PREMIÈRE PARTIE
Sans remonter à ces premiers âges du monde, où l'homme n'était qu'un animal comme un autre (l'anatomie comparée n'étant pas assez avancée pour nous renseigner sur ces origines lointaines), Rousseau prend l'homme tel que nous le voyons aujourd'hui : « marchant à deux pieds, se servant de ses deux mains, comme nous faisons des nôtres, portant ses regards sur toute la nature et mesurant des yeux la vaste étendue du ciel. » Le voilà, tel, ou à peu près, qu'il est sorti des mains de la nature. Il vit heureux, parce qu'il a peu de besoins. Je le vois, dit Rousseau, et il le voit avec son imagination de poète, se rassasiant sous un chêne, se désaltérant au premier ruisseau, trouvant son lit au pied du même arbre qui lui a fourni ses repas. Ses premiers progrès, il les doit à l'imitation des animaux : ce n'est que lentement qu'il s'achemine et « s'élève jusqu'à l'instinct des bêtes. » — L'homme a-t-il vraiment pris ce détour? A-t-il eu
besoin des leçons des animaux pour créer son industrie, pour inventer les arts* et pour apprendre à vivre en société? De modernes sociologues l'affirment ; et il est possible, en effet, que l'adresse ou la ruse de certains animaux lui ait suggéré certains procédés de détail : il me paraît pourtant que, même sans l'aide des animaux, l'homme, rien qu'avec ses facultés naturelles, a fort bien pu trouver tout seul la science, l'art, tout ce qui lui donne, en un mot, non seulement le premier rang, mais une place à part et fait de lui un être hors de pair dans la création. Il est d'usage, depuis Montaigne, et Rousseau ici encore est son disciple, d'exalter l'animal aux dépens de l'homme; mais il est par trop facile de réfuter ces détracteurs, plus ou moins spirituels, de l'humanité. Ainsi, et pour ne prendre qu'un exemple, il est clair que l'homme ne court pas aussi vite que le lièvre; mais il est un certain nombre de choses que le lièvre ne fait pas et ne fera jamais : ne serait-ce qu'un civet de lièvre.
Au reste, après avoir fait l'homme, à l'origine, inférieur aux animaux, Rousseau nous le dépeint, à Vétat sauvage, bien supérieur à Vhomme civilisé. Sans doute, convient Rousseau, le civilisé, avec toutes ses machines, l'emporte sur le sauvage; cependant ces deux hommes, mettez-les nus et désarmés, en face l'un de l'autre, et vous verrez un combat plus inégal encore : mais ce n'est plus le civilisé qui aura l'avantage. — Même dans ce corpsà-corps, je parierais plutôt pour le civilisé : la paléontologie nous apprend, en effet, que les hommes primitifs étaient loin d'être ces robustes géants qu'on a imaginés, par analogie avec les gigantesques rhinocéros dont on a retrouvé les ossements énormes. Ces hommes, dits paléolithiques (1), étaient, en réalité, plus petits que les hommes actuels de taille moyenne. Ajoutez qu'ils se nourrissaient très mal : à cette époque très primitive où se place Rousseau, les hommes, ne sachant pas encore faire du feu, mangeaient de la viande crue : ce n'était pas ce qui pouvait les rendre nerveux et forts. Au reste, la question est mal posée : il ne s'agit pas, pour juger de la valeur respective du sauvage et du
(1) Voir Mortillet : Le préhistorique, p. 326.
LE DISCOURS SUR L*INÉGALITÉ
civilisé, d'imaginer un combat entre ces deux hommes ; Rousseau devait mettre, en face d'une bête féroce, ici un sauvage, aussi vigoureux que ceux qu'il admire, là un civilisé, aussi faible que ceux qu'il méprise, mais armé d'un bon fusil : et il aurait dû nous dire de qui il aurait mieux aimé prendre la place, du sauvage ou du civilisé. Si l'on voulait, à tout prix, maintenir l'hypothèse de Rousseau, je dirais alors que l'expérience imaginée par lui, d'un combat singulier entre un sauvage et un civilisé, a été plus d'une fois réalisée : ainsi, dans son voyage autour du monde, La Pérouse s'amusait souvent à faire lutter ses matelots avec les indigènes des terres où ils abordaient : presque toujours les matelots avaient le dessus.
