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CHAPITRE Yni

Voltaire et Ronssean.

Voltaire venait depuis peu de rentrer en France, lorsque Rousseau obtenait la couronne au concours de Dijon ; cet inconnu avait traité le sujet d'une façon magistrale, mais au point de vue antiphilosophique. Voltaù'e en fut indigne'.

Peu après, l'Acade'mie royale de musique représentait un petit opéra, intitulé le « Devin du village ", paroles et musique de toute cette œuvre neuve et charmante étaient de Rousseau. Voltaire en fut contbmlu; cet homme, si simple, si gracieux quand il laissait parler son cœui', devenait confus et creux quand son imagination avait la parole, en un mot, il donnait à la musique son caractère naturel et il bouleversait l'ordre social.

Dès ce jour, Voltaire écrit partout T « Qui est ce Jean-Jacques ? Est-il fou ? » — L'homme qui enrôlait les princes et les premiers écrivains de son temps sous le drapeau de la philosophie voyait un ancien horloger, un Genevois défaire son œuvre, répondre à ses triomphes dramatiques par des éloges pleins de critiques !

Agacé, Voltaii'e cherche à isoler Rousseau, il l'invite à venir partager sa retraite, mais Jean-Jacques refiise :

« Je ne vous aime point, avec vos comédies vous gâtez ma république », et il persiste à copier sa musique à tant la page.

Voltaire, qui a dix-huit ans de plus que son adversaire, éprouve pom^ lui un de ces sentiments indéfinissables qui sonL une sorte d'affection colère, il le gronde, il le tance, il le traite de fou sauvag-e, et cependant il s'occupe sans cesse de lui, il lui arrive de demander brus({uement: «Où est Jean- Jacques ? Que fait Jean-Jacques"? » comme on demanderait: « Quelle heure est-il?» — Il disait volontiers: «Jean-Jacques et moi ».

Un jour on lui dit : « Il écrit un roman d'amour. » Et peu après, les bruits d'un applaudissement immense viennent jusqu'à Ferney rappeler au philosophe que Jean-Jacques avait touché juste.

Les femmes du monde s'arrachaient ce livre séduisant dans ses magnifiques pages, un grand cri d'enthousiasme partit de Paris ; Rousseau cessa un moment de copier sa musique, pour écrire des doubles de son roman, qu'on s'arrachait à prix d'or. On voulait avoir de sa main, de sa large et belle écriture si soignée, si régulière de précieux autographes, que lee belles d'alors se montraient en secret, comme on montre quelque lettre d'amour.

Voltaire haussa d'abord les épaules, puis il lut à son tour et l'enthousiasme le saisit, divers passages du roman le remplissaient d'admiration.

A peine le bruit du premier roman de Rousseau était-il apaisé, que parurent coup sur coup <r Etnile », le « Contrat social » et la « Lettre à l'archevêque de Paris ». Voltaire est un des premiers à lire les productions de ce fou de Jean-Jacques, sa correspondance

est toute remplie de l'enthousiasme que provoqua la lecture de ces œuvres.

« Jean-Jacques est fou, cela est certain ! et cependant, lisez, mes frères, propagez les saines doctrines, c'est le sermon sur la montagne » ; ailleurs il écrit : t J'ai fait relier en or ce petit livre. »

Et ce qui agaçait Voltaire, c'était la simplicité que conservait Jean-Jacques au milieu de ses triomphes littéraires. Lui, le riche Voltaire, qui avait fait du désert une colonie prospère, qui voyait, alignées comme les batteries de l'armée, les charues des cultivateurs de B'erney, lui, le seigneur campagnard, qui prêtait aux grands de ce monde et ne craignait pas de leur envoyer du papier timbré, le richard Voltaire était humilié eu un mot.

Jean-Jacques en son aurore vivait pauvre, besoigneux même ; et quand, proscrit, fugitif, il trouva enfin un toît pour s'abriter, il dut compter les écus dont il disposait pour pouvoir vivre quelques mois de plus à l'abri du besoin.

