‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 65 sur 146 · ROUSSEAU, PARTISAN DU REFERENDUM LES VRAIS ET LES FAUX PLÉBISCITES · texte numérisé non relu

ROUSSEAU, PARTISAN DU REFERENDUM LES VRAIS ET LES FAUX PLÉBISCITES

lues principes de Rousseau n'entraînent pas seulement la condamnation du régime monarchique où la perpétuité, l'hérédité, l'irresponsabilité constituent une triple illégitimité ; ils entraînent aussi, on l'a vu, la condamnation du régime représentatif.

A proprement parler, les lois ne sont que les conditions de l'association civile. Il n'appartient qu'à ceux qui s'associent de régler les conditions de la société.

Mais quoi I faudra-t-il que le peuple soit constamment en délibération? Ne serait-il pas nécessaire, pour reprendre les habitudes politiques des citoyens d'Athènes et de

Sparte, d'avoir les loisirs que leur faisaient les esclaves ?

A cela Rousseau répond qu'en eflel a il y a des situations où l on ne peut conserver sa liberté qu'aux dépens de celle d'autrui », et il ajoute que, (( si les peuples modernes n'ont pas d'esclaves, ils le sont euxmêmes ».

Ce sont là de ces exagérations trop fréquentes chez Rousseau.

Rousseau revient à des idées plus sages. Quel est l'essentiel? C'est que les lois auxquelles tous doivent obéir aient été consenties par tous, ou du moins par le plus grand nombre ; c'est que le peuple se ^f}^\ovn(* ^ lui-même par l'intermédiaire de ses délé^iiés,

à qui la souveraineté ne saurait être aucunement cédée, et qui sont, non ses maîtres, mais ses serviteurs.

Ce but n'est-il pas atteint si, d'une part, le peuple est périodiquement appelé h se prononcer sur la conservation de la forme de gouvernement existante et sur le maintien de ceux qui sont actuellement chargés de l'administration pubHque ; si, d'autre part,

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les lois essentielles sont soumises à la ratification populaire?

Il y a, on ne le sait que trop en France, des plébiscites mensongers, dont les usurpa teurs font des instruments de règne, et qui ne sont qu'un semblant d'absolution que la tyrannie, appuyée sur la corruption, sur l'équivoque et sur la force, arrache à la servilité, à l'ignorance et à la peur. Il y a des plébiscites qui sont une mise en demeure d'accepter le despotisme pour éviter l'anarchie, et où un peuple est sommé, l'épée sur la gorge, de river les générations futures aux chaînes dont il est chargé. Ce sont là des simulacres de plébiscites.

Un plébiscite doit être un acte libre de la conscience nationale, accompli à bon escient, et n'engageant aucun des droits de la souve raineté. Pour cela, il faut que les termes des questions posées aient été élaborés et débattus par la nation ou par ses mandataires ; que ces questions soient amplement soumises à la discussion de tous ; qu'enfin le plébiscite ne soit point un piège où est pris le peuple, usant d'un reste de liberté pour

s'asservir, et d'un reste de vie pour se suicider.

Ucvenons ù Uousscau. C'est son mc^^rite d'avoir opposé la politique de l'éleetion et du droit populaire à la politique de la tradition et du droit divin. Il a bien montré que la source d'oii émanent et où se retrempent tout pouvoir et toute législation, c'ost la collectivité des citoyens. D'elle tout doit partir, à elle tout doit remonter. Où manque sa sanction manque l'autorité.

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