Dans son enthousiasme pour l'homme primitif, Rousseau nous le montre, une pierre dans une main, un bâton dans l'autre, c'est-à-dire, avec les seules armes que lui a fournies la nature, luttant avec avantage contre les plus terribles animaux ; et même, ajoute-t-il, s'il a le désavantage, l'homme peut toujours fuir ; — mais si son adversaire court plus vite que lui ? d'ailleurs, continue-t-il, aucun animal ne fait naturellement la guerre à l'homme (( hors le cas d'une extrême faim » — oui, mais s'il a faim ? et il y a des loups qui ont une faim bien vorace. Les Caraïbes, nous apprend Rousseau d'après Corréal, s'exposent hardiment dans les bois, armés seulement de la flèche et de l'arc et « aucun d'eux n'a été dévoré des bêtes », — ou, s'il l'a été, il n'est pas venu le dire à Corréal. En réalité, les bêtes monstrueuses des temps primitifs ont dû faire d'épouvantables hécatombes des pauvres humains sans défense : « Si nous songeons, dit un sociologue contemporain, que dans l'Inde plusieurs milliers d'individus périssent chaque année sous la griffe du tigre, nous comprendrons facilement ce qui devait arriver dans les temps primitifs où l'homme, moins protégé que l'Indien actuel, avait affaire aux tigres d'alors, plus vigoureux qu'aujourd'hui (1). »
Mais l'homme a, dit Rousseau, des ennemis bien plus terri- Ci) Cosentini : La Sociologie génétique, p. 63.
bles que les animaux, à savoir les maladies, lesquelles sont, ajoute-t-il, le lot de l'homme vivant en société. Rousseau, disons-le en passant, fait bon marché des bêtes féroces : à Paris, dans sa rue Saint-Quentin, elles lui apparaissaient évidemment peu redoutables. A propos des maladies, il nous prévient qu'il ne déclamera pas contre les médecins — il pourrait y en avoir parmi ses juges à l'Académie de Dijon ; — il se borne donc à déclarer que nous nous donnons certainement plus de maux que la médecine n'en peut guérir : nous nous rendons malades à plaisir par nos excès, nos veilles et nos études, et c'est ici que Rousseau place son mot fameux : « Si la nature nous a destinés à être sains (ce qui n'est pas douteux pour lui), j'ose presque assurer que la réflexion est un état contre nature et que Vhomme qui pense est un animal dépravé ». — Mais si la nature nous a donné un cerveau, ne serait-ce pas peut-être pour nous en servir ?
Au reste, Rousseau va avec tranquillité continuer à se a dépraver » lui-même, en continuant à a réfléchir » sur l'état de nature. Donc ces heureux sauvages ne connaissent pas d'autres maladies que les blessures et la vieillesse : Platon ne nous dit-il pas qu'on employait, à la guerre de Troie, certains remèdes qui, nous le savons maintenant, excitent certaines maladies? preuve que ces maladies n'existaient pas encore ; et « l'on ferait donc très aisément l'histoire des maladies humaines en suivant celle des sociétés civiles. » L'argument est curieux : tel remède, employé pour combaltre une maladie, peut nous en donner une autre ; donc, conclut Rousseau, on ne souffre pas encore de cette autre. Il fallait conclure : donc on ne s'est pas encore aperçu qu'il donnait cette autre et c'est là, peu s'en taut, l'histoire de la médecine. Voici un argument de même force et aussi amusant : « Selon ce que rapporte Celse, la diète, aujourd'hui si nécessaire, ne fut inventée que par Hippocrate. » Qu'est-ce que cela prouve? tout simplement qu'on ne jeûnait pas systématiquement avant Hippocrate, mais non pas du tout, ce qui est l'idée de Rousseau, qu'on n'eût pas besoin de jeûner, tant on était sobre. Et cetté conclusion de Rousseau, contraire à la
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logique, ne l'est pas moins, je crois, à la réalité ; car les sauvages, ne mangeant pas toujours à leur faim, et jeûnant même souvent, mais malgré eux, devaient se jeter gloutonnement sur la proie enfin conquise et se donner de formidables indigestions ; et qu'Hippocrate eût déjà prescrit ou non la diète, la nature, c'est-à-dire leur voracité seule, suffisait à la leur imposer. Qu'on lise, par exemple, dans Lubbock (Uhomme avant Vhistoire, p. 348), comment les sauvages d'Australie s'enduisent de graisse tout le corps pour mieux entrer dans une baleine qui s'est échouée sur le rivage, et qu'ils mangent toute crue ; « pendant des jours entiers, ils se gorgent de celte viande pourrie. »
Il est vrai que Rousseau donne aux premiers hommes, avec une santé à toute épreuve, une vigueur exceptionnelle ; « car il faut bien se garder de confondre l'homme sauvage avec les hommes que nous avons sous les yeux. » Voyez les animaux, tels que le cheval, le taureau ou l'âne : domestiqués, ils s'abâtardissent ; il en est ainsi de l'homme ; en se civilisant, il devient faible, craintif et rampant. — C'est le contraire qui est la vérité : il ne faut plus aujourd'hui, comme le faisaient jadis les poètes, célébrer l'âge heureux où (c'est un vers de Dryden), « libre de tout frein, courait dans les bois le noble sauvage » ; mais il convient plutôt de s'attrister, avec les modernes sociologues mieux informés, sur cet âge de fer où « privé de toute société (c'est ainsi que parle Bagehot) rampait dans les bois le sauvage tremblant.» Ne savons-nous pas, par expérience, que le sauvage ne fournit pas la moitié du travail que donne normalement l'ouvrier des villes et qu'en conséquence, mal armé et à peine vêtu, l'homme primitif avait peine à se défendre contre des animaux plus forts et plus agiles que lui ? Rien n'est donc moins justifié que le dédain de Rousseau pour les premières inventions de l'industrie humaine : « il est clair que le premier homme qui se fit des habits et un logement se donna des choses peu nécessaires, puisqu'il s'en était passé jusqu'alors ». — Il s'en passait; mais quand la bise soufflait, il grelottait ; il souffrit moins, du jour où il sut se couvrir d'une peau de bêle et s'abriter dans sa hutle de bois ou de pierre.
