‹ Jean-Jacques Rousseau dans la vallée de MontmorencyChapitre 7 sur 30 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Changement de Mme d'Houdetot. — Saint-Lambert averti. — Mme d'Epinay accusée par Rousseau. — Les vraisemblances. — Douleur de Rousseau. — Développement de ce thème. — Passage de l'affolement à la résignation en un mois.

A la clarté de la lune du 5 juin, le i*ire de Mme d'Houdetot rompit le charme; Jean-Jacques ne lui parla pas d'amour davantage. Et il n'obtint jamais rien de plus, et même il perdit alors tout ce qu'il avait obtenu de « la plus tendre amitié » . Le temps était passé des « baisers dérobés quelquefois sous les feuillages )) , bonheur incomplet, faveur éphémère. L'amie, ayant conscience d'avoir couru quchjue danger, résolut de ne plus se hasarder en pareille rencontre. Elle n'accepta de rendez-vous qu'à la Chevrette, terrain neutre, surveillé, trop surveillé même; d'où vint un autre danger (I). Les suspects n'avaient pas été assez souvent chez Mme d'Epinay d'abord; ils y allèrent trop ensuite, et sans cacher suffisamment leur jeu : lui (i vrai, maladroit, fier, impatient » ; elle « franche, distraite, étourdie » . La dame de céans était une fine mouche et « savait voir » ; elle n'eut pas besoin, au surplus, de

(1) Coiifes.ùons ; OEuvres, L\, 320, 321,

grande peispicacité ni d'habile police pour surprendre les entretiens d'un vif et mutuel intérêt dont on lui donnait le spectacle sous ses fenêtres. « Violente, mais réfléchie » , au dire de Rousseau, elle cache « sa fureur » , l'accable d'attentions, presrjue d'agaceries, essaye de le détacher de sa complice, en prodiguant à celle-ci malhonnêtetés et dédains. Mme d'IIoudetot n'y répondait pas, soit que sa nature l'y rendit indifférente, soit qu'elle ne s'en aperçût pas. Et le couple devint la fable de la maison, un spectacle offert aux amis, à d'Holbach et à d'autres.

Mais l'intervalle fut court entre la soirée du bosquet et le grondement de l'orage qui s'amassa dans le cœur de Saint- Lambert averti. A Eaubonne, un jour, Rousseau trouva « Sophie » , comme on sait qu'il l'appelait parfois, triste, et il vit qu'elle avait pleuré. « Ah! ditelle en soupirant, je crains bien que vos folies ne me coûtent le repos de mes jours... Saint-Lambert est instruit... On nous a desservis. Ou rompons tout à fait, ou soyez tel que vous devez être. » Plus loin : « >«'ous ne restâmes pas longtemps en doute sur la main d'où partait le coup. » Et l'ermite de foncer sur Mme d'Épinay (1). Quelles raisons en eut-il? D'étonnantes complications sentimentales, où son cerveau enfiévré mêla les rancunes du passé aux amertumes du présent. Mme d'Épinay, d'une part, aurait aimé jadis Saint- Lambert et vainement essayé de le détacher de sa maîtresse. Grimm, d'autre part, aurait lait auprès de celle-

(i) Confessions ; OEjnnes, IX, 322.

ci des teiitalives à semljlable fin de désunion, sans meilleur succès. Deux échecs, qui auraient laissé dans des cœurs pourtant si heureux, si remplis de leur mutuel amour, des désirs de vengeance sournoise d'une parfaite invraisemblance. Le présent ne fournissait pas moins de suspicions à l'imagination tourmentée de Rousseau. Il était détesté de Grimm, cjui appréciait peu Mme d'IIoudetot, et ni celle-ci ni lui-même n'avaient davantage la bienveillance de Mme d'I'^pinay : lui, nous l'avons vu, parce qu'il avait manqué à l'espèce de contrat qui liait le tenancier de l'Ermitage à la dame de la Chevrette, au devoir d'admirer ses essais littéraires, à l'hommage de forme tendre qu'elle insinue, ou fait dire par ses amis, qui lui fut rendu jusqu'au temps d'Eaubonne; Mme d'Houdetot, parce qu'elle était complice de cette forfaiture (l).