Voltaire, au sein de l'opulence, régnait de Ferney sur le monde entier d'alors ; de Russie en Espagne et de Berlin à Vienne, quand le monde avait lu VEncydapédie, il avait tout lu.

Mais « cet ancien horloger », ce fou de Jean- Jacques •reparaissait alors. «Imprudents*, s'écriait-il, «vous refaites l'œuvre coupable des théologiens 5 ils avaient mis entre l'homme et Dieu leurs doctrines insensées et vous y remettez vos systèmes, vous recommencez à charger les épaules du peuple de fardeaux qu'il ne peut et ne veut plus porter ; vous troublez et gâtez un des plus beaux mouvements qu'il y eut dans l'histoire. A l'heure où par toute la terre les hommes commen-

cent à s'affranchir, vous voulez imposer des études irapossibles aux multitudes. »

Toute la divergence de vues qui divise si profondément les deux plus grands hommes du XVIII* siècle tient dans ces mots : Voltaire voulait amender la société par la philosophie des encyclopédistes, Rousseau rêvait une nouvelle couche sociale, celle du travail. Voltaire redoutait p mr ces simples, pour ces hommes nature, les oiseaux de proie de la société ; Rousseau s'écriait : « De quel droit les empêchez-vous de se gouverner à leur guise. »

Cet étemel rébus, qui passe dans l'histoire du monde par toutes les phases critiques de l'expérience, commence cependant par devenir lucide.

Depuis 1778, cent ans ont passés sur les théories de Voltaire et sur ce qu'il appelait les utopies do ce fou de Jean-Jacques. Aujourd'hui ce dernier a raison sur son contradicteur. En sera-t-il de même demain?

Et pendant que Rousseau publie VEmile, qu'il montre au doigt ce que devrait être l'éducation^ ce qu'elle est malheureusement, lorsqu'il prend au berceau le futur Adam de sa nouvelle couche sociale. Voltaire, qui ne peut cependant pas parler contre sa conscience, subjugué, répond par son roman, du jeune homm^, do t le nom est à lui seul le mot du rébus — Candide.

Ah ! lecteurs, c'était un siècle glorieux que celui où ces puissants génies prenaient le monde à témoin de leurs grandes querelles philosophiques, et barbares ont été ces gouvernements qui sont venus arrêter dans leur élan ces magnifiques tournois de la pensée.

Le peuple écoutait, distrait d'abord, ces grandes vérités reconnues aujourd'hui, il s'y intéressait ensuite, fit il se formait dans son sein cette puissante société

française de la rév^olutiou qui ne fit que des œuvres de génie, parce qu'elle ne copia rien, qui fut puissante, parce qu'elle ne parodia aucun système.

Jean-Jacques venait de tomber dans ce monde, comme un lourdaud dans un salon, il y arrivait de Genève, ayant beaucoup lu, beaucoup voyagé, mais ignorant certains tours de la parole; son instruction était suffisante, mais son éducation ne l'était pas ; il fallait alors ce vernis de la courtisanerie que Voltaire au dire de Rousseau possédait à un si haut degré.

Le premier était en France, le puissant et spirituel M. de Voltaire , l'autre était l'ancien horloger, Jean- Jacques, quoi, le contradicteur qui venait constamment gâter la joie du premier, brouiller ses cartes et compromettre le jeu.

Et, chose étrange, tous deux travaillaient pour l'avenir, c'est comme si, pressentant le terrible orage, chacun d'eux eut rivalisé de conseils pour en organiser les etfets. Et lous deux se lisaient assidûment ; Rousseau soupirait parfois, il voulait bien soutenir la lutte, mais la critique de Voltaire le blessait, il avoue dans ses Confessions, ne pas aimer ce genre de discussion.

En certaines circonstances, Jean-Jacques faisait preuve d'un vrai courage ; n'a-t-il pas créé le mariage civil, et cet exemple n'a pas été oublié, car l'état civil était proclamé en France le 20 Septembre 1792 et en 1804 le Code civil en a défini les attributions et fixé les garanties.