Jusqu'ici Rousseau s'est surtout occupé de Vhomme physique « simple machine ingénieuse » ; il va maintenant envisager Vhomme moral : ce qui le constitue et le dislingue des bêtes c'est, dit-il, la liberté qui lui permet, ce que ne peuvent faire les bêtes, de s'écarter des lois prescrites par la nature. Mais quel usage l'homme va-t-il faire de sa liberté? « Un chat mourrait de faim sur un tas de fruits, quoiqu'il pût très bien se nourrir de cet aliment qu'il dédaigne ; » il ne connaît que la voix de la nature. Nous avons sur ce chat l'avantage suivant : l'homme dissolu se livre (précieux privilèges de l'esprit et de la liberté !) à des excès qui le tuent . — Oui, mais l'homme, qui n'est pas dissolu, se fait une bonne cuisine qui le fait vivre et très agréablement. Si, dès ce premier stade, Rousseau songe à la débauche et non pas simplement à l'art naissant de préparer les mets, c'est parce que, dans les premières conquêtes de l'humanité, il ne veut voir (comme dans son premier Discours) que les abus et les maux dont il faut payer ces conquêtes ; et que progresser, c'est-à-dire, user de notre « esprit », au lieu de nous borner à satisfaire les naturelles exigences de nos « sens », c'est, il le répète, se dépraver. Selon lui ce qui distingue véritablement l'homme de l'animal, ce n'est pas tant l'intelligence que la liberté ;car, après tout, l'animal a des idées et « les combine »; ainsi fait l'homme ; et, donc, au point de vue de l'entendement, il n'y a, de l'homme à la bête, de différence que du plus ou moins. Vaut-il la peine de faire remarquer à Rousseau qu'un Montesquieu, qui vient de « combiner » après les avoir cherchés tant d'années, les principes des gouvernements et des lois, et un chien qui combine machinalement quelques pauvres semblants d'idées, il y a un peu plus qu'une différence de degré ? Mais pourquoi donc Rousseau tientil tant à faire de la liberté la seule marque distinctive de l'homme ? pour mieux étaler ensuite le mauvais usage que l'homme va faire de cette liberté qui le soustrait, pour son malheur, à la clairvoyante tutelle de la bonne nature.
Rousseau continue (ou, plus exactement, je continue de résumer Rousseau) : on peut discuter sur la liberté, mais il y a une chose sur laquelle il n'est pas de contestation possible, à savoir :
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ce qui distingue très certainement l'homme de la bêle, c'est la perfectibilité, fruit de la liberté humaine. L'homme peut se modifier ; la bête, non ; elle reste toute sa vie ce qu'elle est en naissant. On va voir à l'œuvre cette précieuse perfectibilité : grâce à elle, l'homme acquiert des lumières et des vices qui le rendent très malheureux et le font retomber plus bas que la bête. (( Il serait pourtant affreux, s'écrie Rousseau, de louer comme un être bienfaisant le premier qui suggéra à Thabitant des rives de rOrénoque l'usage de ces ais qu'on applique sur les tempes des enfants, et qui leur assurent du moins une partie de leur imbécillité et de leur bonheur originel. » Voilà, en effet, une conséquence affreuse, mais tout à fait logique, de sa thèse ; et il faut donc regretter de n'être pas né sur ces bords heureux de l'Orénoqne, au lendemain du jour où un vrai bienfaiteur de l'humanité inventa ces ais merveilleux, prolecteurs de notre ignorance et de notre félicité primitives.