Enfin, l'accusateur articulait des faits plus précis, sinon plus probants. Mme d'Epinay était en correspondance avec Saint-Lambert. Il lui a écrit, en ce temps, une fois que je sache, pour lui présenter des excuses, et Grimm en plaisanta son amie, comme d'une attention galante et rare. Mme d'Épinay avait témoigné à Thérèse l'envie grande (jusqu'à fouiller dans sa bavette) d'avoir, fût-ce en débris, une des lettres qu'elle savait que Mme d'IIoudetot écrivait à l'Ermitage. Mais curiosité

(1) Je donnerai d'un coup les citations ou arguments empruntés aux Mémoires, jusqu'à la citation empruntée à la Coirespondance (« Viens Sophie... ") : II, 238, 240, 245, 246, 258, 259, 260, 266, 269, 270, 275, 282, 308, 312, 322, 343,

indiscrète, est-ce curiosité perverse? Envie de savoir prouve-t-elle envie de dénoncer?

Que Mme d'Épinay ait eu une certaine animosité contre les promeneurs d'Eaubonne et de rErmita{;e, j'y consens; elle-même Ta quelquefois laissé percer à fleur d'un sourire, et j'en donnerai des preuves, à l'égard de chacun, avant de relever ses allusions à leurs rendezvous. « J'ai eu hier, écrit-elle vers le 15 mai, la visite de la comtesse, l'air plus gai et plus fou que jamais; j'en étais excédée, car je suis bien loin de ce ton... La comtesse veut faire connaissance avec le baron et sa femme; je ne m'en mêlerai pas. La baronne, qui la peu vue, ne l'aime point. » Grimm de répondre : d Vous avez raison ; la société de la comtesse d'Houdetot ne va pas du tout au baron ni à sa femme, et je désire que cette fantaisie lui passe, ainsi que bien d'autres que nous lui avons connues... Pourquoi donc la comtesse est-elle si gaie? Est-ce que le départ de Saint-Lambert ne lui a fait aucune peine? » — Mme d'Epinay réplique, avec le sourire dont j'ai parlé : a Pardonnez-moi; vraiment la comtesse est désolée de l'absence du marquis; mais le chagrin Ta-t-il jamais empêchée d'être gaie ? Elle pleure de la meilleure foi du monde et rit de même. C'est la femme la plus heureusement née que je connaisse. » J'ajoute, en passant, quelle était pourtant forcée de convenir qu'elle-même, malgré l'absence de «l'unique bien» . s'amusait fort des plaisanteries deMargency; mais il fallait, à l'en croire, considérer le rire chez elle comme « une convulsion » , après laquelle l'àme, u quand elle est triste, n'en est que plus mal à l'aise » . Il n'est tel que de dis-

tinguer. Au sujet du philosophe, le 9 juin : « Ce que vous m'avez dit de Rousseau me l'a fait examiner de plus près... Cet homme n'est pas vrai; lorsqu'il ouvre la bouche, et qu'il en sort un propos dont je ne puis me dissimuler la fausseté... on me tuerait plutôt que de me faire trouver deux mots à lui dire. » Mais le vrai grief part de cette exclamation ironique : « Il est pourtant dur qu'un philosophe vous échappe au moment où l'on s'y attend le moins. " Nous laissons de côté, bien entendu, des sévérités ultérieures de la même main, justes répliques à des impertinences ouvertes.

Je ne place pas Mme d'Épinay très haut, mais non point cependant assez bas pour la croire coupable de ce ((u'elle-même a qualifié, dans un premier jet d'indignation, « la plus noire des infamies » . D'autant plus que tout peut s'expliquer, et le plus naturellement du monde, par une simple légèreté de sa part, compliquée d'une indiscrétion de Grimm. Voici comment. Elle disait son mot à cet ami, sur tous les sujets de conversation de la Chevrette et du voisinage, entre autres vers le 1 5 mars : « Ce qui me paraît incroyable, c'est que Mlle Le Vasseur assure que la comtesse d'Houdetot va voir l'ermite presque tous les jours, et qu'ils ont défendu à ces femmes de me le dire : elle laisse ses gens dans la forêt, vient seule et s'en va de même. » Le 5 juin, le jour même de la scène du bosquet : « Rousseau ne vient presque plus me voir; il est sans cesse chez la comtesse d'Houdetot; il n'a dîné qu'une seule fois ici pendant le séjour du baron. » Enfin, le 8 juin, complément des dernières nouvelles, et non pas nouvelles plus

