CHAPITRE XII
Honneurs d'une statue et du Panthéon quatre fois votés à Rousseau. — Un buste à Montmorency en 1791. — Le rapport de Lakanal. — D'Ermenonville au Panthéon en l'an III. — Préséance donnée à Marat. — Long oulili. — Le centenaire de 1878.
<( J'aime mieux, avait dit Rousseau, être haï de
mille à outrance, et aimé mêmed'unseul. » Quelle imagination vaine ! La proportion est inverse aussitôt : il est aimé de mille, contre un qui le hait. La France émancipée n'est pas longue à s'occuper des statues qu'il a lui-même réclamées. Au cours de l'été de 1790, une souscription fut ouverte en vue
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de cet hommage. Un des
souscripteurs, Palloy évidemment, promit une des plus fortes pierres de la Bastille. Le projet languit. A l'improviste, l'Assemblée
constituante fut induite à l'assumer, voici dans quelles circonstances (1). Le 21 décembre de la même année, Barère de Vieuzac présentait une pétition de Thérèse Levasseur, réclamant des secours « dans l'indigence qui la menace ». De modestes pensions sont des bienfaits précaires qui peuvent tarir : crainte justifiée par la mort d'un de ses bienfaiteurs, « dont les enfants paraissent épuiser la succession [vigilance tôt éveillée] " . Qu'on ne croie pas la calomnie qui la représente comme ayant « avili le nom célèbre de Rousseau dans les bras d'un second mari » ; elle ne voudrait pas le changer « contre un couronne (2) » . Voici les témoignages des curés d'Ermenonville et du Plessis-Belleville, qui louent « sa vertu et sa bienfaisance [qualité rare cliez une indigente] » . L'Assemblée, après ce discours, applaudit à la proposition d'accorder à Thérèse la pension de 600 livres qu'elle demande. Mais le député de Forcalquier, comte d'Eymar, qui s'était déjà signalé par une motion en faveur de Rousseau, plaide de nouveau pour cette grande mémoire, qui n'a pas été honorée jusqu'alors « d'une manière digne de la France et digne de l'homme immortel qui fut son bienfaiteur, ou plutôt celui du genre humain » . Et l'orateur fait adopter un décret, qui, doublant à la fois la libéralité sollicitée par Thérèse, dispose sur le sujet principal : « Article 1". Il sera élevé à l'auteur (V Emile et du Contrat social une statue portant cette insci-iption : La Nation fran-
(1) Réimpression de l'Ancien Moniteur. Paris, 1840-1845, 30 vol. in-4», VI, 696.
(2) Elle publia cette protestation dans le Journal de Paris.
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çAisE LIBRE A Jean-Jacques Rousseau. Sur le piédestal sera gravée la devise : Vitam impendere vero (1)... » Huit mois se passent, sans nouvelles de l'exécution du décret. Cependant, le 4 avril 1791, à l'occasion de la mort de Mirabeau, il avait été décidé que " le nouvel édifice de Sainte-Geneviève » , non terminé, serait destiné à recevoir « les cendres des grands hommes à dater de l'époque de la liberté française )> , et que même une place exceptionnelle y serait réservée à " quelques grands honniies avant la Révolution » , et nommément à « Descartes, Voltaire, Rousseau » . Promesse tenue presque aussitôt à l'égard de Voltaire (2). Mais on ne reparla pas de Rousseau jusqu'au 27 août 1791, où deux députations furent admises à la barre de l'Assemblée constituante, comprenant : l'une, des électeurs de 1789, des gens de lettres, des citoyens de Genève domiciliés en France ou devenus Français, enfin plusieurs membres de la Société des Amis de la Constitution établie à Montmorency; l'autre, des citoyens de la même ville et de son canton. Leur objet commun est de réclamer l'exécution du décret du 21 décembre 1790, <i avec les additions que les événements postérieurs ont rendues nécessaires » . Comprenez : la place éventuellement promise au Panthéon (3), Deux discours furent prononcés à l'appui, avec cette observation, dans le
" (1) Cf. Maurice Tourneux, Bibliographie de l'Histoire de Paris pendant la Révolution française, W , 552, 553, n°" 25183 et 25184.
(2) L'Ancien Moniteur, VIII, 39; IX, 84, 107.
(3) Ibid., VIII, 39.
premier, que Montmorency doit être regardé « comme la mère patrie de la liberté française, puisqu'il est la terre natale du Contrat social et d^ Emile » . Préparation au rôle oratoire que se taillèrent les représentants de ce village, dans une seconde adresse, écrite par l'ancien généalogiste Gliérin, avec un effort de cette verbeuse éloquence dont il faut reconnaître que Jean-Jacques avait donné l'inimitable et dangereux modèle. La présentation de deux vieillards, jadis honorés de la sympathie de Rousseau, et qu'on reverra, termina l'audience sur une note de sensibilité.
