‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 128 sur 251 · Mémoires de madame d^Epinaijy année · texte numérisé non relu

Mémoires de madame d^Epinaijy année

prendre froidement la poésie de Diderot ; il eût même bien fait « de lui rire au nez pour toute réponse, » comme il se reproche dans les Confessions de ne l'avoir paj fait ; mais je comprends qu'on n'aime pas à voir faire de la poésie sur son dos, pas plus qu on n'aime le médecin qui fait des expériences de médecine à nos dépens. Etes-vous mon ami? conseillez-moi, avertissez-moi, prenez part à mes peines ; mais ne prenez pas mes chagrins ou mes embarras pour matière de discours français, ou bien j'aurai le droit de vous dire que vous êtes un grand poète qui aime mieux son art que son ami.

Ces réflexions m'amènent naturellement aux règles que Rousseau veut établir en amitié. Premièrement il veut que ses amis soient ses amis et non pas ses maîtres, dit-il; qu'ils lui rendent service sans prendre un certain air de supériorité qui lui déplaît. S'il survient une querelle et qu'il se mette lui-même en colère mal à propos, ses amis ne doivent pas s'y mettre à son exemple, ou bien ils ne l'aiment pas... En qualité de malade, il a droit aux ménagements que l'humanité doit à la faiblesse et à l'humeur d'un homme qui souffre... Enfin il est pauvre, et cet état mérite encore des égards, a Tous ces ménagements que j'exige, dit-il à madame d'Épinay qu'il n'avait point encore accusée, vous les avez eus sans que je vous en parlasse, et sûrement jamais un véritable ami n'aura besoin que je les lui demande. Mais, ma chère amie, parlons sincèrement ; me connaissez-* vous des amis^? »

Page 1