‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 13 sur 70 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

KOUSSIiAU A PARIS : TATONNEMENTS ET ESSAIS

/. L'a vie uiuudaiiii'. - //. Portrait de Rousseau à cette date. III. La vocation de Rousseau.

Voici Rousseau transplanté : il ne s'acclimate pas trop mal, malgré sa gaucherie ordinaire qu'il exagère d'ailleurs. 11 a sur lui une petite comédie, Narcisse, et son projet de musique. La comédie lui permit de connaître Marivaux, qui la retoucha et le prit en amitié; le projet de notation musicale le mit en rapport avec l'Académie des sciences où Réaumur le présenta. D'autre part, son préceptorat à Lyon chez M. de Mably lui avait valu la connaissance de Condillac, frère du prévôt, et un peu plus tard de l'abbé de Mably. C'est encore la musique qui fut un moyen de liaison avec Diderot, qui n'avait encore que des projets d'ouvrage et qui devint bientôt son intime ami. 11 ne vérifiait qu'à demi le mot des Confessions : < Un jeune homme qui arrive à Paris avec une figure passable et qui s'annonce par des talents est toujours sûr d'être accueilli. ' Il eut cette bonne fortune. Mais il n'avait pas encore conquis Paris, puisqu'il n'avait pas conquis les femmes : un jésuite de ses amis, le Père Castel, devait les lui amener.

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Le Père Castel lui tint ce langage : <-■ Puisque les musiciens, puisque les savants ne chantent pas à votre unisson, changez de corde, et voyez les femmes. On ne fait rien dans Paris que par elles. Ce sont comme des courbes dont les sages sont les asymptotes; ils s'en rapprochent sans cesse, mais ils n'y touchent jamais. »

Les femmes dont le Père Castel pouvait assurer le crédit étaient d'importance; c'étaient Mme de Beuzenval et sa plie, Mme de Broglie; c'était surtout Mme Dupin. Fille du financier Samuel Bernard, et femme d'un fermier général, elle avait une fortune immense et tenait un salon réputé. Elle accueillit le livre et l'auteur, parla de son projet en personne instruite, chanta, s'accompagna du clavecin, le retint à dîner, le fit mettre à côté d'elle. Il n'en fallait pas tant pour le rendre fou; il le devint. 11 y avait mieux à faire, à vrai dire, et il le fit : il mit à profit les ressources mondaines que la société de Mme Dupin lui offrait.

Elle aimait à voir tous les trcns qui jetaient de l'éclat, les K'rands, les gens de lettres, les belles femmes ; on ne voyait chez elle que ducs, ambassadeurs, cordons bleus. Mme la princesse de Rohan, Mme la comtesse de Fortcalquier, Mme de Mirepoix, Mme de Bri^çnolé, Milady Hervey pouvaient passer pour ses amies. M. de Fontenelle, l'abbé de Saint-Pierre, l'abbé Sultier, M. de Fourmont, M. de Bern's, M. de Buflfon, M. de Voltaire étaient de son cercle et de ses dîners.

Chez elle, il connut encore son beau-fils, l'rancucil, fils de M. Dupin, et enfin le propre fils de Mme Dupin, Chenonceaux, dont il fut précepteur intérimaire. Bien venu dans une société aussi brillante, Rousseau connut le succès le plus rapide qui se puisse.

(^e succès continuera quand, revenu de Venise en 1744, il reprendra sa place dans \\\\ monde qui l'a toujours traité en enfant gâté. Toutefois la flamme de son imagination, que l'on pourrait croire é einte, se ranime à l'occasion, l-a maladie venait, à propos, faire contrepoids à sa vie mondaine, en lui montrant la mort d'assez près < pour le familiariser avec son image -. A ces moments, ou dans la cou-

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