D'Eymar, le promoteur du décret de 1790, intervint alors pour donner des explications sur le retard dont l'exécution avait souffert, tandis que Mirabeau et Voltaire recevaient sans délai le plus beau témoignage de la reconnaissance nationale. Des artistes avaient demandé que la statue de Rousseau fût mise au concours. L'Académie de peinture et de sculpture, consultée sur le mode à employer, ne répondit pas. On avait craint, dès lors, d'engager témérairement une dépense considérable. Que l'Assemblée, de nouveau et directement saisie, veuille donc prononcer. Et, là-dessus, d'Eymar fait une proposition de décret, l'eçue « avec un applaudissement unanime " , d'après laquelle Rousseau aurait le double honneur d'une statue et du Panthéon. Cependant, une discussion s'engage sur les intentions et les droits de M. de Girardin, à l'égard de la tombe d'Ermenonville. Et non sans raison, car on sait que le premier mouvement de celui-ci fut de protester, par lettre lue à la séance du 4 septembre, contre l'enlèvement des
restes de son ami de la tombe qu'il s'était choisie (1). Mathieu de Montmorency décida l'Assemblée à voter tous les honneurs réclamés, sauf réserve à un comité de l'étude des moyens d'exécution.
L'admiration de la Constituante venait d'ailleurs de s'affirmer sans réserve, en contresignant pour ainsi dire du nom de Rousseau la Constitution qu'elle achevait. On se souvient du post-scriptum étonnant où elle en remettait a le dépôt à la fidélité du corps législatif, du roi et des juges, à la vigilance des pères de famille, aux épouses, aux mères, à l'affection des jeunes citoyens, au courage de tous les Français (2) ». Le président de l'Assemblée, un Broglie, précisément dans sa réponse aux députations du 27 août 1791, prononça avec éclat le nom que tout le monde lisait entre ces lignes :
L'Assemblée nationale, en détruisant tous les titres d'orgueil, a donné un plus grainl éclat aux véritables tilres de gloire. Elle a voulu que désormais les talents, la vertu, le génie fussent les seules marques de distinction entre les citoyens de l'empire. C'était mettre au premier rang celui qui les rassemble toutes; c'était mettre Jean-Jacques à une place où il ne peut avoir de supérieur.
Suit le développement des trois termes ci-dessus. u talents, génie, vertu » :
Toute la gloire de Rousseau est dans ses écrits... Les Français sentent de jour en jour davantage ce qu'ils doivent à celui qui, dans son Contrat social, rendit aux hommes
(1) L'Ancien Moniteur, IX, 582.
(2) Ilud., IX. 525.
rëgalité des droits, aux peuples leur souveraineté, depuis -longtemps usurpée; celui qui, dans tous ses ouvrages, apprit non seulement à être vertueux, mais à chérir la vertu...: celui qui, nous rappelant sans cesse aux sentiments naturels, nous a préparés si puissamment aux sentiments de la liberté... L'Assemblée constituante, en remettant aux épouses et aux mères le dépôt de la Constitution, a suffisamment exprimé .ses sentiments en faveur de l'écrivain qui a rendu à ces titres sacrés, mais trop longtemps mis en oubli, le plus de douceur, d'éclat et de force.
Sans ti'op scruter quelques mots qui pourraient donner à penser que Broglie, au fond, entendait rehausser le prêcheur plus que le pratiquant, on trouvera (ju'il n'est guère de louange plus belle. Et combien d'accord avec l'opinion! Rousseau tient partout les âmes, il conduit l'Assemblée; c'est l'oracle, le demi-dieu. Cependant, les déci'elsde 1790 et de 1791 allaient sommeiller, et Montmorency lui élever le premier autel.
Montmorency, que nous venons de voir appeler " la mère patrie de la liberté française » , tint à gloire de conserver cette primauté, et de rendre aussitôt à son ancien hôte les honneurs que Paris n'avait fait que lui promettre, honneurs réduits à un cadre villageois. Ce fut l'objet d'une fête qu'il donna le 25 septembre 1791, où la capitale s'intéressa et fut largement représentée. De six à sept mille personnes y assistèrent. D'importants organes de publicité en rendirent compte : les Révolutions de Paris, le Patriote français^ le Courrier des LXXXIIl départeiaents. Une information plus sûre, plus de temps donné à sa rédaction, doivent faire préférer, comme source principale, le récit publié par la
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Société (les Amis de la Constitution, et qui a pour titre : Fêle champêtre célébrée à Montmorency, en C honneur de J.-J. Rousseau (1)...
