LES ÉCRITS SOCIOLOGIQUES ET POLITIQUES
Les réflexions théoriques de Rousseau sur l'organisation sociale de son temps datent de son séjour vénitien, nous l'avons dit ; elles se précisèrent alors sous l'influence de ses occupations professionnelles qui touchaient à la politique européenne et se ressentirent des froissements qui furent infligés à son orgueil. Rappelons le passage des Confessions qui confirme cette façon de voir : « La justice (?) et l'inutilité de mes plaintes [contre son chef] me laissèrent dans l'âme un germe d'indignation contre nos sottes institutions civiles où le vrai (?) bien public et la véritable (?) justice sont toujours sacrifiés à je ne sais quel ordre apparent, destructif en effet de tout ordre et qui ne fait qu'ajouter la sanction de l'autorité publique à l'oppression du faible et à l'iniquité du fort ! » Formule éminemment sophistique, mais fort habilement choisie pour saper par la base les disciplines nécessaires au maintien de la cohésion sociale! Nous avons dit ce qu'il en était des plaintes de Rousseau à Venise. Il ajoute que ce germe ne se développa point à ce moment dans sa pensée comme il devait le faire plus tard, parce qu'il s'agissait de lui
en cette affaire et que l'intérêt privé n'a jamais tiré de son cœur les élans divins qu'il n'appartient qu'au plus pur amour du juste et du beau d'y produire ! Mais nous dirons que son désintéressement fut le plus souvent un voile jeté, même à ses propres yeux, sur son immense appétit de puissance par les mystiques convictions qu'il s'était faites à l'appui de cet appétit. Quoi qu'il en soit, le germe creva son enveloppe après avoir dormi six années encore sous les humiliations et les révoltes contenues, pour s'épanouir aussitôt en frondaisons profuses dont nous allons examiner le premier jet.