‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 137 sur 251 · I. Mémoires de mndamn d'Êpinaïf^ ;innt^o · texte numérisé non relu

I. Mémoires de mndamn d'Êpinaïf^ ;innt^o

avec madame d'Épinay; Diderot là-dessus écrit à Rousseau qu'il est obligé d'honneur et de reconnaissance à accompagner madame d'Épinay; Rousseau croit aussitôt qu'il y a un complot fait pour remmener à Genève : dans sa colère, il laisse voir à madame d'Épinay la lettre de Diderot, et madame d'Épinay y voit, non ce qui regarde Rousseau, mais ce qui la regarde, chose fort naturelle, c'est-à-dire que Rousseau l'a accusée auprès de Diderot. De là Texplication dont Rousseau ne parle pas dans ses Confessions, non plus que de la défense que lui fait madame d'Épinay de jamais la revoir, ce qui équivalait à lui donner congé de THermitage. D'un autre côté, Rousseau, congédié par madame d'Épinay, ne voulait pas avoir l'air de recevoir le congé, il voulait le donner ; de là son ardeur à grossir la querelle qu'il faisait à madame d'Épinay d'avoir tramé un complot pour l'emmener à Genève. Ce complot créait un tort à madame d'Épinay et donnait un grief à Rousseau contre elle.

La lettre de Diderot à Rousseau avait dû naturellement irriter madame d'Épinay et amener l'explication qui fit la rupture. Cette lettre devait aussi irriter Rousseau et le jeter dans cette aveugle colère qui lui fit montrer la lettre de Diderot à madame d'Épinay. Était-ce à cause du ton de pédagogue que prenait Diderot? Ce ton devait irriter Rousseau; mais il était ordinaire chez Diderot. Ce qui irritait surtout Rousseau et ce qui inquiétait sa vanité, c'était l'idée même du séjour à Genève avec madame d'Épinay. Le sentiment qui lui rendait cette idée insupportable éclate dans une lettre à Saint-Lambert,

OÙ il se plaint que madame d'Houdetoi veuille aussi qu'il aille à Genève. « Quoi qu'il arrive, dil-il, je ne veux pas aller m'éialer dans mon pays h la suite d'une fermière générale » Voilà, ne nous y trompons pas, le vrai mot de la situation. Toutes les raisons que lui donnait Diderot pour accompagner madame d'Épinay l'en détournaient au lieu de l'y décider. Vous êtes l'obligé de madame d'Épinay. — J'entends ! on veut que je sois son valet, et cela dans mon pays même. — Madame d'Épinay n a pas de relations à Genève ; elle y tombe des nues. — Croit-on que j'aie à Genève uue famille riche et puissante qui va entourer madame d'Épinay? Eh non ! elle verra que ma famille est composée de bonnes gens, mais de petites gens. Elle écrira à Paris que le citoyen de Genève est un petit bourgeois, et elle montrera à Genève que le grand écrivain de Paris n'a qu'une condition précaire et subalterne dans le monde. Je perdrai des deux côtés : à Paris le prestige de ma citoyenneté génevoise, à Genève le prestige de ma réputation littéraire.

En même temps, chose fort naturelle avec l'esprit inquiet et déliant de Rousseau, plus il craignait le voyage de Genève, plus il croyait au complot fait pour l'y entraîner. C'est par ces dispositions d'esprit qu'il faut expliquer la lettre que Rousseau écrivit à madame d'Épinay dans les derniers temps du séjour de celle-ci à Paris, et qui hâta encore la rupture. « Je ne disconviens pas, dit-il, que le désir de m'avoir avec vous ne soit obligeant et m'honore; mais outre

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