Malheureusement l'acte de volonté de Rousseau fut encore gâté par la fatalité qui s'acharnait après lui, puisque c'est sous le nom de Renou et pour faire perdre ses traces, que s'accomplit l'acte de réparation dû à Thérèse.

Pendant que le pauvre persécuté se cachait sous le nom réaliste de M. Ronou, l'Europe entière le cherchait, les uns poui' Tinsulter, les autres pour l'acclamer; ses ennemis les moins acharnés le faisaient passer pour fou, et Voltaire, tout disposé à les croire, parlait mélancoliquement des bizarreries de caractère de ce fou de Jean-Jacques.

Mais d'Alembert écrivait au patriarche : « Jean- Jacques est un malade de beaucoup d'esprit, et qui n'a d'esprit que quand il a la fièvre. Il ne faut ni le guérir ni l'outrager. *) »

Voltaire venait d'obtenir la révision du jugement de Galas, et il publiait son « Traité sur la tolérance », il ne l'avait point signé, mais tout le monde en nommait l'auteur. Ce fut au tour de Rousseau d'admirer son adversaire, tout le monde, du reste, était pris par cette contagion d'admiration du patriarche dévoué à la cause de la justice, cause qu'il défendait et avec sa bourse autant qu'avec sa plume.

On avait bien brûlé un exemplaire du Dictionnaire philosophique, luais cette exécution ridicule ne faisait qu'enhardir l'auteur, qui renouvelait les éditions et les agrémentait d'articles de plus en plus violents. La société, qui expirait et qui, vingt ans après, allait s'effondrer, redoublait de rage contre le philosophe. Ce dictionnaire, commencé à la cour de Frédéric II, et qui devait former une distraction pour la cour, devenait tout d'un coup un ouvrage de guerre. A l'article «/m » l'auteur faisait très clairement feu sur la société qu'il combattait, plus loin il développe ses idées sur la tolérance, le fanatisme, la religion, la foi. Frédéric II en

*) Voltaire, sa vie et ses œuvres, par Eug. Noël.

fut lui-même étonné, il ne reconnaissait plus son Yaltaire d'autrefois, celui qui en un jour de courtisanerie avait fait lever le soleil à Berlin.

Voltaire avait pardonné à Rousseau, et ce dernier s'était mentalement réconcilié avec son ancien adversaire ; devant l'ennemi commun, et sans se connaître personnellement, les deux grands lutteurs de ce siècle faisaient trêve tacite.

Autour de ces deux hommes convergeaient, comme autant de brillants satellites , Diderot , d'Alembert, Beaumarchais ; les œuvres de ce monde de la pensée formaient avec celles de ceux qui avaient disparu, comme Montesquieu, ce grand dossier, ces plaidoyers complets qui allaient être utilisés dans le grand procès fait pai* la révolution à la société condamnée.

Ou était alors au commencement de 1778, Voltaire avait vieilli, Rousseau, plus jeune de dix-huit ans, était plus affaibli encore. Voltaire avait retrouvé des forces, il avait terminé sa tragédie nouvelle «Z/'ène», et il désirait la voir jouer.

Jean-Jacques était de retour à Paris, il s'en allait, ses forces le trahissaient parfois, il se consacrait à ses « Rêveries », et il rêvait, ou plutôt parfois il s'en allait rêvassant, songeant au passé, le souvenir et la tantaisie étaient encore des trésors dans lesquels il puisait la suite de ses « Confessions ». Il quittait seul son logis, il fuyait la ville qu'il avait toujours eue en aversion. *) Il allait en pleine campagne, cueillant ici et là

*) (EinileV Les hommes, dit-il, ne sont point faits pour être entassés en fourmilières, mais épars sur la terre qu'ils doivent cultiver.... Les villes sont le gouffre de l'espèce humaine.