Quand Buffon trace, dans sa septième Époque de la nature (1778), les premiers progrès de rimmanité, je crois bien qu'il songe à l'auteur du Discours sur l'inégalité, tant il prend le contre-pied de toutes les affirmations de Rousseau. Aux thèses de celui-ci, c'est-à-dire, au bonheur des sauvages isolés, à la naissance tardive et funeste de la société, et enfin à la malédiction lancée contre la science, voici le tableau qu'il oppose : «les premiers hommes, témoins des mouvements de la terre encore récents et très fréquents, n'ayant que les montagnes pour asiles contre les inondations, chassés souvent de ces mêmes asiles par le feu des volcans, tremblants sur une terre qui tremblait sous leurs pieds, nus d'esprit et de corps, exposés aux injures de tous les éléments, victimes de la fureur des animaux féroces, dont ils ne pouvaient éviter de devenir la proie ; tous égale, ment pénétrés du sentiment commun d'une terreur funeste, tous également pressés par la nécessité, n'ont-ils pas très promptement cherché à se réunir, d'abord pour se défendre par le nombre, ensuite pour s'aider et travailler de concert à se faire un domicile et des armes ? » Et avec quel enthousiasme et quelle reconnaissance de savant Buffon salue « ce premier peuple de l'Asie digne
de tous nos respects, comme créateur des sciences, des arts, de toutes nos institutions utiles ! » et il ajoute aussitôt, comme pour mieux marquer la distance infinie qui le sépare de l'auteur du Discours sur l'inégalité : « ce premier peuple a été très heureux, puisqu'il est devenu très savant. » Enfin énumérant les premières conquêtes de la science, il nous montre, avec une légitime fierté, « l'homme se rendant capable de modifier les influences du climat qu'il habite et d'en fixer la température au point qui lui convient, convertissant les déserts en guérets, les bruyères en épis et changeant peu à peu la surface de la terre. » Partout donc, et de plus en plus, fliomme a ajouté à la nature et, au lieu de l'en plaindre ou de le maudire, comme fait Rousseau des premiers inventeurs, BufTon admire et bénit le labeur intelligent qui nous a donné le blé : « le grain, dont l'homme fait son pain, n'est point un don de la nature, mais le grand, l'utile fruit de ses recherches et de son intelligence dans le premier des arts ; nulle part sur la terre on n'a trouvé de blé sauvage et c'est évidemment une herbe perfectionnée par ses soins ; il a fallu reconnaître et choisir, entre mille et mille autres, cette herbe précieuse, la semer, la recueillir nombre de fois ; tout nous démontre que c'est la plus heureuse découverte que l'homme ait jamais faite » ; pages touchantes, que je n'ai pu m'empêcher de citer, tant elles s'opposent heureusement aux furieuses déclamations de Rousseau contre les inventeurs « du fer et du blé qui ont perdu le genre humain. »
A l'inverse des philosophes de FEncyclopédie, pour lesquels la raison sortit, armée de pied en cap, de la tête des premiers hommes qui commencèrent à penser avec les prétendues (( lumières naturelles », Rousseau, qui devait écrire, aux débuts de ses Confessions, le mot connu : (i Je sentis avant de penser », comprend, mieux que les rationalistes de son temps, la primauté des passions dans la vie et même dans fintelligence : a c'est par leur activité, dit-il dans son Discours, que notre intelligence se perfectionne; nous ne cherchons à connaître que parce que nous désirons de jouir et il n'est pas possible de concevoir pourquoi celui qui n'aurait ni désirs ni craintes, se donnerait la peine de
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raisonner. » Les passions naissent de nos besoins et elles progressent avec nos connaissances ; et le sauvage, qui est si dénué de connaissances, n'a que les passions qui naissent des besoins vraiment naturels. Aussi les seuls biens qu'il connaisse dans l'univers sont « la nourriture, une femelle et le repos ; les seuls maux qu'il craigne sont la douleur et la faim », mais « non pas la mort », car l'animal ne sait pas ce que c'est que mourir. — L'animal, c'est possible, mais l'homme ? et je dis : l'homme le plus près de la nature et le plus primitif qu'on puisse imaginer. Je conçois d'une tout autre manière ses premiers sentiments en présence de la mort : cet être qu'il aimait, avec qui il vivait et jouait naguère, qui a peut-être pansé ses blessures (puisque Rousseau ne refuse pas aux premiers hommes la pitié), cet être qui avait fini comme par faire partie de lui-même, il le voit tout à coup gisant inerte et décoloré ; il l'appelle en vain : il dort, il va sans doute se réveiller ; il essaie de réchauffer ses membres glacés ; son compagnon est muet et sourd ; que s'est-il donc passé? le sauvage ne comprend pas (comprenons -nous davantage ?) et alors il réfléchit sur ce spectacle où se perd son obscure intelligence ; il médite, en un mot, sur la mort, et de cette méditation vont naitre les religions et les philosophies. Faites que l'homme ne meure pas et jamais il ne songera à philosopher sur sa destinée et à imaginer des dieux qui protègent les morts et les font revivre ailleurs .
