L'ÉDUCATION CIVIQUE
Ces trois choses solidaires, la souveraineté de tous, le suffrage universel et la république, ont une âme commune, l'éducation civique. Qu'elle manque ou soit mal entendue, il y aura lieu d'appliquer à toute république cette vieille vérité que ce qui pourrait être le meilleur, une fois vicié, devient le pire.
Rousseau parle particulièrement de l'éducation civique dans son Essai sur le gouvernement de Pologne. Il la veut à la portée de tous, sinon tout à fait gratuite. Eminemment négative, elle tendra surtout à empêcher les vices de naître. Elle tiendra toujours les enfants en haleine non par d'ennuyeuses
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éludes, mais par d agréables exercices. Elle organisera des jeux publics, où chacun, en même temps qu'il se rendra agile et fort, s'accoutumera à la règle, à l'égalité, à la fraternité, à la concurrence cl au désir de l'approhalion de ses concitoyens. Elle substituera aux spectacles mesquins, où tout n'est que frivolité et corruption, de grands spectacles vraiment moralisateurs, vraiment démocratiques, où tous les citoyens, fraternellement rassemblés en plein air, se feront fête les uns aux autres. Elle mettra au premier rang la connaissance complète des productions, de \ jî riiistoire et des lois de la patrie. Elle visera
à développer cette estime pour les qualités vraiment personnelles, cette vigueur d'âme, cette simplicité dans les mœurs et dans la parure, ce respect des lois, ce zèle patriotique, dont les levains sont dans le cœur de tout homme et, selon les paroles de Rousseau, u n'attendent pour fermenter que d'être mis en action par des institutions convenables». Elle multipliera ces solennités, ces rites symboliques, où les esprits superficiels ne voient qu'inutilité et sottise, mais dont l'impor-
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tance est évidente, comme le dira Mirabeau, pour tous ceux qui, ayant étudié les véritables prises du cœur humain, savent qu'i7 est plus important de donner aux hommes des mœurs et des habitudes que des lois et des tribunaux, et que la langue des signes est la vraie langue des législateurs. En un mot, la patrie ne peut subsister sans la liberté, ni la liberté sans la vertu, ni la vertu sans des citoyens. Faire des citoyens, c'est-à-dire des hommes qui se sentent membres de la patrie, qui sachent l'honorer et la servir, voilà l'œuvre de l'éducation nationale.
Aux yeux de Rousseau, une des fins essentielles de l'éducation est de développer le goût de la simplicité et de l'égalité. Ce n'est pas par des lois somptuaires qu'on extirpera la manie du luxe et des richesses. Les lois somptuaires ne font qu'irriter le désir. Il s'agit de convertir les cœurs, en leur inculquant des inclinations plus saines et plus nobles.
Avec Montesquieu et avec Aristote, Rousseau pense que la véritable force des Etats réside dans la médiocrité des fortunes ; et
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que rien n afiaiblit autant Ici reisortB du gouvernemenl que le contraste de l'opulence et de la misère, mettant en présence des citoyens assez riches pour en acheter d'autres et des citoyens assez pauvres pour être contraints de se vendre.
De nos jours, plusieurs Etats, et en particulier les États-Unis d'Amérique, sont en train de confirmer (ielte vérité.
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