SÉJOUR A WOOTTON, ET FUITE INOPINÉE VERS LE CONTINENT
Rousseau détournait cependant sa pensée d'un épisode dans lequel il sentait confusément n'avoir pas joué le beau rôle, quoiqu'il n'eût plus désormais sur ce point la puissance de synthèse mentale qui l'eût fait reconnaître son orgueilleuse erreur et prendre l'énergique résolution de réparer ses torts. Songeant le plus souvent à toute autre chose, il passa donc à Wootton, dans un paysage de fraîche verdure, quelques mois assez paisibles et suffisamment remplis par la rédaction de ses mémoires. La correspondance de Hume avec Davenport, qui a été récemment publiée nous paraît caractériser de façon intéressante l'état d'esprit des deux adversaires après la période aiguë de la crise. — Lorsque Jean- Jacques avait écrit, dès le 22 juin, à David pour rompre avec lui et lui annoncer l'envoi prochain d'un acte d'accusation plus détaillé, l'incriminé s'était aussitôt tourné vers Davenport (le 26) en lui envoyant le billet qu'il venait de recevoir : « Vous serez stupéfait comme moi, disait-il [nous traduisons tout ceci de l'anglais], devant la monstrueuse ingratitude, férocité [ou vanité, de ferocitas] et frénésie de cet homme. » Mais, dès le 15 juillet, après réception du factum, il hausse les épaules et se modère : « Je trouve que, sur bien des points, il ment comme un beau