LES ÉCRITS OUVERTEMENT AUTOBIOGRAPHIQUES
Pendant la crise de suspicion morbide contre les Jésuites qui secoua l'hôte du petit château de Montmorency, quelques mois avant la publication de l'Emile, le président de Malesherbes, directeur de la Librairie, prit la peine de venir le visiter afin de calmer ses terreurs sans causes : « Il en vint à bout, lisons-nous dans les ConfessionSy et, ma parfaite confiance en sa droiture l'ayant emporté sur l'égarement de ma pauvre tête, rendit efficace tout ce qu'il fit pour m'en ramener... Après ce qu'il avait vu de mes angoisses et de mon délire, il était naturel qu'il me trouvât très à plaindre. Ainsi fit-il. Les propos incessamment rebattus de la cabale philosophique qui l'entourait lui revinrent à l'esprit. Quand j'allai vivre à l'Ermitage, ils publièrent que je n'y tiendrais pas longtemps. Quand ils virent que je persévérais, ils dirent que c'était par obstination, par orgueil, par honte de m'en dédire, mais que je m'y ennuyais à périr et que j'y vivais très malheureux. M. de Malesherbes le crut et me l'écrivit. Sensible à cette erreur dans un homme pour qui j'avais tant d'estime, je lui adressai quatre lettres consécutives où, lui exposant les vrais motifs de ma conduite, je lui décrivais fidèlement mes goûts.
mes penchants, mon caractère et tout ce qui se passait dans mon cœur... Je gémissais, en me sentant défaillir, de penser que je laissais dans l'esprit des honnêtes gens une opinion de moi si peu juste, et, par Tesquisse tracée à la hâte dans ces quatre lettres, je tâchais de suppléer en quelque sorte aux mémoires que j'avais projetés. » Donc, ce fut au lendemain d'une de ses crises les plus évidemment pathologiques, ce fut pour réfuter la conviction de tous ses amis qui attribuaient ces paroxysmes émotifs à l'influence fâcheuse exercée sur son état d'esprit par la solitude, ce fut enfin pour interpréter sa retraite champêtre comme un procédé de communication plus facile avec le Dieu-Nature, son Allié de l'Au-delà, prêt à verser sur lui ses faveurs, qu'il entra, par une première ébauche des Confessions, dans la voie de ces confidences autobiographiques qui devaient former la principale occupation de sa vieillesse et la source de sa plus durable influence morale.