LA MORALE DE ROUSSEAU PRÉCURSEUR DE KANT
Un exposé de la doctrine des mœurs était naturellement une partie intégrante de l'étude de Rousseau sur l'éducation des deux sexes.
Comme Kant plus tard, Rousseau met la morale au-dessus des spéculations de la métaphysique. Il la montre s'imposant à nous indépendamment de toute théorie, et il se félicite de ce qu'on peut être un sage sans être un philosophe.
De même que Kant, il exalte «ce principe inné de justice et de vertu sur lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d'autrui comme bonnes ou mauvaises » ; et il s'écrie : Conscience 1 ins-
io8 JEAN-JACQUES ROUSSEAU.
tinct divin, immortelle et céleste voix, guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre, juge infaillible du bien et du mal qui rends Fhomme semblable à Dieu ! c'est toi qui fais l'excellence de sa nature et la moralité de ses actions. Sans toi je ne sens rien en moi qui m'élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m'égarer d'erreur en erreur, à l'aide d'un entendement sans règle et d'une raison sans principes. »
Comme le fera Kant, et contrairement à l'exemple des encyclopédistes, qui semblent renfermer toute la morale dans les devoirs sociaux, Rousseau insiste sur cette dignité personnelle, sur cette pureté, sur cette droiture, sur cette beauté de l'âme dont chaque homme doit cultiver en soi le développement.
Mais, tandis que Kant, acheminé à une sorte de pédantisme de la raison, considérera surtout le côté purement rationnel du devoir, Rousseau tend à faire prédominer la sensibilité morale, mobile essentiellement variable et déréglé, qui pousse tantôt à faire trop, tantôt à faire trop peu, et qui expose à des