‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 134 sur 251 · Confessionfi^ livre ix · texte numérisé non relu

Confessionfi^ livre ix

vaniteuse que tout ce qui était de lui lui semblait saint et sacré : la faute ne pouvait pas approcher de lui. Cependant, si je crois tout de Vorgueil de Rousseau, je crois tout aussi de la désaffection et de la malveillance de Grimra envers Rousseau. Les excuses furent faites avec un orgueil embarrassé; elles furent reçues avec une froideur insouciante et dédaigneuse.

Telles étaient les dispositions d'esprit de Rousseau quand vint Tincident qui amena la querelle : je veux parler du voyage de madame d'Épinay à Genève.

Madame d'Épinay était fort souffrante, et ses amis la pressaient d'aller à Genève consulter Troncliin, qui était le médecin à la mode à cette époque et qui faisait, disait-on, des cures merveilleuses. Elle se décida à faire ce voyage. Rousseau prétend qu'elle voulait se faire accompagner par lui; madame d'Épinay prétend au contraire qu'elle n'a jamais songé à se faire accompagner par Rousseau, qui l'aurait fort embarrassée. «Un jour, dit Rousseau, madame d'Épinay m'envoya chercher. En entrant j'aperçus dans ses yeux et dans toute sa contenance un air de trouble, dont je fus d'autant plus frappé, que cet air ne lui était point ordinaire, personne au monde ne sachant mieux qu'elle gouverner son visage et ses mouvements. Mon ami, dit-elle, je pars pour Genève ; ma poitrine est en mauvais état, ma santé se délabre au point que, toute chose cessante, il faut que j'aille voir et consulter Tronchin. Cette résolution, si brusquement prise et à l'entrée de la mauvaise saison, m'étonna d'autant plus, que je l'avais

.lEAN-JACQUES UOUSSEAU.

quittée, trente-six heures auparavant, sans qu'il (!n lût question. Je lui demandai qui elle emmènerait avec elle. Elle me dit (ju'elle ramènerait son fils avecM.de Linant et puis elle aj(jata négligemnuMit : Et vous, mon ours, ne viendrez- vous pas aussi? Comme je ne crus pas qu'elle parlât sérieusement, sachant que, dans la saison où jious étions, j'étais h peine en état de sortir de ma chambre, je plaisantai sur Tutilité du cortège d'un malade pour un autre malade : elle parut elle-même n'en avoir pas fait tout de bon la proposition, et il n'en fut plus question^. »

Pourquoi Rousseau n'en est-il pas resté à l'idée qu'il a eue au moment même de la proposition, que cette proposition faite négligemment n'était point sérieuse ? A ce moment Rousseau voyait bien et juste. Pourquoi n'a-t-il pas gardé ce point de vue simple et vrai ? Trois choses l'en ont empêché ; les commérages de la cuisine de madame d'Épinay, sa manie ombrageuse et son orgueil inquiet et soupçonneux, enfin l'intervention bruyante de Diderot.

Voyons d'abord comment les commérages de la cuisine de madame d'Épinay sont devenus, grâce à Rousseau, des calomnies auprès de la postérité, « Je n'avais pas besoin, dit Rousseau dans ses Confessions, de beaucoup de pénétration pour comprendre qu'il y avait à ce voyage un motif secret qu'on me taisait. Ce secret, qui n'en était un dans toute la maison que

J , Le précopLeur.

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