des plantes, dont il analysait la structure et qu'il classait ensuite dans ses collections. Amant de la nature, il cherchait en elle les consolations de la vieillesse. » Depuis quelques jours, * dit-il, « ou avait achevé la vendange ; les promeneurs de la ville s'e'taient déjà retirés, les paysans aussi quittaient les champs jusqu'aux travaux d'hiver ; la campagne, encore verte et défeuille'e en partie, déjà presque déserte, offrait partout l'image de la solitude et des approches de l'hiver, il résultait de son aspect un mélange d'impressions douces et tristes, trop analogues à mon âge, à mon sort pour que je n'en fisse pas l'application. Je me voyais au déclin d'une vie innocente et infortunée, l'âme encore pleine de sentiments vivaces, et l'esprit encore orné de quelques fleurs, mais déjà flétries par la tristesse et desséchées par les ennuis. Seul et délaissé, je sentais venir le froid des pre- « mières glaces, et mon imagination tarissante ne peu- « plait plus ma solitude d'êtres formés selon mon « cœur, y

L'homme est tout dans ces mélancoliques pensées, Jean-Jacques sentait les forces l'abandonner, la lutte, les infortunes, l'ingratitude l'avaient désillusionné de ce monde, désaffectionné des hommes, il ne lui restait au cœur que cet amour inaltérable des choses de la nature.

Tout en aimant passionnément son pays natal , le philosophe genevois se retrouvait partout dans sa patrie, pourvu que ce fut la campagne, la solitude, la vie des champs. Tout au contraire de lui. Voltaire, l'ermite de Ferney, ne se sentait point trop âgé pour entreprendre le voyage de Paris, il caressa longtemps cette idée et il la mit à exécution au moment où

— Ifo —

Rousseau rêvait, lui, à fuir la grande ville et à terminer ses jours dans la solitude.

Rousseau allait disparaître, au moment où Voltaire s'apprêtait à reparaître. Ce fut un grand bruit dans Paris, le jour où on apprit que M. de Voltaire allait rentrer dans sa ville natale. Son nom était dans toutes les bouches, on en parlait au salon et à la chaumière, ce voyage était un événement public. A Bourg, Dijon, la curiosité, la sympathie et l'admiration de la foule sont tels que Voltaire comprend enfln toute sa puissance. Mais tout cela n'était rien en comparaison de ce qui l'attendait à Paris.

Le 10 Février 1778, vers 4 heures de l'après-midi, une vieille calèche peinte en bleu, ornementée d'étoiles d'argent, faisait son entrée à la barrière de la capitale.

Les douaniers approchent, « rien à déclarer pour les droits, pas de contrebande ! »

A cette question, Voltaire sourit : « Rien » , dit-il, « si ce n'est ma personne. »

Si la calèche était hors de mode, le voyageur était non moins bizarrement accoutré, il était enveloppé dans une vaste houppelande rouge doublée d'hermine, sur sa perruque il portait un bonnet de fourrure. Sa tête était osseuse, son nez pointu, son regard fin et rusé, et le tout posé sur un long cou, tel était le portrait de l'ermite du mont Jura. A peine débarqué à Paris, le vieillard reçoit les visites de tout ce que la capitale comptait de célébrités et de sommités de tout rang. La reine, les ministres, les évèques, font prendre des nouvelles de sa sauté; B. Franklin, qui était alors à Paris, vint lui présenter son petit flls.

Le 30 Mars raconte Grimni, une foule immense encombrait les rues, et formait à sa voiture un cortège interminable, Voltaire se rendait à l'Acade'mie, les acclamations ne voulaient pas cesser, jamais conque'rant ne se flatta d'un accueil pareil. Toute l'Acade'mie vint à sa rencontre jusqu'à la première salle, c'était la première fois que pareil honneur était fait à un homme. On fit asseoir Voltaire dans le fauteuil du directeur et on le nomma à l'unanimité à cet honneur.