Cette société s'assemljla dans la maison des Matlmrins (2), lieu ordinaii'e de ses séances, pour y recevoir les délégations de dix paroisses, — comme on disait encore, — qui fortnaient, avec celle de Montmorency, le canton de ce nom, nouvellement institué (3) : Andilly- Margency, Deuil, Eaubonne, Groslay, Montlignon, Montmagny, Piscop, Saint-Brice, Saint-Gratien et Soisy. Deux paroisses de cantons limitrophes se joignirent spontanément à leurs voisines : Épinay et Villiers-le-Bel. Réception, alois, des délégations des villages. Leurs gardes nationales les encadrent. Celle de Montmorency
(ï.) Publié par la Société de <i Amis de la Constitution établie en cette ville. — Se trouve h Paris, chez Denné, libraire au Palais-Royal, et a Montmorency, 1791, in-S". — Je signalerai aussi un intéressant u Rapport de ce qui s'est passé à la fête donnée à Montmorency le dimanche 25 septembre 1791, en mémoire de J.-J. Rousseau » ; rapport présenté à la Société de l'Histoire naturelle de Paris par son président Louis Bosc, l'ami des Roland, le 7 octobre (Bibliothèque de l' Université de Paris, Archives de la Société philomatique).
(2) Située jadis en face de l'hospice actuel, entre la rue du Marché et la rue du Cours, au nord; la rue du Luminaire, à l'ouest; la rue des Basserons, au sud; le potager des Oratoriens, à l'est. Superhcie : 5 S/i arpents. Renseignement dû à l'obligeance de M. J. Ponsin.
(3) Le canton de Taverny réunissait alors les communes qui devaient s'ajouter à la plupart de celles-ci, pour former le moderne canton de Montmorency, Pierrelaye en sus. Il y a d'ailleurs à retrancher de la liste ci-dessus Piscop et Saint-Brice, et à y dédoubler Andilly et Margencr, d'une part. Montmorency et Enghicn-les-Bains, de 1 autre.
n'eut pas le chef ambitionné, Mathieu de Montmorency, nommé colonel à cause de son nom sans doute, et qu'elle ne dut jamais voir. Le cortège se forma pour se rendre au lieu où un monument avait été préparé :
Un Fort détachement de gardes nationales, qui étaient restées rangées en bataille sur la place publique, marchait en avant, précédé de musique. Venaient ensuite MM. les officiers municipaux des paroisses, revêtus de leurs écharpes, les mères de famille, les jeunes filles [vêtues de blanc avec des ceintures aux trois couleurs], puis une pierre de la Bastille, sur laquelle on voyait l'image de Rousseau gravée... Elle était portée par quatre citoyens, et accompagnée d'envoyés du patriote Palloy qui en avait fait le don, ainsi que d'une (léputalion des volontaires de la Bastille. Suivait le buste de Rousseau, placé sur un brancard, orné de feuillages, et soutenu par quatre jeunes filles de Montmorency. Des mères, portant des enfants dans leurs bras, se rangèrent autour de l'image du philosophe vertueux qui les ra|)pela au plus saint des devoirs; elles étaient environnées de vingt-quatre enfants des deux sexes, se tenant avec des guirlandes de fleurs... Immédiatement après ce groupe, paraissait le vénérable Basile, le bon Guslin et sa femme, fidèles amis de Rousseau, et plusieurs vieillards respectables, qui familièrement l'ont connu, dans celte vallée. Des dépulations de citoyens .. suivaient les vieillards (1).
Là, des noms intéressants : citoyens de Genève, en tête desquels Rousseau, petit-neveu du héros ; délégués de la société des naturalistes parisiens précites, Louis Bosc,
(i) Bazile était un maçon de Montmorency, qui, sous d'autre» noms, conserve une descendance dans ce village; Gustin, un jardinier de Groslay, que Rousseau a introduit, sous son nom même, dans la Nouvelle Héloïse.
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Roussillon, Coquebert et Redouté, « portant chacun un faisceau de plantes » ; électeurs de Paris, entre autres Moreau de Saint-Méri ; gens de lettres, où se voient Bernardin de Saint-Pierre, Gondorcet, Ginguené, Brizard et Marais; artistes, tels que Houdon et Viotti; représentants de la Société des Amis de la Liberté, domiciliée à la Croix-Rouge à Paris; enfin, députés à l'Assemblée nationale en grand nombre, d'Eymar, Barère, ici encore d'un zèle concurrent, GuUIaume, Regnaud de Saint- Jean- d'Angély, Boissy d'Anglas, Treilhard, Rabaut-Saint-Étienne, Rodât, Huguel et d'autres.
Les gardes nationales se sont rangées autour du monument.
Un orchestre, place dans l'intérieur du bocage, fit entendre les sons doux et harmonieux de quelques airs du Devin du Villuye. Le husle fut placé sur la pierre la plus élevée du monument, par un citoyen soldat, qui, au nom de tous, le ceignit d'une couronne de feuilles de chêne. Dans le même instant, une jeune fille, élevée dans les bras de ses parents, y ajouta une couronne d'immortelles blanches. Ce fut alors que les bois et toiis les environs retentirent d'applaudissements redoublés.