Rousseau est bien forcé de convenir que la connaissance de la mort et de ses terreurs est une des premières acquisitions de l'homme ; cette acquisition, il ne l'a faite, dit-il, qu'en a s'éloignant de la vie animale. » Comme si l'homme avait jamais été un pur animal ! que sa raison ait sommeillé longtemps, il faut bien le croire ; mais elle n'est pas née en un jour, le jour où il se serait élevé de l'animalité à l'humanité. La raison liumaine est née avec le premier homme et, encore que rudimentaire, elle s'est éveillée et elle s'est exercée dès l'instant que l'homme a promené sur l'univers ses premiers regards, étonnés et interrogateurs. Mais je reprends, avec Rousseau, l'histoire de la primitive humanité.
La prévoyante nature avait tout fait pour assurer à nos premiers ancêtres les bienfaits de l'état sauvage ; pourquoi, en effet, les sauvages de Rousseau désireraient-ils améliorer leur sort ? (( leur imagination ne leur peint rien et leur cœur ne leur demande rien. » — Mais alors que font-ils donc de leur imagination ? et, par exemple^ quand la nuit s'étend sur la forêt, estce que, dans leur veille inquiète, leur imagination n'est pas même capable de leur représenter les mille dangers que recèle pour eux l'obscurité de la nuit ? et ne voient-ils pas, du sein des ténèbres, et avec leur imagination encore, ce soleil qui va se lever et leur apporter, en se montrant, comme aux animaux euxmêmes, la joie de vivre et de revoir leurs semblables ? et que fontils donc aussi de leur cœur ? est-ce que leur cœur ne tressaille pas de douleur ou d'allégresse quand ils perdent ou retrouvent les objets ou les êtres familiers qui leur sont devenus si chers? Sans doute les philosophes du dix-huitième siècle avaient tort de se représenter les premiers hommes trop semblables à eux-mêmes et Rousseau est infiniment plus près de la vérité dans sa peinture de l'humanité primitive ; mais il exagère en sens inverse, et afin d'élargir l'abîme, dont il a besoin pour sa cause, entre le sauvage et le civilisé, il fait du sauvage une brute satisfaite, et satisfaite d'une vie si pauvre, si enfoncée dans l'animalité, qu'on a peine à comprendre comment une brute pareille a pu devenir, même dans la suite des siècles, l'homme que nous connaissons et que nous sommes. Pour passer de cette brute à cet homme il faudrait plus qu'un progrès, même indéfini ; il faudrait une métamorphose et un miracle : aussi Rousseau ne sait-il comment expliquer une aussi étonnante transformation.
Les philosophes mettaient dans le premier homme un Encyclopédiste anticipé, et ils retrouvaient aisément dans cet homme leur philosophie et leur religion, qu'ils appelaient alors naturelles. Rousseau, lui, n'ayant pas même mis dans le premier homme le principe et le commencement des progrès futurs, se demande inquiet, ne sachant que résoudre, si, dans des progrès tels que sont le langage et l'écriture, il n'y aurait pas quelque chose de surnaturel . Comment, par exemple, l'homme est-il arrivé
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à parler, c'est-à-dire à se faire comprendre de ses semblables? « qu'on pense, dit Rousseau, aux peines inconcevables et au temps infini qu'a dû coûter la première invention (?) des langues ; )) et il s'enfonce dans l'obscur problème de l'origine du langage. Il y a, dans les pages qu'il consacre à cette question, mainte vue ingénieuse ; mais je ne cherche ici que la snile des idées et, dès lors, je m'étonne que Rousseau, parlant de l'art de communiquer ses pensées, l'appelle « un art sublime », alors que cet art va être le premier véhicule de cette civilisation tant abhorrée par lui : il devrait plutôt le maudire, comme il a maudit, dans son premier Discours, l'art de propager les pensées et qu'on appelle l'imprimerie. Tant y a que « cet art sublime » du langage, Rousseau ne sait comment le tirer de l'intelligence rudimentaire de ses premiers humains ; puis, le problème lui paraissant insoluble, il en laisse la discussion à qui voudra l'entreprendre : ce n'était pas la peine de l'aborder, ni surtout d'interrompre, pour un si mince résultat, le cours de ses investigations sur les inégalités sociales (1). De sa dissertalion sur le langage il retient toutefois un argument singulier en faveur de sa thèse: si le langage a été si difficile à inventer, c'est parce que la sage Nature voulait, pour notre bien, nous maintenir dans le silence et, par là, nous empêcher de nouer entre nous ces relations funestes qui vont devenir la sociabilité. L'homme, en effet, selon Rousseau, pouvait très bien se passer de son semblable, tout comme les singes et les loups (?) ; « on m'objectera, je le sais bien, que l'homme seul eût été misérable; mais qu'entend on par ce dernier mot ?. . . misérable implique privation et douleur; or, l'homme seul est libre, son cœur est en
(1) Rousseau reviendra sur cette question de l'origine du langage qui préoccupa beaucoup le dix-huiliéme siècle, très curieux de rechercher les ■origines de toutes choses, des idées, des religions, de la société, ou, comme dans le Discours même de Rous eau, des inégalités sociales. Rousseau a écrit un Essai sur Vorigine des langues dont la date est inconnue. M. Lanson {Grande Encyclopédie) propose la date de 1749 ; l'Essai est très certainement postérieur, car Rousseau y cite plusieurs lois, et notamment à la fin, la « Grammaire générale et raisonnée de Port Royal » publiée par Duclos : or, cette publication de Duclos est de 1754.