récentes : « On prétend que Rousseau et la comtesse continuent leurs mystérieux rendez-vous dans la forêt. Ily a trois jours qu'il me fit dire par le jardinier... » On a vu le reste. Or, à la première information de l'aventure, à la lettre de mi-mai, Grimm répondait, le 23 ou le 24 : « Ce que vous me mandez de Rousseau me parait fort extraordinaire, et ces visites mystérieuses de la comtesse le sont encore davantage... " Et, quelques lignes plus loin, il pose la plume. II la reprend le lendemain pour achever sa lettre : « J'ai été inteirompu hier par l'arrivée du marquis de Saint- Lambert; j'ai passé la soirée avec lui. Vous pensez bien que nous avons un peu parlé de vous... Il m'a parlé des torts de Rousseau envers moi, il pense que vous lui avez tourné la tête depuis longtemps, et que j'en suis devenu sa bête [noire]. »

On me permettra de donner à cette conversation une suite, où il n'y a pour ainsi dire rien à inventer. Grimm ne put que repondre : « Mais non, vous vous trompez. Ce n'est pas de Mme d'Épinay, c'est de Mme d'Houdetot que Rousseau est amoureux. Tenez! écoutez ce qu'on m'écrit de la Clievrette. » Et ainsi quelque malice de Grimm aggrava- t-elle le bavardage de Mme d'Épinay. (( ^lalice n , « bavaidage d . peut-être même ces mots par où je contredis la délation laissent-ils subsister un grief trop précis. Entre nos gens, d'ami à ami, d'amant à maîtresse, la confiance était complète, et l'on se communiquait en Westphalie, non seulement les nouvelles, mais les messages mêmes de la vallée de Montmorencv. En voici la preuve très nette. Grimm écrit à

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Mme d'Épinay vers le 20 juin : « Le inar(|uis de Saintf.ainbert m'a fait passer une lettre de la comtesse d'Houdetot, où elle mande que vous vous portez à merveille et que vous engi'aissez... " Il ne faut donc pas seulement soupçonner, comme quelcjues-uns ont fait, que Saint-Lambert fut instruit par une simple indiscrétion de l'intimité de Rousseau et de Mme d'Houdetot; il faut, après les remarques ci-dessus, le tenir pour certain, malgré Mme d'Épinay même, qui, plutôt que d'avouer la moindre légèreté de sa part ou de celle de son correspondant, imaginera l'iiisloire invraisemblable de la lettre anonyme, sur quoi nous reviendrons avec elle.

L'avertissement donné à Saint-Lambert, quelle qu'en ait été l'intention, et l'irritation et les reproches qui suivirent précipitèrent le philosophe de son rêve. Ses relations avec Mme d'Houdetot en furent soudain et profondément changées. Sa douleur fut grande, sa plainte démesurée; une imagination éperdue s'y donna carrière. Elle se répandit en effusions épistolaires; entendez dans des lettres que l'auteur envoya, et dans d'autres, écrites pour donner une issue à son éloquence, qu'il n'envoya point. De cet éclat tragique il tomba à un véritable apaisement, en moins de temps qu'on n'aurait pu croire; ce fut l'a'faire d'un mois. Avant la mission de Saint-Lambert à Versailles, dont il sera bientôt question, il avait repris le ton d'une amitié respectueuse. Avant la fin de l'automne, nous avons dit qu'il fera de ce douloureux épisode un thème de méditations ou d'élévations morales. Dans douze ans, les Confessions remettront les choses au point, et l'histoire y

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trouvera des pnges, non contredites par Mme d'Houdelot, d'un accent suffisamment sincère pour s'y conformer.

Quelques phrases de trois lettres écrites dans le mois qui suivit la scène du 5 juin marqueront suffisamment les étapes du retour de Rousseau à des sentiments simplement affectueux.

