attendit que le§ esprits fussent calmés avant de le rappeler auprès de lui. L'heure de la délivrance a enfin sonné pour le proscrit : il s'embarque plein d'espérance ; s'il n'a pas amassé <te trésors, il a, du moins, travaillé à doter sa patrie d'un monument littéraire qui fera l'admiration de tous les âges. Mais à quoi tient la destinée des choses humaines? La tempête mugit; le vaisseau fait naufrage, et, comme César dans une circonstance semblable, don Luiz se jette à la nage à l'embouchure du fleuve Mécom, tenant d'une main le manuscrit des Lusiades, et de l'autre fendant l'onde amère pour gagner le rivage. Ses efforts sont
(1) Une inscription en français et en chinois, due à M. Rienzi, perpétue la souvenir du grand poète; la grotte est située tout près de la ville de Macao et surmontée d'un rocher qui domine au loin les. flots.
couronnés de succès : rendons grâces à Dieu d'avoir secouru l'intrépide Portugais et préservé de la destruc-' tion une œuvre dont on ne saurait prononcer le nom sans se sentir ému. Qui, en effet, demeurerait indifférent aux chaats patriotiques de Camoens? Que de peuples,; pour célébrer leur gloire, doivent envier un tel génie î
Recueilli par des pêcheurs chinois, le naufragé attend une occasion favorable pour achever son voyage; sa simplicité est admirable au milieu de ces gens rustiques qui ne se doutent pas qu'ils ont accordé l'hospitalité à l'homme le plus remarquable de son. siècle; il a pour serviteur un nègre de Java, dont le dévouement est sans bornes ; tous^ deux ont subi les mêmes périls, et, désormais, rien ne pourra les séparer; La vue de la terre entourée d'écueils, où le sort l'oblige à mener une vie oisive et ennuyeuse, lui inspire soudain la pensée d'utiliser ses loisirs; comparant sa situation à celle des Hébreux au bord de l'Euphrate, il se met à commenter le psaume Super flumina Bàbylonis, dans lequel le roiprophète exprime d'une manière si touchante les regrets des enfants de Jacob au souvenir de Jérusalem. Malgré son serment téméraire de ne jamais revoir Lisbonne et les rives du Tage, Luiz ne peut oublier les beaux jours de l'enfance et de la jeunesse, et en pensant au pays qui Ta vu naître, il suspend, lui aussi, son luth aux arbres qui l'entourent, et se prend à pleurer.
Le moment arrive enfin de contihuer sa route vers Goa ; là, au moins, si la patrie ne lui est pas encore rendue, il en entendra le langage et en verra flotter le drapeau. À peine débarqué, Camoens s'empresse d'aller remercier son bienfaiteur, à qui il dédie des stances dignes d être comparées aux plus belles pages d'Horace en faveur d'Auguste. Il loue à bon droit don Constantin de Bragance d'avoir mis fin aux abus qui s'étaient introduits dans l'administration coloniale; puis, voulant don- : ner aux amis qui le félicitent de son retour, une preuve
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de gratitude, il les réunit dans un festin où chacun d'euxfxouve, à la place qu'il occupe, une pièce de vers en son. ljqnneur. Quelle délicatesse de cœur ! On s^étonne qu'une nature aussi généreuse ait jamais pu être en butte à. l'inimitié.
Cependant le temps fixé poyr le séjour du vice-roi dans l'Inde, a atteint son terme; au protecteur du poète çuccède le comte de Redonho qui, bien disposé d'abord,, ne tarde pas à se laisser circonvenir par quelques intrigants furieux d'avoir été démasqués dans les Disparates y,a India; ils poussent l'audace jusqu'à accuser l'honnête Camoèns de malversation dans son emploi de curateur et le font emprisonner. Spectacle déchirant! L'innocence çst en proie à la calomnie ; une foule stupide se mêle aux clameurs des méchants qui ont juré la perte de leur victime. Aussi patient dans les fers que dans l'exil, celui qui a assisté aux plus rudes combats sans trembler se remet avec confiance dans les mains de la Providence;, sa conscience lui dit qu'il n'a rien à se reprocher, et il dort tranquille. Son intégrité ne tarde pas à être reconnue et proclamée au grand jour; il ne reste à ses lâches délateurs que la honte de leur perfidie. Un impitoyable créancier vient, pour une dette légère, protester contre la mise en. liberté de Camoens, et celui-ci recourt alors, (c'est la seule fois de sa vie) au crédit du vice-roi.* Il le fait sans bassesse, et sa requête montre bien que, loin de s'emparer de la fortune des autres, il n'a pas même assez songé à la sienne,
. Délivré de tout ennui, don Luiz passe la saison d'hiver dans ses études favorites, et, selon le précepte d/e- XArt poétique, il revoit ses ouvrages / jour et nuit; de nouvelles productions sortent encore de sa verve féconde.
Mais, quand revient le printemps, quand recommencent, les expéditions maritimes, . il reprend son épée et va, coipme de plus belle, affronter la mort pour l'honneur de son pays ; c'est donc avec raison qu'il peut dire à son
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roi : * J f ai, pour vous servir, un bras fait aux armes, et, pour vous chanter, une voix chère aux Muses. »
C'est ainsi que s'écoulent plusieurs années ; l'âge n'a point affaibli l'ardeur guerrière de Camoens, les traverses n'ont pu ternir l'éclat de sa brillante imagination. Que va devenir l'épopée- à laquelle il a consacrée sa vie entière? L'Europe, où fleurit le goût des Lettres, est seule capable d'apprécier à sa juste valeur cette œuvre éclose sous le soleil brûlant de l'Inde, au milieu des plus grandes vicissitudes ; oubliant donc les torts de sa patrie, Fauteur des Lusiades se décide à revoir Lisbonne et le Tage, qui lui rappellent tant de souvenirs. Trop pauvre pour subvenir aux frais d'une longue traversée, il accepte l'offre trompeuse d'un autre Barreto qui«f'engage à le prendre pour compagnon de voyage jusqu'à Mozambique, et qui, une fois en route, le traite avec une dureté révoltante. Réduit à la dernière misère, le poète rencontre heureusement des amis généreux dont l'appui b tire d'embarras ; il ne peut toutefois échapper au misérable qui Ta séduit par des promesses fallacieuses, qu'en lui remboursant le prix de son passage.
