‹ Jean-Jacques Rousseau dans la vallée de MontmorencyChapitre 5 sur 30 · TKAN-.IACOUES ROUSSEAU · texte numérisé non relu

TKAN-.IACOUES ROUSSEAU

rivais à Eaubonne faible, épuise, rendu, iTie sonleiiant à peine. Il y avait sur ma route, a la vue d Eaubonne, une terrasse a{jréable, appelée le Mont-Olympe, où nous nous reniions (juclcpicFois, chacun de notre coté Jetais fait pour l'attendre; mais que cette attente me coûtait cher! Pour me distraire, j'essayais d'écrire avec mon ciavon des billets que j'aurais pu tracer (hi plus pur de mon sang...

Je passe : « C'est Vénus tout entière à sa proie attachée » , et aussi bien Priape, une divinité de musée secret. « Infâmes mémoires », disait IMme de Boufflers, suffoquée et prenant la partie pour le tout.

Mme d'Houdetot et Mme de Verdelin se connaissaient par Mme d'Aubetcrre, leur commune amie [amie de la première, parente de la seconde, qui dénonça a M. d'Houdetot les amours de «a femme et de Saint-Lambert, et posséda, de 1781 à 1793, l'ancien château seigneurial d'Épinay]; et, comme le jardin de Margency était sur le |)assage de Mme d'Houdetot poiu' aller au Mont-Olympe, sa promenade favorite, Mme de Verdelin lui donna une clef pour passer (l).

Ajoutez que parfois elle s'y rendait dans une voiture à mulet, laissant ses gens, ou même, à l'occasion, .sa belle-sœur Mme de Blainville, à l'entrée du petit bois que traversait la route d'Andilly à Montmorency.

J'interromps un instant ce récit, pour indiquer particulièrement la situation du Mont-Olympe; petit prodans lin âge avancé, la seule idée de quelques légères faveur* qui m attendaient près de la personne aimée allumait mon sang à tel point qu il m était impossible de faire impunément le court trajet qui me séparait d'elle. «

ll)lbi(l., VIII, 379.

blême à piopos duquel les " rousseauistes » locaux ont accumulé d'inexactes conjectures. Les uns l'identifient avec « la terrasse de Bel-Air, qui forme l'avant-scène des Clianipeaux d'Andilly (l) ». La vue est très belle de là, dit-on : ar[;unicnl insuffisant. D'autres le situent dans un lieu <{ui aurait été enclos dans le parc d'Andilly, et aurait exigé une seconde permission d'accès. D'autres enfin le placent dans le parc de Margency, sur une « petite éminence facilement reconnaissable (2) » : opinion contradicloireau passage des Co/2/fS5/'o?i5 qui montre Mme d'iloudelot traversant le parc, par conséquent allant au delà, et usant d'une clef qu'elle n'eut pas toujours, qui lui était donc simplement commode, et non indispensable. Connnode, parce que le chemin d'Eaubonne à Andilly était un chemin de terre, peu praticable parfois, et que celui de Margency, mieux entretenu, rejetait Mme d'Iloudetot trop à l'ouest quand elle n'avait pas la facilité de couper par le parc, pour rejoindre, l'autre voie, au point où elle abordait Andilly. Puis, la série des maisons de ce village se développant à partir de là jusqu'à son extrémité orientale, continûment, et sans intervalle où l'on pût chercher un repos et un point de vue, on devait être induit à borner ses invcsti{;alions à la route qui conduit de ce bourg à Montmorency, et porte dans l'usage le nom de boulevard d'Andilly (chemin vicinal n" G). Là seulement on rencontrait la forêt,

(1) Gliarles Cualmel, Soui'cnirx de J.-J. Bousseau dans la vallée de Montmorency, s. d , in-I2, p. 57.

(2) Hippolytc tînKKE.NOiR, la Comtesse d' Uoudetol ; une amie de J.-J. Jioiisseau. l^aris, s. d. (1901), in-8", p. 54.

