Mémoires^ année
est à imprimer. Si vous lui eussiez toujours parlé sur ce ton -là, vous lui auriez épargné bien des chagrins ; mais je crains que sa folie ne soit trop avancée pour qu'on puisse espérer de le revoir jamais heureux et tranquille. La demande du portefeuille m'a fait sauter jusqu'aux nues. Il faut être bien sot pour être faux et vouloir faire des dupes \ y> Diderot, de son côté, voyait mieux aussi chaque jour le fond du caractère de Rousseau, et cela à propos même de cette lecture que Rousseau lui faisait de son roman . Rousseau, en effet, sur le sermon que lui avait fait madame d'Épinay, n'avait renoncé qu'au portefeuille et point à la consultation qu'il voulait avoir deDiderot. « J'ai reçu hier une lettre de Diderot, dit Grimm à madame d'Épinay, qui peint votre hermite comme si je le voyais. Il est venu s'établir chez Diderot, sans l'avoir prévenu, le tout pour faire avec lui la révision de son ouvrage. . .Rousseau l'a tenu i mpitoyablement à l'ouvrage depuis le samedi dix heures du matin jusqu'au lundi onze heures du soir, sans lui donner à peine le temps de boire ni manger. La révision finie, Diderot cause avec lui d'un plan qu'il a dans la tête, et prie Rousseau de l'aider à arranger un incident qui n'est pas encore trouvé à sa fantaisie. — Cela est trop difficile, répond froidement l'hermite; il est tard, je ne suis point accoutumé à veiller. Bonsoir, je pars demain à six heures du matin; il est temps de dormir. Il se lève, va se coucher, et laisse Diderot pétrifié de son procédé ^ »
1, Mémoires, année 1757.