La première, de son aveu, n'a pas été envovée (1 ) . Elle s'adresse à « Sophie » en la tutoyant; pages toutes gonflées de lyrisme, où le passionné soulage son cœur, et le romancier développe un sujet avec toute la puissance de son verhe enflammé. C'est un morceau qu'il soigne amoureusement, mais non pas toujours avec un souci très scrupuleux de la vérité, et qu'il mettra de côté pour le retoucher et y emprunter au besoin. Les Confessions lui donnèrent l'occasion de puiser à cette réserve :

Viens, Sophie, que j'afflijje ton cœur injuste, que je sois, à mon tour, sans pitié comme toi. Pourquoi l'éparyneraisje, tandis que tn m'ôles la raison, l'honneur, la vie?... Vois ce que j'étais et ce qne je suis devenu; vois à quel point tu

(1) Correspondt.nce ; OEiwics, X, 157. — Lucien Brcnel, la Nouvelle Helnïse et Mme d'Houdetot ('Artnales de l'Est, ISancv, 1888, in-8°, p. 477). Le coinnicncement ou, pour mieux dire, la plus grande partie de cette lettre se place en juin. Rousseau est malade de la douleur que lui cause le changement de Mme d'Houdetot; c'est une explosion de désespoir. Il a dû reprendre la lettre en octobre, et y ajouter quelques traits qui ont suggéré à M. Ritter la pensée qu'elle était toute de cette date. Je ne pourrai m'en expliquer complètement que lorsque Tordre chronologique des faits m'v amènera.

m'avais élevé et jusqu'où tu m'as avili... Ah! Sophie, je t'en conjure, ne te fais pas rougir tic l'auii que tu as cherché.; c'est pour ta propre gloire que je te demande compte de moi... Rappelle-loi ces temps de félicité... Cette flamme invisible, dont je reçus ime seconde vie plus précieuse que la première, rendait à mon âme, ainsi qu'à mes sens, toute la vigueur de la jeunesse. Combien de fois m'as-tu dit dans le bosquet de la cascade : « Vous êtes l'amant le plus tendre dont j'eusse l'idée; non, jamais homme n'aima comme vous. »... Loin d'éteindre tes premiers feux, les miens semblaient les irriter encore. Ah! si jamais tu fus tendre et fiilèle, n'est-ce pas dans ces moments délicieux où mes pleurs l'en arrachaient quelquefois?... Tu l'adorais [ton amant] et te laissais adorer... Je ne rappellerai pas ce qui s'est passé ni dans ton parc, ni dans ta chambre [?],mais pour sentir jusipi'où l'impression de tes charmes inspire à mes sens laideur de te posséder, ressouviens-toi du Mont-Olympe, ressouviens-toi de ces mots écrits au ciayon sur un chêne [?J J aurais pu les tracer du plus pur île mon sang... J'aurais donné l'univeis pour un moment de félicité; mais l'avilir, Sophie, ah ! non, il n'est pas possible, et, quand j'en serais le maître, je t'aime trop pour te posséder jamais (1)... Souvenirs amers et délicieux!... Tes yeux ne fuyaient pas les miens, tu recherchais mon bras à la promenade; tu n'étais pas si soigneuse a me dérober l'aspect de tes charmes [?] ef, quand ma bouche osait presser la tienne, <|uelquefois au moins je la sentais résister [?]. Tu ne m'aimais pas, Sophie; mais tu te laissais aimer... Ah! si jamais je te voyais un vrai signe de pitié... que ton bras se jetât autour de mon cou, qu'il me pressât contre ton sein, que ta douce voix me dît avec un soupir : « Infortuné, que je te plains!... » Oui, tu m'aurais consolé de tout...

(1) Il a dit cela aussi à propos de Mme de Warens : « Entin, je l'aimais trop pour la convoiter... » Cette formule paradoxale sans doute lui plaisait (Confessions ; OEuvres, VIII, 140^.

De ce morceau, mal ordonné et interminable, je n'ai extrait qu'un certain nombre de li{jaies, pour en faiie juger Taccent, montrer les emprunts des Confessions, et marquer enfin par des poinls d'interrogation quelques passages où il semble que la vérité gauchisse, et que l'auteur, débordé par son emphase, se vante et dépasse la limite indiquée par lui-même : u Tu ne m'aimais pas; mais tu te laissais aimer. " Où, par exemple, la griserie des grands mots et des images l'entraîne assurément, c'est quand, au lieu des billets laissés dans une niche au Mont-Olympe, suivant les Confessions, il nous parle ici de << mots écrits au crayon sur un chêne » .

