‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 18 sur 70 · LA VOCATION DE ROTSSRAU · texte numérisé non relu

LA VOCATION DE ROTSSRAU

Oliii-ci s'était formé lentement, dans la vie libre et la solitude. Fruit d'une adolescence paisible, quoiqu'on en ait di', ou du moins pacifiée par le commerce de la nature, il avait à ce contact gagné en ingénuité et en ardeur. Il s'était produit au matin de la vie > qui est, ' con;me le matin du jour >, tout rempli de beauté, d'images et d'harmonie^. Otte poésie naturelle ne demandera qu'à jaillir : \Hcloïse marquera son réveil. Elle trouvera sa forme définitive dans les élans des Confessions, les effusions et la grîce divine di s Rêveries. La religion de Rousseau, faite d'abandon et de lyrisme, coulera de la même source. La doctrine de riiomme naturel et celle — plus méconnue - de l'homme leligieux ne seront que la mise en système de ces sentiments comprimés, rendus à eux-mêmes.- Et voilà, du même coup, découvertes la doctrine et la vocation.

Il convient donc de voir en Rousseau, avant tout, une s'.nsibiiité longtemps captive, qui célèbie son réveil, et voilà pour l'accent passionné, étrangement personnel; voilà pour la poésie et le lyrisme. Cette même sensibilité, justifiant sa délivrance, consacrant sa suprématie pai' voie de raisonnement, voilà pour la docîiine L'inspiration ap;.araît unique : Rousseau s'est retrouvé lui-même dans l'unité n^éconnue de son sentiment et de sa vie, de sa pensée et de son aciioi, de sa raison et de sa foi.

L'œuvre entière de Rousseau, à l-in:age de cette haute inspiration qui lui donna naissance au cours d'une brusque conversion, est instantanée et foudroyante. Sa beauté s'explique, justement, par cette barmonie soudaine où se fondent tant d'appa;en!es contrariétés; et, soit que, par son apaisement, elle l'expiime, ou que, par s.s inquiétudes, tlle la prépare, on ne saurait l'en séparer. On comprend mi.ux par là 'TS dissonances fondues dans l'apaisement final, oii elLs laissent toutefois subsister le souvenir émouvant des orages de l'esprit, l'écho prolongé des cris de la terre. Et

de là apparemment, le caractère de sensibilité et d'humanité qui se marque encore en cette œuvre, plus vivante que jamais. Elle continue à nous émouvoir, parce qu'elle tst un mélange de pensée et de passion, tt que ce mélange fut toujours pathétique.

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