Mais tout cela n'était que le prélude de ce qui l'attendait, car du Lou\Te au théâtre des milliers de voix l'acclamaient au passage, et dans le théâtre même, c'était un tumulte frénétique. Le comédien Brisard apporta aux dames une couronne, celles-ci voulurent couronner le vieillard qui s'y refusa longtemps. Après le premier acte d"lrène le buste de Voltaire parul sur la scène, acteurs et actrices, chargés de guirlandes, s'avancèrent, Brisard plaça la première couronne, les autres suivirent, pendant que Mme Vestris récitait quelques vers *) en l'honneur de l'illustre écrivain.

La foule enthousiaste criait : « Vive notre Homère ! » « Gloire au défenseur de Calas ! » « Honneur à l'homme unique! »

*) Aux yeux de Paris enchanté Reçois en ce jour un hommage Que confirmera d'âge en âge La sévère postérité !

Non tu n'a pas besoin d'atteindre au noir rivage Pour jouir des honneurs de l'immortalité, Voltaire, reçois la couronne Que l'on vient de te présenter :

Il est beau de la mériter, Quand c'est la France qui la donne !

« Vous m'étouffez sous les roses, » disait le vieillard qui pleurait de joie; sous cette brûlante communion de la foule avec ses pense'es, il retrouvait des forces, lui, le vieillard, amaig-ri, faible et chancelant.

C'étaient ses derniers beaux jours, son entourag-e comprend que ces secousses vont le tuer, son secre'taire veut qu'il revienne à Ferney, déjà la fièvi'e s'empare de lui, il ne dort plus, ses yeux brillent d'un éclat étrange, il travaille jusqu'au moment où les forces le trahissent, et sous les yeux de sa nièce, il s'agite sur sa couche et reste immobile.

Trois mois auparavant il avait reçu l'abbé Gaultier, qui le voyant si faible, avait voulu converser avec lui au sujet de ses intentions religieuses.

Voltaire avait dit en riant à un ami : « Il faut hurler un peu avec les loups, et si j'étais sur les bords du Gange, je voudi^ais selon l'usage du pays mourir une queue de vache en main ! »

U ne reçut à son lit de mort que la visite de M. Lally, fils, qui venait annoncer à son défenseur la réhabilitation de son père. On introduisit le vaillant jeune homme auprès du mourant, qui donna un signe de vie et de joie, une larme brilla dans ses yeux, il eut la force de demander du papier et de sa main il écrivit :

«t Le mourant ressucite en apprenant cette grande « nouvelle, il embrasse tendrement M. de Lally, il voit « que le roi est le défenseur de la justice, il mourra « content. » *}

Puis il s'affaissa, respirant encore. Le 30 Mai 1778, vers 1 1 heures, il pressa la main de son valet de chambre : «Adieu, mon cher Morand,» lui dit-il, «je me

Voltaire, sa vie et ses œuvres, par E. Noël.

meurs, » et il expira à l'âge de 84 ans et trois mois, dans cette maison qui fait l'angle du quai, aujourd'hui quai de Voltaire et de la rue de Beaune.

Les circonstances qui ont accompagné ce grand événement n'appartiennent plus à notre étude. Voltaire venait de mourir peu de jours après le départ de Rousseau pour Ermenonville, où il expirait comme nous le verrons dans le chapitre suivant, 34 jours après Voltaire,

Ces deux hommes qui marquèrent leur passage dans le siècle par une brillante mais diverse lumière, disparurent presque ensemble. L'un mourut « content », le cœur envahi par le bonheui- de voir apparaître l'ère de la justice, Tautre appela Thérèse et se sentant mourir, il dit à voix éteinte : « Dieu, Être des Etres ! ma pauvre femme, embrassons-nous ! »

Ce mélancolique et triste adieu au monde, à ce monde dans lequel il avait tant souffert, inspire luimême une invincible tristesse, la mort n'est jamais gaie^ mais elle a quelquefois quelque chose de consolant pour l'accompagner.

Voltaire quittait ce monde au lendemain du triomphe, sûi' des regrets de la France entière, le pauvre Rousseau mourait isolé, doutant du monde et en disant tristement : <f Ma pauvre femme, embrassons-nous ! »

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