‹ Jean-Jacques RousseauChapitre 66 sur 146 · SUFFRAGE UNIVERSEL · texte numérisé non relu

SUFFRAGE UNIVERSEL

Une erreur très commune, même de nos jours et parmi les esprits libéraux, consiste à remplacer la souveraineté du peuple par la souveraineté du Parlement. On ne veut pour maître ni un roi héréditaire, ni un César élu ; mais on admet que les députés de la nation soient de véritables monarques pendant toute la durée de leur mandat ; on entend imposer au peuple une tutelle, en ne lui laissant pas choisir ses tuteurs ; on est convaincu qu'il appartient à certaines capacités de mener le pays, tout en lui répétant qu'il se gouverne lui-même; on va jusqu'à établir parmi les

aoo JFAN-JACQUES ROUSSEAU.

ciloyens, gruce aux abus du favorilismc, à la pression des coteries et à la dispensatioii des inllueiices, des catégories de dirlfjeauls^ en deliors desquelles on ne comprend pas que puissent se porter les sullVages populaires.

Qu'arrive-t-il ? C'cfit qu'on perpétue chez le peuple l'état d'enfance, en le traitant toujours comme un enfant.

Si l'on entrait enfin dans la vérité du régime démocratique tel que l'a entrevu Rousseau, on reconnaîtrait que les élus de la nation doivent être toujours liés par un mandat précis des citoyens qui les adoptent comme organes de leurs volontés, et que les citoyens doivent faire directement eux-mêmes tout ce qu'ils peuvent se dispenser de faire %lj|||if faire par autrui : si bien que, dans tout

groupe politique dont les membres ne se trouvent pas matériellement empêchés de se réunir, — par exemple, dans la commune qui est appelée à être, beaucoup plus qu'elle ne l'est actuellement, l'école pratique du citoyen, — les intéressés discutent leurs affaires publiquement et sans intermédiaires. Hors de là, il n'y a que confiscation de la

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