L'assistance entendit six discours, un hommage, une scène musicale. Discours prononcés par : MM. Rozier, président de la Société des Amis de la Constitution de 3Iontmorency (futur président à la cour de Montpellier) ; Rousseau; Chérin, <i locataire de ]\L Goga, à Montlouis, depuis sept à huit ans » ; le naturaliste Rose, par ([ui a été rendu célèbre l'ermitage de Sainte-Rade-
gonde, dans la forêt voisine (1) ; enfin des représentants des Amis de la Liberté et du patriote Palloy. Hommage offert par Ginguené, futur habitant de Saint-Prix, de ses Leitres sur les Confessions, parues au mois de mars précédent. Scène musicale, consistant en quelques couplets chantés par deux jeunes mères. Un bal champêtre suivit et dura jusqu'à minuit, à la lumière des lampions. La scène se passa sur un terrain « situé à l'entrée de la forêt, entre le chemin d'Andilly et le sentier dit des Brûlés, appartenant à Mme d'Arod » . Le monument, élevé par les soins d'un sculpteur, d'un peintre en bâtiment et du juge de paix, était « d'une forme rustique..., de pierres brutes arrangées sans ordre,.., recouvertes de mousse et entremêlées d'arbustes et de plantes sauvages..., de pervenches ». Rousseau devait avoir là, peu de temps, comme Voltaire à Sannois, un « Parnasse de pierres meulières ». Dans le milieu est pratiqué un siège de gazon, avec ces mots au-dessus, déjà cités à propos de l'identification du Mont-Olympe : « Ici,
(1) Voir Auguste Rey, le Naturaliste Bosc, un Girondin herborisant. Paris, 1901, in-8". — Bosc s'était résolu sur l'heure, parait-il, dt faire prendre à la société qu'il représentait une part plus active à la fête qu'elle n'avait pensé. Au lieu de se borner à un acte de présence, et après en avoir conféré avec le Père Cotte, curé de Montmorency, un associé, il rédigea un petit discours qui fut retouché par Fourcroy, autre associé, et il munit la délégation d'échantillons des plantes de la forêt alors fleuries. Bosc parla des sensations qu'il éprouvait " soit en se rappelant certains passages de la vie et des ouvrages de Rousseau, soit en considérant, dans l'avenir, la destinée d'un peuple qui, à peine né à la liberté, sait déjà se procurer de semblables jouissances » .
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J.-J. Rousseau aimait à se reposer. » Puis, sur d'autres pierres, diverses maximes tirées de VEmile et du Contrat social. Notons enfin celle adjuration déguisée et A'aine : « Béni soit celui qui respectera ce monument! » Dans peu d'années, bien avant la Restauration, qu'on a accusée de cette violence, le peuple iconoclaste par excellence avait renversé l'autel et dispersé les matériaux (1).
Mais, dans la campagne, régnaient alors l'enthousiasme de l'ère nouvelle, le candide espoir d'y modeler la vie sur le poème pastoral rêvé par Gessner et Jean- Jacques. Cependant, la trêve des politiques n'avait pas été de longue durée dans les villes. Les journalistes que Paris envoya à Montmorency introduisirent dans le concert du 25 septembre 1791, malgré les expressions de sensibilité qu'ils donnèrent au héros de la fête, plus d'une note aigre. L'un s'en prend à Chérin : u Où, diable, le patriotisme va-t-il se nicher! » L'autre, au neveu de Rousseau : Que va-t-il se mettre « à la tête des pétitionnaires, en faveur du transport des cendres de son illustre parent, d'Ermenonville à Sainte-Geneviève » I Un troisième se plaint d'avoir été rudoyé par <i des hommes qui ne sont nés ni pour porter les couleurs de la liberté, ni pour entendre son langage » . Tous récriminent à propos de la fête, « d'un luxe corrupteur )! , que l'on célèbre le même jour à Paris, pour l'exécution « d'un décret enlevé par l'intrigue à la
(i) Revoir la citation que j'ai donnée plus haut (p. 46) d'Arsenne Thiébaud-de-Berneaud [y^ojac/e à Ermenonville, 1819, p. 7).
fatigue de l'Assemblée » . Il s'agissait du décret du 15 septembre, ordonnant d'organiser des cérémonies religieuses et civiles en l'honneur de la proclamation de la Constitution. «Quelle satisfaction, ajoute le rédacteur des Révolutions de Paris, de voiries habitants de Paris se porter en foule dans la vallée de Montmorency... et de laisser Louis XVI et Marie-Antoinette se promener gravement et à leur aise dans leurs Tuileries et leurs Champs-Elysées! » Triste promenade dans un vaste préau, à l'en tour du lieu où tomberont tant de têtes et la leur. Il était permis à tout le monde, sauf aux souverains et aux prisonniers, d'aller ce jour-là à Montmorency. L'Assemblée constituante se sépara, laissant inexécutés les deux décrets de gloriKcation de l'ancien hôte du village. La Législative lui succède, le 1" octobre, pour un temps fort court, pris par des querelles intestines et la gueri'e; elle ne s'occupe de Rousseau que par accident, ordonnant, le 8 du même mois, que son buste, don de l'inévitable Palloy, soit placé dans la salle où elle délibère (1). Il n'y a pas lieu de repasser ici par le détail des événements. Il est assez connu pour que le Contrat social poursuive une carrière triomphante; personne autre que l'auteur anonyme de J.-J. Rousseau aristocrate (2) ne s'avise de lui opposer les Considé-
(1) Le Comité d'instruction publique prescrivit un rapport sur les moyens d'honorer la mémoire de Rousseau, et, à la demande du Ministre de l'intérieur, nomma des commissaires; mais rien n'aboutit. (Guillaume, Procès-verbaux du Comité d'instruction publique de V Assemblée législative.)
