XVI INTRODUCTION
ce monde des salons, subtil, artificiel et blasé, il rencontre le sentiment de la nature, les plaisirs simples, la solitude, la rêverie et la poésie. C'est un trouveur de sources.
Le sentiment est la foi. Il ne procède pas par tâtonnements, par à peu près, par progrès, ni par défiance; il saisit son objet d'un seul coup. Aussi Rousseau est un homm.e de foi : il affirme, et n'admet pas que Ton doute de ce qu'il affirme ; lui, il n'est pas un philosophe, et il ne manque jamais de maltraiter les philosophes ; il croit à la nature comme on croit à FÉcriture : il la voit sûrement, il l'interprète infailliblement; il reçoit directement la lumière qu'il renvoie sur le genre humain ; il a ses dévots et ses dévotes, qu'il traite de haut ; il est intolérant et chasse de la cité quiconque n'adhère pas à sa rehgion civile.
Dans sa conduite, c'estle sentiment qui le mène. Aussi nulle suite, nulle tenue, des discordances criantes : il est très-haut ou très -bas ; l'entre-deux manque, c'est-à-dire la raison. Et ce qui achève de le caractéi^iserc, c'est qu'il croit et professe qu'aucun homme n'a été meilleur que lui, car les actes ne sont rien, les sentiments seuls existent, et c'est parla qu'il vaut : il était aimant et bon, il n'a jamais fait méchamment de mal à personne, et il a été enthousiaste de la vertu.