Je viens à la seconde des lettres dont j'ai parlé : les emprunts que lui a faits Rousseau, dans son récit de la scène du bosquet, et l'allusion des premiers mots la placent nécessairement à très peu de distance du 5 juin ; l'adoucissement de la forme, après celle ({u'on vient de lire. Elle est adressée à « Sophie " , sans tutoiement, et lui fut envoyée. Écrite dans le ton des Confessions, et travaillée comme tout ce qui sortait de la plume de l'auteur, on n"y soupçonne pas, malgré la phrase transportée plus lard toute vive dans les Confessions mêmes, une arrière-pensée de réserver ce que nous appelons aujourd'hui un document, pour une œuvre future (1) :

Je commence à sentir l'efTef des af;ilalions terribles que vous m'avez si longteuips fait éprouver. Elles ont épuisé

(1) Manuscrits de Neiichàtel, p. 155; Annules Jeun-Jucques Rousseau, I, 182; Ritter, p. 33.

mon cœur, mes sens, tout mon être; et, dans le supplice des privations les plus ciiielles, j'éprouve l'accablement qui suit l'excès des plus doux plaisirs... Mes promesses n'ont jamais trompé peisonne; ce n'est pas par vous qu'elles commenceront. Vous avez assez vu ma force à les tenir, vous m'avez assez vu me débattre dans leurs chaînes pour ne pas craindre que je puisse les briser... Non, Sophie, je puis mourir de mes fureurs, mais je ne vous rendrai point vile... Tant que vous demeurerez à mes yeux ce que vous êtes, je n'en trahirai pas moins mon ami dans mon cœnr. \,e crime est déjà cent fois commis par ma volonté (1)...

La Iroisitme lettre enfin est un acte de résignation; elle est parée de toutes les formes de respect usitées avant les licences amoureuses. Gomme elle date, à mon avis, du lendemain du retour imprévu et provisoire de Saint- Lambert dont il va être question, on pouira penser que l'événement avança la guérison du philosophe, et je n'y contredirai pas, tout en observant que les distances, une fois rétablies, fut maintenues à jamais; la cure fut, au regard de Mme d'IIoudetot, sans la moindre rechute.

J'aurai l'occasion de revenir sur cette lettre (2). En voici un premier fragment :

A la Chevrette, mardi matin [5 juillet^.

Voici, Madame, les papiers que vous m'aviez demandés. Je crains cpie vous ne puissiez rien débrouiller aux ratures <les lettres... Quant au Catéchisme, j'y ai fait plusieurs

(1) Confessions; OEuvres, VÏII, 318. « J'aurais pu commettre le crime; il a cent fois été commis dans mon creur... »

(2) Correspondance ; OEuvres, X, 165.

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changements en le récrivanl... J'ai appris avec peine que, le soir de voire arrivée [a Paris], vous n'aviez point tlornii, que vous vous étiez mal portée le lendemain.,. Voilà mon principal sujet d'inquiétude... Un autre, c'est votre prochain voyage, dont on m'a parlé comme d'une chose assurée. Ah! Madame, que deviendront les promenades charmantes où nous nous entretenions de tout ce qui pouvait intéresser des cœurs honnêtes et sensibles, où je trouvais si doux de penser avec vous que j'ai perdu l'habitude de penser seul? On ne se promène point à la Chevrette comme à Eaubonne, et I Ermitage même me paraît une solitude depuis que vous n'y venez plus...

Bonjour, Madame, recevez, s'il vous plaît, l'assurance de mon respect, et le faites agréer aussi à Mme de Blainville...

A Madame la comtesse de Houdetot, en son hôtel, rue de l'Université, Paris,

La houle est tombée ; un mois exactement, comme je l'avais annoncé, a suffi pour produire l'accalmie. Ces lignes constatent nettement le nouvel état de choses, et le rôle que Mme d' Houdetot laisse à Termite auprès d'elle. Elle accepte encore sa compagnie, ses rendezvous même à la Chevrette. L'homme continue à l'intéresser fort par les marques de son génie, et aussi bien l'inquièle-t-il un peu : elle a sujet de le surveiller, à cause des ménagements et des condescendances qu'elle a eus pour son amour, et du portrait qu'il trace d'elle dans la Nouvelle Héloïse, et pour lequel elle a posé. Elle ne lui accordera plus qu'une amitié méfiante, une admiration distante, avec, si l'on veut, toutes les grâces de caractère de « la parfaite » .

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