(2) C.-F. Le Normand. Paris 1790, in-8".
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râlions sitr le gouvernement de Poloyne, ni de distinguer entre l'audace du chercheur d'idéal et la ■réserve du sociologue consultant. Tout ennemi que ce dernier se soit déclaré d'un changement brusque, d'une subversion générale, il passe grand agitateur. Il avait, en une circonstance, opposé aux mandataires du peuple le peuple lui-même. Les Jacobins en tirèrent une règle de gouvernement, et suscitèrent le club contre la royauté, puis contre l'Assemblée. L'interprétation du Contrat social, renouvelée, fut adaptée aux circonstances, avec le plus de retentissement par Marat.
Quoi qu'il en soit, les gens de Montmorency, moins oublieux que personne, l'ompant sur ce sujet un silence de deux ans, demandent que le nom du glorieux auteur ou le titre d'un de ses ouvrages soit ajouté à celui de leur ville. Vœu plus que comblé, le 29 octobre 1793 (8 brumaire an II) : Montmorency ou Enghien, « qui rappelle des idées de royauté ou de féodalité » , sera remplacé purement et simplement par « Emile » .
C'est peut-être le moment de la plus grande faveur de Rousseau dans l'opinion populaire, bien (ju'à la Convention un nom soit mis alors en balance avec le sien, et quelquefois l'emporte. Expliquons ces deux points. Le 22 octobre 1793, la Convention avait ordonné de purger les cartes à jouer, dans le plus bref délai, de tous les emblèmes de la royauté. Des rois de carton même, si vieux et de mine si falote, furent proscrits. Par qui les remplacer? Dans les deux jeux révolutionnaires le plus en usage, Rousseau figure, et, dans l'un, à titre de seule effigie moderne, en compagnie de
Solon, de Gaton et de Brutus (1). Sous le nom de Sage, il a détrôné Alexandre, comme l'autre, " Picrochole et Pyrrhus ». Saluez Jean-Jacques, roi de trèfle! Quelques jours après, le 5 novembre (15 l)rumaire), à la suite d'un discours de Chénier sur l'instruction publique, où le nom de Rousseau avait été mêlé. Sergent demande, au nom « de tout homme sensible et de tout ami de la liberté » , que le décret de la Constituante, éludé par la « fourberie " du roi et par «. l'hypocrisie » de Roland, reçoive enfin son exécution, et qu'une statue soit élevée <( au vertueux, au sublime, à l'immortel J.-J. Rousseau ». Cette proposition est décrétée; mais la faveur do la Convention rencontre immédiatement une limite significative. Romme avant proposé que le buste du philosophe soit placé sur une pendule décimale dont un artiste vient de faire hommage à l'Assemblée, Montaut, qui est en même temps président des Jacobins, réplique : (c Sans doute Rousseau, par ses écrits, a été très utile à la Révolution ; mais nous avons eu parmi nous un homme qui l'a servie de ses moyens, de ses écrits, de sa fortune, de son existence; je demande la priorité pour Marat. » Cette priorité est accordée. « L'ami de l'humanifé » , comme on qualifiait Rousseau, était battu par « l'ami du peuple n , ainsi que Marat se nommait lui-même. Et il le sera bientôt une seconde fois (2) . Le silence se rétablit; l'inaction continua et durait
(1) Henry-René d'Allemagne, les Cuites à jouer du quatorzième au vingtième siècle. Paris, 2 vol. in-4", 1906, I, 132; II, 90, 266. — Bibl. nat., Estampes.
(2) L'Ancien Moniteur, XVIII, 361.
