‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 14 sur 251 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

Nos idées, nos sentiments, ont leur langue naturelle ; il y a des gens qui pensent dans cette langue et la parlent naïvement ; ce sont les maîtres ; pour d'autres, la langue a sa beauté propre, indépendamment des choses exprimées: beauté de la ligne, de la couleur, du mouvement, du son, et la pensée ne fait que fournir un prétexte à Fart. Il va sans dire qu'il y a deux sortes d'artistes : ceux qui cherchent et ceux qui trouvent. Rousseau a plus d'un style : il a la pure déclamation, par laquelle il a commencé ; il a le procédé savant, qui sent plus ou moins le procédé; il a enfin l'art consommé des Confessions^ des Lettres à M. de Malesherbes et des Rêveries, Au delà, par delà, est la pure simpUcité, celle qui écrit comme la parfaite vertu agit, sans se voir elle-même. Rousseaul'a-t-il atteinte? Il était trop compliqué pour l'atteindre d'ordinaire, et l'on se méfie justement de ce qui y ressemble ; mais qui sait s'il n'y avait pas aussi d'heureux instants où, dans la solitude, dans la liberté de ses courses et de ses rêves, oubliant son rôle, et le monde, et le bruit, il n'était pas rendu pour un moment à la simpUcité de la nature? Et alors le charme puissant de certaines pages ne ferait que nous communiquer son propre enchantement.

On peut aimer ou ne pas aimer Rousseau, mais il faut compter avec lui quand on écrit notre histoire ;

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