paix, son corps est en santé; où voj^ez-vous, je vous prie, qu'il soit misérable? » — La réponse est trop facile : il ne sera pas, en effet, misérable, ou, du moins, il ne le sera pas longtemps, car il sera mangé par ceux (bêles ou gens) qui vivent en société.
Dans son panégyrique du sauvage, Rousseau rencontre sur son chemin Hobbes, pour qui l'homme est naturellement méchant ; mais Hobbes, entre autres défauts, n'a pas vu que l'homme a une qualité qui réfute sa doctrine; cette qualité est la pitié. Rousseau reprendra, dans sa Préface, cette idée si importante, de la pitié naturelle à l'homme, et nous verrons alors ce qu'il a su en tirer. Pour le moment, il se contente d'affirmer que la pitié n'est nulle part plus énergique que chez le sauvage; ici, en effet, nous avons l'animal spectateur s'identifiant pleinement avec l'animal souffrant. En doutez-vous ? Voyez, dit Rousseau, une querelle dans la rue; qui sépare les combattants? la canaille, rr les femmes de la halle» ; le philosophe, lui, se sauve; il sait raisonner, il n'aura qu'à s'argumenter un peu pour empêcher la nature, qui se révolte en lui, de l'identifier avec celui qu'on assassine. » — Si Rousseau avait vécu jusqu'à la fin du siècle, il aurait vu que a la canaille » s'entendait très bien à couper les têtes, et il est même fort probable qu'on lui eût coupé la sienne, comme on fit à tant d'autres, qui étaient infiniment plus révolutionnaires que lui. Il aurait constaté, en tous cas, que la pitié, qu'il a d'ailleurs tant de raison d'accorder, même aux premiers hommes, n'est pas l'apanage de (( la populace, ni des femmes de la halle » ; car on vit alors ce que savaient faire, de simples « tricoteuses » (1).
(1) C'est ici que se place le morceau sur « le philosophe qui se bouche les oreilles pour s'endurcir aux plaintes d'un malheureux ». Ce morceau, Rousseau l'a attribué, dans ses Confessions, aux conseils de Diderot et il ajoute, dans une note qui a été souvent reproduite, que c'est Diderot qui a donné à ses écrits, tant qu'il s'est laissé diriger par lui, « ce ton dur et cet air noir ». Il attribue, dit-il encore, « l'humeur noire de Diderot à celle que lui avait laissée le donjon de Vincennes ». Il est possible, mais sur ce point j'ai des doutes que je soumets au lecteur ; quand Rousseau écrivit son Discours, en 1753, il y avait quatre ans que Diderot était sorti, non pas du donjon, mais simplement du château de Vincennes, où il ne resta qu'un mois et dix joiirSj avec la permission de se promener dans le parc et de recevoir qui bon lui
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Mais sur cette idée de commisération, — et, à la fois, pour faire valoir son sauvage et pour persifler les philosophes qui font tout dériver de la raison, — Rousseau s'échautfe et il montre triomphalement tout ce que le sauvage en a tiré : des mœurs, des lois et des vertus (toutes choses qu'on croyait, d'après lui-même, être l'œuvre de la société) ; et quelles mœurs bibliques ! « nul sauvage n'est tenté de désobéir à la douce voix de la pitié » ; et la bête de tout à l'heure devient, peu s'en faut, un chérubin. Voyons donc ce que lui dicte cette douce voix : « c'est elle qui détourne tout sauvage robuste d'enlever à un faible enfant ou à vieillard infirme sa subsistance acquise avec peine » ; c'est idéal, mais attendez: «... si lui-même espère trouver sa subsistance ailleurs. » — Très bien, mais s'il ne la trouve pas? Je crois vraiment que « le faible enfant et le vieillard infirme » sont plus sûrs de manger tranquillement leur soupe dans notre infâme société ; car si la voix impérieuse de la loi, c'est-à-dire du gendarme, a dû se faire entendre dans le monde, c'est apparemment que « la douce voix de la pitié » ne parlait pas assez haut, et cela, quoi qu'en dise Rousseau, dès les commencements du monde ; car cette voix était le plus souvent étouffée, même chez les meilleurs, par la voix, ou plutôt, par le cri de la faim.
