A L'ARBRE DE NOËL
Salut, noble envoyé des forêts éternelles.
Toi qui viens nous .porter les! parfums- du pays, BaAsetra discrets et purs, caresses maternelles De notre chère Alsace à ses enfants bannis !
Nous savona quelle main j>iease et vénérée A voulu t'arracha, là-bas, de te® hauts lieux, Pour nou3 montrer un peu de la terre sacrée Où loih- diej nous, hélas ! dormemt tous nos aA'e^tfi •
D'où viens-liu! 11 Dîs4e nous ! Sur quelque roc sauvage, Au bord dies noirs ravins étendant tes longs bras, Vivais-tu près des burgsi du sombre nioy)ein âge| Qf en un jour de courrouixj le peuple mit k bas ?
As-tu vu Gélroldiseck, l'évêque, avec ses retoes. Sur Strasbourg r^évolté marcher pressant les
rangs ?
Ah ! dis-nous donc, alotrs, comament nos fiers ancêtres Ont fiait, à Hausberg"en, pdur broyetr les l^yrteins !
Viendrais-tu du Donon, idiont la tête si fière S'élève, déîn;udé.e, au-dessus des grande bois ? Etais-tu le voisin des vieux témoins de pierre Qiui disent en passant quel nouss somanes Oaulois ?l
Quand la iFr'ance sortit dei la grandie fournaise. Rayonnante, nouveau Phénix ressuscité.
As-tu senti passer la jeunei « Marseillaise », Prenant son premier vol vers Timmortalité ?
N'as-tu pas admiré, dans ces temps héroïques. Rués vers la Lauter que mienaçiaient les T'ois, Tiertpibles, demi-nus, ïios paysans épiques Qui rendirent la Force esclave dei leurs Droits ? — Mais^non ! reste muet... Notre modieirneiHisitoire Rougirait au récit de ces faits inouïs...
Laissons, laissons dormir, dans leiur liaiceul de
gloire.
Les héros blancs elt purs dee jours évanouïs !...
Il y a quelques années — en juin 1906 — M. Jean Bernard écrivait dans une de ses «Lettres Parisiennes > : •
«: Un des poètes les plus doux de notre épo-
que, qui eut un moment de célébrité et qm brillait au second rang avec Valade et AlbenH; Métal, ClAirles Fréffoine, vient de mourir, volontaireanent, car il était dégoûté de l'endstence. Il avait connu, jadis, la renommée plus précisée, et avait fait partie de cette ancienne et vaillante rédaction du « Rappét > conduite par Vacquerie et Paul Meairi'ce, rédaction qui s'^et peu à peu dispersée quand lee deux célèbres écrivains eurent quitté la place. De temps à autre, on voyait le nom de Oharles Frémine au bas d'une chronique, où il y avait du talœit, beaucoup de talent, mais aussi comme une sorte d'amertume contre la vie qpi n'était pas toujours juste ni bonne pour ce lettré, pour ce poète normand qui avait si souvent dianté son pays natal.
Aux soucis de la vie étaient venus se joindre lee enn'uis cuisants d'une mailadle grave ; il avait consulté un médecin, qui avait conseillé une opération à la gorg«. Le poète était parti ; et à un ami qui le rencontrait dans le Luxembourg, il avait dit :
— Je m'opftaral tout seul.
... Il éloigna la compagne fidèle de see mauvaises années et, tirant un revolver dufond d'un tiroir, il donna un toui> de clef à la porte, il essaya l'arme contre le mur puis, d'un second coup tiré d'tttie main sûre, il se fit sauter la cervejle. >
Oe poète, dont Jean 'Bernard vient de noua donner la vie en raccourci tout en nous racontant sa mort tragique, appartraiait un peu i Mulhouse. Non pas qu'il Ht Alsacien, puisqu'il létait Normand et qu'il y tenait, comme on vient de s'en convaincre.
Mais CHARLES FREMINE avait été fonctionnaire à Mulhouse, du temps frailçais. Dans Ips années soixante, il était, ici, employé aux contrîbutioiis et plnsieurs Mulhousiens se, souvi'.'rnftnt rrfnoir imutiii IVf'niirn? à i^ptt<^ époque et Je l'avoir aîml^, Car c'était un heau ginPçion
d' accueil ouvert et de commerce sympathique. Il s'était lié d'amitié avec nombre d'Alsaciens, notamment avec le poète Charles Keller, dont 3e vous entretiendrai dans un instant. On le rencontrait souvent au local de la société de giymnastique, alors nouvellement fondée (c'était à remplacement du « Lux?hof > actuel). Frémine, qui étiàit un fervent de Teecrime, venait y faire des armes en compag|nie de son ami Charles Keller. C'est à ce dernier que l'employé des contributions — devenu, depuis, rédacteur a^ « Rappel > — dédia le sonnet d'adieu qu'il adfressa à notre ville en la quittant. M. Charles Frémine n'avait pas su, — cojnme M. Gaston Deschamps, en la conférence qu'il nous fit ici même il y a quatre ans, — découvrît que « poésie », rime (faiblement, il est vrai, mais rime tout de même) à < industrie > ; et la façlon dont il jugea notre cité.
« sans art ni poésie, Où, sur un coffre-fort, règtne le roi Coton >
n'est pas assez flattieuse pour que Je vous dise cette nièce de vers, intitulée « Miilhàusen », que le poète publia dans son premier recueil de vers < Floréal >, (paru en 1870) mais qu'il eut la délicatesse de supiprîmer dans la réimpression de ses poésî«ee complètes (« Floréal » — « Chansons d'été » — et « Bouquet d'automne ») que' rèdîteur Paul Ollendorf donna en
J'en citerai, pourtant, le joli tercet que voici :
« Cependant, Miidhausen, j'aimais ta bière Mondé,
« Et ta pure Dollet, sauvage elt vagjâbonde,
« Et ton frais TanlienwaM auDc sentiers oubUeuix..»
Bien que ce poète, au talent facile et charmant, ait chanté la Normandie plutôt que l'Alsace^ j'ai crû ne pas avoir le droit de l'oublier dans ce rapide défilé de ceux qui ont honoré la langtie franç^aise chez nous par leurs produc-
~ là -
taons poétiqLuœ, car nombre des vers de Frâmiixe ont été écrits ici et il en a dédié à d'autres Mulhoufiiens q,ue son ami Charles Keller. Voici, par exemple, le spirituel envoi qu'il faisait à £imile Zipélius. On verra avec quelle aisance cavalière le poète maniait le vers, dédaigoaeux des tournures alambiquées, mais oueillaut les rimes comme au vol, de la même îaçion sans doute qu'il ripostait aux coups d'épée savants de ses adversaires par des coups droits foudroyants, lorsqu'il faisait assaut à la salle d'armes de la rue du Sauvage :