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encore quand, près de six mois plus lard, le 14 avril 1794 (25 germinal an II), une députation de la Société républicaine de la commune de Franciade, poussant devant elle la veuve de Rousseau, qu'elle avait été relancer à Ermenonville, fut admise à la barre de la Convention. L'orateur de la troupe réclama à nouveau, pour celui qu'aucun titre spécial ne l'autorisait à représenter, les honneurs du Panthéon (1). Le temps n'était plus où «Girardin parla de s'approprier les restes inappréciables de ce grand homme » . En effet, il avait envoyé à la Convention, le 23 octobre 1793 (2 brumaire an II), son désistement de toute prétention à cet égard, avec explications humbles, plates excuses, éloge de Marat, sollicitation d'un « baptême républicain », qui lui conférât désormais pour tout nom " Emile (2) » . Après un discours plein de sensibilité et d'éloges hyperboliques du président Amar, Lequinio demande que la Convention décrète à l'instant la translation des cendres de Rousseau au Panthéon; Jean de Bry, que le Comité d'instruction publique fasse, sous trois jours, un rapport qui, en présentant le mode d'exécution, exprime " les motifs et les considérations qui ont déterminé la Convention à cet hommage » . Un décret est rendu, conforme au vœu des deux préopinants.
Un mois environ se passe. Le 12 mai (23 floréal), des citoyens de Genève domiciliés à Paris, supportant évidemment avec impatience ces nouveaux délais, vien-
(1) L'Ancien Moniteur, XX, 217,
(2) Ibid., XVIII, 328. .
nent rappeler à la Convention la résolution prise, sous couleur de lui demander l'autorisation de se joindre à la cérémonie « qui se prépare » . On sent la pointe que ces derniers mots enveloppent. Je passe beaucoup de phrases dépensées par l'orateur et par le président Garnot, non sans éloquence par ce dernier, et j'arrive au décret où elles se traduisent. Pour stimuler la lenteur du Comité d'instruction publique, on lui adjoint le Comité du salut public, qui donne journellement des preuves de plus de décision, et, tandis que le décret du 27 août 1791 avait voté à Rousseau les honneurs décernés aux grands hommes, sauf étude des moyens d'obtenir la remise du corps, il est décidé que, cette difficulté étant résolue, les deux comités « ordonneront la translation à Paris des cendres de J.-J. Rousseau » ; ils sont chargés de statuer simplement sur la proposition d'un membre de la Convention, de les faire apporter par des citoyens d'Emile, d'Ermenonville et de Franciade. Pourquoi encore Franciade (1)?
Et rien ne se fait! Le Comité d'instruction publique n'avait pas déposé, le 23 août (6 fructidor), le rapport demandé le 16 avril sous trois jours, quand la Convention eut à recevoir le ministre de la République de Genève, Reybaz. L'éloge de Rousseau ne pouvait manquer. Jean de Rry, qui se sentait indirectement mis en cause, comme d'Eymar jadis, toutes les fois que ce nom était prononcé, demanda la parole. Il aurait eu beau jeu à expliquer le retard de la cérémonie promise, par la diffi-
(1) L'Ancien Moniteur, XX, 455.
culte de couper par un cortège de fête les chemins de la guillotine. Il préféra en rejeter la responsabilité simplement sur II la jalousie d'un homme qui ne put jamais souffrir l'idée, je ne dirai pas de la supériorité, mais de l'égalité » ; entendez le héros de la fête du 20 prairial, celui qu'on appellera dans la même séance Maximilien I". Puis n'a-t-on pas osé dire que " Rousseau avait eu des faiblesses dans sa vie privée u , comme s'il avait fait autre chose que de <( payer son tribut à la faiblesse humaine n ! L'orateur conclut en demandant que le Comité d'instruction publique (l'autre est moins admiré depuis Thermidor) fasse, dans une décade, le rapport sur la translation des cendres de J.-J. Rousseau. Les propositions de Jean de Bry sont décrétées (1). Quatrième vote des honneurs du Panthéon, vote efficace enfin.
Après plus de deux décades, — dernier retard, — le rapport de Lakanal, classique, si l'on peut dire, en la matière, fut pi'ésenté à la Convention. Il n'est guère d'orateur, désireux d'exalter Rousseau en quelque cérémonie, qui n'y recoure pour s'informer ou se mettre en verve. Sans toujours en respecter l'ordre, j'empruntei-ai les phrases principales, ou plus simplement les mots caractéristiques, par où il expose les motifs d'un « acte solennel de justice nationale (2^" :
La voix de toute une génération nourrie des nrincipes de Rousseau, et pour ainsi dire élevée par lui, la voix de la République entière l'appelle au Panthéon... Il a frondé tous
(1) L'Ancien Moniteiu; XXI, 574.
(2) Ibul., XXI, 769-772.