Au reste, « ce frein salutaire », c'est ainsi que Rousseau appelle la commisération naissante, devenait bien inutile, car les hommes n'avaient alors entre eux aucune espèce de commerce; (alors pourquoi leur donner la commisération, s'ils n'en pouvaient rien faire? ou plutôt comment pouvait-elle naître entre eux, s'ils ne se voyaient qu'en passant?) Ils ne connaissaient donc, ne se fréquentant pas, ni l'estime, ni le mépris, ni la vanité (des hom-
semblait, voire sa maîtresse, M^e de Puisieux. Ce n était pas là une prison bien dure et je ne crois pas que Diderot y eût laissé sa belle humeur. M. Epinas, dans son intéressante étude sur « le système de Rousseau » (Rev. internaiioii. de l'Enseignement, 1895) dit que Rousseau a avait raison d'attribuer à sa communauté de pensée passagère avec Diderot», ce ton dur et cet air noir qui régnent dans le Discours sur l'inégalité et il cite, à l'appui de son affirmation, un passage de Diderot qui est bien, en effet, dans « le ton » indiqué : mais ce passage est emprunté au « Supplément au voyage de Bougainville », que Diderot ne devait écrire que très longtemps (1772) après le Discours sur l'inégalité*
mes qui ne connaissent pas la vanité ! ce n'est pas au siècle de La Rochefoucauld, qu'on aurait imaginé, même dans la primitive humanité, des hommes dépourvus d'amour-propre et rien ne montre mieux que cette psychologie naïve de l'homme primitif d'après Rousseau combien la connaissance de l'âme humaine et de ses facultés les plus fondamentales avait baissé d'un siècle à l'autre). D'ailleurs, pour dire que le sauvage n'est pas vaniteux, il faut n'avoir jamais vu un sauvage avec sa figure tatouée, ses plumes dans les cheveux et toute sa parure de carnaval ! Et c'est Rousseau qui parle ainsi, c'est lui qui n'a pas aperçu, dans l'âme primitive, la vanité ! il a oublié, lui qui pourtant ne fait guère que cela, de s'interroger : il aurait trouvé en lui-même, s'il s'était bien regardé, une vanité si formidable et si profondément enracinée, qu'il lui aurait été impossible de concevoir un homme aussi élonnemment contraire à Jean-Jacques Rousseau. Pour ce qui est de « l'estime », elle naît des premiers rapports des hommes entre eux : le plus fort ou le plus adroit devenant bien vite leur chef ; c'est même plus que de l'estime qu'ils ont pour lui, c'est un respect qui tient de la superstition. « Le mépris » enfin ne leur est pas davantage inconnu, puisque c'est le sentiment naturel du fort pour le faible : Rousseau, qui a tant observé les enfants, n'avait ici qu'à se rappeler de quel air, tout naturellement, un enfant en regarde un autre qui est plus chétif, moins bien vêtu, ou seulement plus petit que lui.
Les premiers hommes n'avaient pas la moindre notion du tien et du mien (c'est ce que nous verrons mieux dans la seconde partie du Discours, où Rousseau étudie le droit de propriété), ni aucune véritable idée de la justice (ce que je crois très vrai : cette idée-là vient tard aux hommes, et il en est qui ne l'acquièrent jamais); ils ne songeaient pas à la vengeance: c'est ce que dément l'histoire des premiers peuples connus ; et même la vengeance y était sans merci, parce que c'était la tribu tout entière qui vengeait l'insulte faite à l'un de ces membres. Ainsi les hommes vivaient en paix. — Il n'y avait donc point de femmes parmi eux? Je veux dire qu'ils ne connaissaient donc pas la passion de l'amour ? Cette passion, qui met aux prises les ani-
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maux eux-mêmes, laissait-elle donc les hommes en repos? Rousseau distingue, dans l'amour, le physique du moral ; le moral, c'est tout ce qu'y ajoute notre imagination ; c'est, selon lui, un composé de sentiments factices nés dans la vie de société, et inventés d'ailleurs par les femmes pour mieux établir leur empire. Le moral de l'amour était complètement ignoré des premiers hommes, lesquels se contentaient de la première venue : c'est Rousseau qui l'affirme et peut-être cette fois s'est-il trop souvenu de lui-même. Mais admettons l'hypothèse de Rousseau : si les hommes ne connaissent de l'amour que le physique, ils sont alors semblables aux bêtes et qui n'a vu les combats sanglants des mâles pour la possession d'une femelle ? les premiers hommes vont, de même, s'entre-tuer pour la conquête de quelque Hélène préhistorique : pas du tout, et Rousseau, après n'avoir vu dans nos premiers parents que des mâles et des femelles, abonde en dissertations physiologiques pour montrer que tout se passe en douceur dans ces accouplements bestiaux; adroitement à ces unions éphémères et prétendûment pacifiques il oppose la galanterie et le libertinage contemporains, qu'il trouve, à bon droit, détestables: pourtant le jour est prochain où, à la simplicité « naturelle » de Thérèse, il préférera les charmes « mondains » d'une femme qui est un des ornements de cette société si corrompue ; et M™^ d'Houdetot lui fera très aisément faire une infidélité, non seulement à Thérèse, mais à ses vertueux principes sur la galanterie.
