Î JEAN-JACQUES ROUSSEAU
la veille, lettre dont l'existence seule est connue (1), elle conclut toujours : « Ne quittez pas l'Erinitage, encore une fois, dans ce moment; je crois encore que vous feriez fort mal. » Rester à lErmilaye! Ju8({ues à quand? Jusqu'au coup de cravache?
C'est alors que Mme d'IIoudetot se décida à intervenir auprès de Mme d'Épinay, pour solliciter son indulgence en faveur de celui qui oscillait de l'impertinence à la platitude. Craignant d'être prise pour la conseillère de celle-là, elle aima mieu.\ se donner comme l'inspiratrice de celle-ci. Le fragment de sa supplique reproduit dans les Mémoires n'est pas daté. Mais, avant la réponse, les choses marchèrent, et, le 6 ou le 7 décembre, Rousseau était touché d'une lettre de Mme d'Epinay du 1", où il recevait le cinglant congé que l'on sait. Il se donna le temps de trouver un autre logis à Montmorency, avant d'en prévenir 3Ime d'Houdetot par la lettre suivante (2) :
A l'Ermitage, le 10 décembre 1757.
Au même instant que je reçus votre dernier billet [du 6], où vous me marquez que je ferais fort mal de quitter l'Ermitage, je reçus aussi une lettre de Mme d'Épinay, en réponse à celle oii je lui marquais que je resterais ici jusqu'à
(1) Elle a été signalée par M. Théophile Dufour à M. Rittcr (loc. cit., p. 78), comme tigurant dans le catalogue dressé pour la vente des livres et des lettres autographes du cabinet du général r^audet, vente qui eut lieu en mars iSi?. C'est évidemment une lettre détournée du dossier du comte Foy.
(2) BcFFEXOiB, 10^ lettre inédite, p 199.
Pâques, si elle y consentait; au lieu de ce consentement, voici ce qu'elle me marque [des deux paragraphes dont se compose la lettre, il suj)prime le premier] : « Puisque vous vouliez quitter l'Ermitage, et (jue vous le deviez, je suis étonnée que vos amis vous aient retenu ; pour moi, je ne consulte jamais les miens sur mes devoirs, et je n'ai plus rien à vous dire sur les vôtres. » ... Vous ne me persuaderez jamais que je doive rester dans sa maison malgré elle, et vous devez voir que, dans le moment présent, ne pas m'accorder le consentement que je lui demande, c'est bien clairement le refuser... J'ai pris un autre logement à Montmorency...
Mme d'Houdetot, toujours regrettant « la rupture affichée ", reconnut, le 14, qu'elle n'avait plus rien à dire. Rousseau signifia, le 1 7, à Mme d'Épinay qu'il avait quitté l'Krmitage, l'avant-veille, pour Montlouis, la maison d"'un sieur Matlias, procureur fiscal du prince de Condé; et il le fit éloquemment, n'usant que de beau langage. L'ancienne amie a dit n'avoir reçu cette lettre que le IG janvier 1758. Elle répondit dès le lendemain à une apostille concernant les gages du jardinier; et le fit obligeamment, offrant à Rousseau d'entrer en explications sur ce qui s'était passé, et exprimant l'espoii- de le mettre sur « le compte d'un malentendu » . Lui fit la sourde oreille, il ne voulut point renouer. « Notre correspondance en resta là », dit-il, d'un cœur invariable cette fois, et dur. Et il parut oublier le nom même de l'ancienne amie, jusqu'au jour de l'outrageante et impardonnable lecture des Confessions. C'est ici donc, à la fois, la fin d'un chapitre et d'une histoire. Avec Mme d'Houdetot, les choses traînèrent, et aboutirent à une cessation de rapports plutôt qu'à une rupture.