Don Luiz n'a point à rougir de son indigence : la conscience du devoir accompli lui tient lieu de richesses. Si des compatriotes, plus favorisés des biens de la fortune, lui viennent en aide, il saura témoigner à la face du monde que son cœur est plein de reconnaissance, et il s'acquittera de sa dette en immortalisant le nom de ceux qui lui tendirent une main secourable.
Après seize ans d'absence, qu'il est doux de rêvai f le sol natal! Le navire, à bord duquel l'humble barde est admis, grâce à la libéralité de quelques gentils* hommes portugais, marche trop lentement au gré de ses désirs ; lorsque les hauteurs de Cintra apparaissent dans le lointain et que, dans les nuages transparents, se dessinent vaguement les contours du cap de Roca et la pointe de Cascaès, des larmes de joie| coulent des yeux
de Camoens ; il ne songe plus au passé ; l'avenir semble lui sourire plein d'espérances.
Douces illusions d'une K âme loyale où la haine n'a jamais eu daccès, pourquoi vous évanouirez-vous si vite? Déjà les eaux du Tage viennent se rtièler à celles de l'Océan, les édifices et les jardins se distinguent à l'œil nu, le son des cloches arrive jusqu'aux oreilles du poète; encçre quelques instants, et le rivage tant désiré recevra, au milieu d'une foule empressée, le plus généreux des enfants de Lisbonne. Mais partout, hélas! règne un morne silence : les habitants de la cité, décimés par un terrible fléau, ne fréquentent plus le port; les promenades sont désertes; la peste ne cesse d'exercer ses ravages. L'entrée de la rade étant rigoureusement défendue à tous les bâtiments du dehors, il faudra attendre plusieurs mois peut-être avant d'être admis à la libre pratique; don Luiz perd un de ses amis pendant la longue quarantaine à laquelle il est forcé de se soumettre ; et, malgré sa douleur et le danger qu'il court lui-même, il est toujours fort et courageux. Il a fait le sacrifice de sa Vie; il ne désire qu'une chose : c'est d'embrasser, avant de mourir, la terre où repose celle qui lui a inspiré un si noble et si pur attachement, et de déposer aux pieds de son roi la sublime épopée que lui a dicté le plus ardent patriotisme.
Arrivé en face de la capitale du Portugal à la fin do l'année 1569, Camoens ne peut quitter sa prison flottante qu'au mois de mai suivant; tout entier au bonheur de serrer des mains avides de toucher la sienne, de retrouver des visages sympathiques, d'épancher son cœur dans des entretiens intimes, il aborde le quai avec un empressement fébrile.»., il ne rencontre qu'une tristesse et une désolation effrayantes. La détresse est venue après l'épidémie ; l'affliction a pris la place dç cette joie qnï, autrefois, éclatait en bruyants accents ; la ville est plongée dans le deuil. Que les temps sont changés 1
s'écrie-t-îl avec angoisse, et il môle ses larmes à celles de ses concitoyens.
; Don Sébastien régnait alors; à peine sorti de tutelle, ce prince, qui ne manquait pas de bonnes qualités, était à la discrétion de favoris qui ne pouvaient que l'entraîner à sa perte. En cet état de choses, il était difficile au poète de pénétrer à là cour ; ce n'est qu'à force de temps et d ? instances qu'il parvient à obtenir une audiencç du jeune souverain et à lui présenter ses Lusiades. Faut-il attribuer au mauvais état des finances ou à l'impression fâcheuse que firent sur les ministres les sages conseils donnés au roi par Camoens, la maigre, je pourrais dire dérisoire pension 1 allouée à ce dernier pour ses longs et fidèles services militaires? L'une et l'autre de ces deux causes y furent sans doute pour beaucoup ; toujours estil que cette parcimonieuse retraite, fort irrégulièrement payée, ne sauva point de la misère celui qui fit tant pour l'honneur de la nation portugaise.
Les Lusiades parurent en 1572 et excitèrent un Gri d'admiration; il fallut en donner une seconde édition avant la fin de l'année, et cependant l'auteur, vu le peu de bénéfice que lui rapporta son chef-d'œuvre, resta aux prises avec l'indigence. Ni les descendants de Vasco de Gama, dont le nom devenait immortel, ni les riches et puissants seigneurs d'alors, tout fiers qu'ils étaient de l'éclat jeté sur leur pays, ne s'émurent de la position précaire de l'illustre Camoens ; je dis illustre, car sa renommée ne tarda pas à s'étendre au delà des bornes de la péninsule ibérique. Le Tasse, qui n'a point encore publié la Jérusalem délivrée, s'empresse d'adresser un magnifique sonnet à celui qui lui ouvre la voie dans l'épopée historique. Touchant hommage rendu au génie du poète portugais, par un rival d'un mérite incontestable ! Ils ont
; (1) Cette pension no représentait guère alors que cent francs de notre monnaie française.
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