les vieux préjugés... mis au niveau du néant le rang et la noblesse... les gens en faveur... la stupide et coupable opulence; il a tiré d'un injuste et avilissant oubli les professions utiles..., appris à honorer le travail, la pauvreté, le malheur... Surtout \e Contrat social développe les véritables principes de la théorie sociale : l'égalité des droits et 1 inaliénable souveraineté du peuple... Il semble avoir était fait pour être prononcé en présence du genre humain rassemblé [Comparez la phrase de Doudan sur Bossuet : « il est le seul ministre en ce monde qui eut pu faire le discours du trône de Dieu. »] Rousseau s'est associé en quelque sorte à la gloire de la création du monde, en donnant a ses habitants des lois universelles et nécessaires, comme celles de la nature... Mais il fallait qu'un autre ouvrage nous amenât à la Révolution : c'est l'Emile. [On retrouvera le développement dans un discours contemporain...] Il démontre avec force la nécessité d'apprendre un art mécanique... étant impossible que les grandes monarchies de l'Europe aient encore longtemps à durei... Nous n'avons pas oublié que Rousseau a accusé les sciences d'une partie des maux qui ont affligé l'humanité. Paradoxes, a-t-on dit... Ingrats, vous n'ignorez pas quelle en fut la cause [''].-• Heureux délire [développement peu clair]... Puis, Jean-Jacques s'est élevé contre les sciences; mais ses ouvrages prouvent combien il s'en est occupé ; non, elles ne sont pas contraires au bonheur des peuples... elles répandent des lumières terribles sur les violateurs des principes...
Hàtez-vous donc, citoyens... honorez l'ami, le défenseur, l'apôtre des mœurs et de la liberté, le promoteur des droits de l'iionune, l'éloquent précurseur de cette révolution., honorez en lui le malheur, car il est douloureux et peutêtre inévitable que le génie et la vertu soient en butte à la calomnie... honorez le plus éloquent de vos instituteurs.
« Éloquent » est répété deux fois, et c'est justice. (( Vertu calomniée » laisse habilement croire qu'elle est
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défendable. La part est assez belle, trop belle même, qui est faite << à l'ami, au défenseur, à l'apôlre des mœurs » , en celui qui a donné la leçon et non point l'exemple. Lakanai finalement ne propose rien pour la •statue, mais voudrait, dans le cortège de la translation au Panthéon, « retracer les différents litres de Rousseau à l'admiration et à la reconnaissance publiques » . Son plan, légèrement modifié, est celui que le Moniteur expose anqjjement. Deux incidents marquèrent la fin de la discussion : Tun relatif à Thérèse Levassent, l'autre à la fixation de la dale de la cérémonie. Le Comité avait demandé que la veuve Rousseau fût invitée à la fête; mais le rapporteur empêcha la proposition d'aboutir, et déclara (jue, « d'après les renseignements pris à Ermenonville » , la Convention avait assez fait pour elle, en portant, quelques jours auparavant, la pension dont elle jouissait de 1 200 à 1 500 livres. Puis, seconde lutte de préséance entre les ombres de Rousseau et de Marat. I-es amis de celui-là veulent qu'il entre au Panthéon le premier; mais ils ont le dessous, et c'est la seconde défaite annoncée pour l'ancienne divinité, qui suivra seulement, le 11 octobre (20 vendémiaire an III), le chemin où aura passé, deux décades plus tôt, le triomphe de l'autre.
En attendant, Ginguené et Clément de Ris, membres du Comité d'instruction publique, sont chargés d'aller chercher ses restes à Ermenonville, et de les ramener à Paris en passant par Montmorency, qui a sollicité l'honneur d'être une étape du
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voyage (1). Les commissaires s'en remirent eux-mêmes, pour les apprêts d'un char, à rëcuyer Franconi. Ils recurent le précieux cercueil, le 8 octobre, des mains de M. de Girardin, « qui, malgré son mécontentement, les traita avec politesse » , et ils repartirent le lendemain, à ([ualre heures du matin, avec vingt musiciens portés sur un second char. On mit dix-huit heures pour franchir la dizaine de lieues qui séparent Ermenonville de Montmorency. Là, le juge de paix Laporte, adjoint aux commissaires par son canton, choqué de la dissonance de l'ornementation du char mortuaire avec la simplicité du caractère de Rousseau, obtint d'y faire de notables changements. A onze heures du soir, il va faire couper vingt jeunes peupliers, et masque li des dépouilles de la forêt » le luxe tapageur des tentures. La nuit se passa sur la place du Marché, près de l'auberge du Cheval Noir (2). Le reste du trajet fut gêné par le balancement des peupliers et l'obstruction des noyers de la roule, qu'il fallut élaguer au bord du Pavé-Neuf. La garde nationale du canton, des jeunes filles, en tunique blanche avec ceinture tricolore, jetant des fleurs, accompagnèrent le corps jusqu'à Saint-Denis, où la garde nationale de la ville remplaça l'autre. Ici, un petit scandale causé par la présence de Thérèse, qui, de la fenêtre d'un cabaret, regarde passer le convoi.
(1) J.-S. QuESNÉ, Supplément indispensable aux éditions des œuvres de J.-J. Bousseau. Paris, 1843, in-8".
(2) Un procès-verbal existe aux Archives de Montmorency, concernant le passage des cendres de Rousseau, et aussi le rapport de Gingucné sur sa mission.
Elle est en compagnie du cocher anglais qu'elle a donné pour successeur à Rousseau, et avec lequel elle vit au Plessis-Helleville, et ne se marie pas, pour ne point perdre la pension attribuée à son veuvage.