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où Mme d'Epinay, à deux reprises, Kxc les i< mystérieux rendez-vous (l) ». Une dernière remarque simplifie encore le problème et le résout presque, à elle seule : le 25 septembre 1791, à l'endroit où cette voie, (jui circule à mi-côte, en belle vue, se croise avec l'ancien chemin d'Andilly (rui-al n" 8), on inaugura avec grande pompe un buste de Rousseau. Pour<juoi à cette place? Une des inscriptions du monument répond : « Ici Rousseau aimait à se reposer. » Et cette idée vient : n'est-ce pas en attendant parfois Mme d'Iloudetot? Un livre la confirme avec une clarté suffisante, je veux parler d'un des nombreux itinéraires de Paris à Ermenonville (quelques-uns passant par Montmorency) publiés dans le demi-siècle qui suivit la mort de Rousseau. Le plus connu est Lettres à Sophie, de F. Lenormand, réimprimé sous le titre de Le'Ares à Jennie (1813, 1818, 1819); le plus expédient, le Voyage à Ermenonville., d'Arsenne Tliicbaut-de-Berneaud (1819), où l'auteur, après avoir passé à la Chevrette et à Deuil, s'écrie :

Atteignons cette colline; c'est le jMont-Olynipe. Un lon{} plateau s'offre à moi; il est ombrafjé par de vénérables châtaigniers. Je m'assieds. Je prends possession de l'espace... [où l'auteur dénombre Saint-Gratien, Eaubonne, Franconville, Soisy, Montmorency]. En reportant mes reçards sur le plateau, je m'aperçus, non .sans plaisir, que j'étais auprès d'objets qui rappellent le souvenir de Rousseau. Voila les châtaigniers qu'il visitait souvent; ce banc de gazon fut le confiiient de ses pensées, le témoin de ses amours ; ces pieri es, maintenant éparses, laisaient |)arlie du modeste

(1) Mémoires, II, 2'f6, 270.

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monument qu'on lui avait <le<lié en 1791, et que la hache du vandalisme détruisit presque aussitôt après que la reconnaissance l'eût élevé. Je suivis les sinuosités d'un sentier qui longe des coteaux enchanteurs... J'arrivai à l'Ei milage...

Concluons que le Monl-Olympe est la haute terrasse où fut élevé à Rousseau le uionument du 25 septembre 1791.

Un mot sur l'origine de ce nom de Mont-Olympe, qui ne fut évidemment si malaisé à replacer au bon endroit que parce qu'il n'appartient pas au vocabulaire des vieux noms de terroir. Les paysans ne l'ont pas dû connaître; ce n'est pas un u lieu-dit », mais une imagination du temps des Précieuses. Un Mont-Olympe célèbre alors fut la forteresse que Charles de Gonzague, duc de Nevers et de Mantoue, fondateur de Charleville, fit élever en 1628 au nord de cette cité, sur un monticule appelé auparavant « le Chastelet ». Richelieu en ayant de l'ombrage la mit, Tannée suivante, sous l'autorité royale. Louis XIV, en 1G50, la confia au gouvernement de Louis de la Trémoille, duc de Noirmoulier, qui conçut un tel orgueil qu'il fit frapper par la monnaie de Charleville un jeton portant, d'un côté, ses armes; de l'autre, Atlas avec le monde sur ses épaules, et celte devise : " Pour lui, l'Olympe est un fardeau léger (1). » Quelle transition, des Ardennes à l'Ile-de-France? A titre de conjecture, je proposerai, soit le canal des Gonzague, ou celui des La TrémoiUe. Une des filles du duc de

(1) Revue liislurii/ue a>(/en)u<ise, 1895, U, 39-40; Albert Mey- HAc, Géoqraphic illustrée des Ardennes . Charleville, 1900, in-8°, p. 216-Ù7.

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