LA MORALE DE ROUSSEAU
affections pour suivre sa raison et sa con- ^ science. Se plaire à bien faire est le prix d'avoir bien fait; et ce prix ne s'obtient qu'après l'avoir mérité. Pas de vertu sans combat. Il faut être capable de commander à son cœur.
L'homme qui n'est que bon n'est bon que pour lui. L'homme vraiment vertueux est tel par la force de sa volonté, non par un ■ simple don de la nature. Sa vertu ne va pas sans des sacrifices pénibles.
(( L'homme vertueux, dit Rousseau, s'ordonne par rapport au tout, au lieu que le méchant, se faisant le centre de toutes choses, ordonne le tout par rapport à lui. » Kant parlera de même. Seulement, tandis que, selon Kant, c'est la raison qui commande d'agir conformément à une maxime telle que nous puissions vouloir qu'elle soit érigée en loi universelle, Rousseau pense que le principal stimulant est l'amour naturel du bien, et il tend à substituer au principe impératif le principe persuasif.
Kant a raison de mettre en lumière le fait capital de l'obligation trop laissé dans l'ombre
par Rousseau ; mais Rousseau ne se trompe pas quand il juge qu'une idée pure ne saurait par elle seule produire la détermination. Le sentiment est Tunité vivante où se fondent ensemble la pensée et le vouloir.