A Paris, à six heures et demie du soir, foule sur les boulevards. Des badauds s'exclament : « Tiens, ils ont apporté l'Ile! » De la porte Saint-Denis, le char va au Pont-Tournant, où une dépulation l'accueille, au bruit de salves d'artillerie tirées des deux terrasses des Tuileries. Seconde veillée funèbre. Le cercueil est déposé dans un petit temple de forme antique, établi sur un grand bassin, dont on avait fait une ile entourée de saule pleureurs, pour imiter celle des Peupliers et la grande pièce d'eau d'Ermenonville... La fête parisienne eut lieu le lendemain 11 octobre 1794 (décadi 20 vendémiaire an III) : Rousseau alla rejoindre, au sommet de la montagne de l'Université, Voltaire, qui y reposait depuis trois ans et trois mois.
Une année ne s'était pas écoulée que les honneurs mystiques du Panthéon semblaient insuffisants aux admirateurs de Rousseau, et que la question de la statue à lui élever se posait de nouveau, singulièrement élargie à la vérité. Écoutez le président Boissy d'Anglas à la séance du 2 septembre 1795 (16 fructidor an III) (I) : « Voltaire et Rousseau sont au Panthéon; cela ne suffit pas... Pourquoi la statue de Fénelon (très vifs applaudissements), celles de Corneille, de Racine, de Voltaire, rie Rousseau et de Buffon ne paraissent-elles pas à nos
(1) L'Ancien Moniteur, XXV, 654.
yeux? » Le vieil idéal classique renaît; les purs littérateurs rentrent en scène, et Jean-Jacques avec eux. Quatrième vote d'une statue, efficace, — tout au moins le dernier, — mais exécuté après combien d'années (1) ! Le Consulat, l'Empire s'écoulèrent. Cette parole est prêtée à Napoléon : a Peut-être eîït-il mieux valu pour le repos de la terre ({ue ni Rousseau, ni moi n'eussions jamais existé. » De la Restauration, l'animosité se comprend; du Gouvernement de Juillet, l'hésitation. Sous la seconde République, Ilippolyte Carnot, le fils
(1) Cependant un concours fut ouvert en l'an III même, pour une statue de Rousseau, et Moitié y remporta le prix. Les uns disent que son projet ne fut pas exécuté, d'autres qu'il fut vu longtemps sur une terrasse des Tuileries, peut-être en plâtre. Il n'en reste pas de dessin que je sache, mais seulement cette description vague : « Rousseau méditant le plan de VÉmile et examinant les premiers pas de l'enfance. » Une autre statue, sûrement en plâtre celle-là, figura sur la terrasse du bord de l'eau : c'était Rousseau soutenant du bras gauche une petite statue de la Nature, couverte de mamelles.
En 1797, François Masson fut chargé par le Conseil des Anciens d'élever à la gloire de Rousseau un monument, qu'il composa de quatre figures : le philosophe, son élève Emile, une jeune mère avec un nourrisson. Le Moniteur An 17 janvier 1799 (28 nivôse an VII) l'a décrit, en en ordonnant l'éditication dans le jardin des Tuileries. 11 aurait été, de là, s'il y a jamais figuré, transporté au palais du Luxembourg; ce qu ignore le très distingué historien de ce palais, M. Hustin, secrétaire général de la questure du Sénat. (Voir : Pruduomme, Miroir historiipie . . . de l'ancien et du nouveau Paris. Paris, 1807, in-12, V, 82; Philippon LA M.\delaine], le Guide du promeneur aux Tuileries, an VI, in-18, fig. n° 55, p. 189; Corps législatif, Description du monument qui doit être élevé a J.-J. Rousseau dans le jardin des Tuileries. Paris, an VII, in-8"; le comte de Girardix, Iconoip-aphie de J.-J. Rousseau. Paris, s. d. [1908], in-8''.)
du président de la Convention ({ue nous avons salué au passage, eut, à l'adresse de Jean-Jacques, un geste bienveillant, inachevé. Vint la troisième République, qui débuta sans chaleur pour sa mémoire. Elle toléra que Louis Blanc et quelques-uns de ses amis politiques organisassent, le 14 juillet 1878, pendant une exposition universelle, la célébration du centenaire de la mort de Rousseau : réunion publique, après midi, dans un cirque américain de la place du Château-d'Eau ; banquet, le soir, à Belleville, où une lingère, éminente dans sa corporation, prit place en face du président. C'était sous le septennat de Mac-Mahon. On dauba les prêtres; on cria : « Vive l'amnistie! >» ; il fut donné lecture d'une lettre de Garibaldi. Refrains de l'opposition du jour. Un député de l'Aude proposa de remplacer le Génie de la Bastille par une statue de Rousseau. L'Empereur n'avait-il pas préparé l'exaltation du philosophe en le comparant à soi, dans la phrase célèbre... s'il l'a dite? — Propos en l'air. Autant en emporta le vent.