Rousseau se résume ainsi : « Concluons donc qu'errant dans les forêts, sans industrie, sans parole, sans domicile, sans guerre et sans liaison, sans nul besoin de ses semblables, comme sans nul désir de leur nuire, peut-être sans jamais en reconnaître aucun individuellement, l'homme sauvage, sujet à peu de passions, et se suffisant à lui-même, n'avait que les sentiments et les lumières propres à cet état ; qu'il ne sentait que ses vrais besoins, ne regardait que ce qu'il croyait avoir intérêt de voir, et que son intelligence ne faisait pas plus de progrès que sa vanité. Si, par hasard, il faisait quelque découverte, il pouvait d'autant moins la communiquer qu'il ne reconnaissait pas
même ses enfants. L'art périssait avec l'inventeur. Il n'y avait ni éducation, ni progrès; les générations se multipliaient inutilement; et chacune partant toujours du même point, les siècles s'écoulaient dans toute la grossièreté des premiers âges, l'espèce était déjà vieille, et l'homme restait toujours enfant. » Ce tableau ne manque pas de grandeur, ni même, je crois, d'une certaine vérité et Rousseau a raison ici, il convient de le redire, contre les philosophes de son temps — et contre les poètes de tous les temps — qui ont célébré les délices de l'âge d'or. La vie humaine primitive a dû être singulièrement précaire et se réduire à bien peu de chose : pourtant les premiers hommes étaient-ils vraiment si imbéciles et si grossiers que les dépeint Rousseau ? étaient-ils, par exemple, « sans liaison », et le premier besoin d'un être n'est-il pas de se lier, de s'attacher à un autre être ? et de prétendre que ces pauvres humains vivaient dans une telle nuit morale qu'un père même « ne reconnaissait pas ses enfants », ah ! je ne puis m'empêcher de le dire : une idée pareille ne pouvait venir qu'à l'homme qui avait pu se détacher à tel point des siens qu'il n'avait pas même songé à leur mettre un signe qui pût les faire retrouver un jour ; de sorte qu'il se trouvait dans la situation même où il imaginait les premiers hommes : si on lui .avait montré ses enfants, il ne les aurait pas « reconnus ».
Ce qui fait, selon Rousseau, qu'il y a très peu d'inégalités entre les premiers hommes, c'est qu'ils n'ont pas besoin les uns des autres, chacun se suffisant à lui-même : il n'y a donc, au fond, ni forts, ni faibles, ou, tout au moins, ni oppresseurs, ni opprimés; que ferais-je, en effet, de votre soumission? Je n'ai pas besoin de vos services: n'ai-je pas deux bras comme vous? — Très bien, mais tous les bras ne sont pas égaux, et ceux qui ont les plus forts biceps, ou, ce que néglige Rousseau, ceux qui sont les plus malins, commanderont bien vite aux malingres et aux sots ; et voilà des tyrans et des esclaves I Ainsi inégalité à peine sensible, presque nulle, suivant Rousseau, dans l'état de nature. Sans doute l'homme naturel a reçu en puissance la perfectibilité, mais il n'en a su rien faire. Qu'est-ce donc qui a réveillé l'homme de ce sommeil léthargique? « des circons-
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tances fortuites qui pouvaient ne jamais se produire ». Voyons donc ces « causes étrangères » qui ont fini par tirer l'homme de sa bienheureuse imbécillité. C'est en vain, en etTet, que la nature l'avait dressé, le front haut, les yeux au ciel; les premiers hommes avaient, paraît-il, des yeux pour ne rien voir et même des « vertus sociales » pour vivre éternellement étrangers et indifférents les uns aux autres. Quels sont donc ces « hasards » qui ont fondé les sociétés? On ne les peut deviner que par des conjectures; mais les conséquences qui découlent des conjectures de Rousseau ne seront nullement conjecturales (sic), car sur les principes qu'il vient d'établir on ne saurait bâtir un système d'où il ne tire les mêmes conséquences ; ces principes sont inébranlables, et la raison, c'est^ qu'ils sont de Rousseau. Nous n'avons qu'à nous incliner, sauf à lui appliquer les vers de son ami Saint-Lambert, qui disait en riant des Jansénistes :
Ils ont eu l'art de bien connaître L'homme qu'ils ont imaginé.