‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 143 sur 251 · Sénèque, lettre vu. I · texte numérisé non relu

Sénèque, lettre vu. I

3. « Quod tibi vitandum prœcipue existimes, quœris? Turbani. Ego certc confitoor inibccillitatein meam : nunquam mores quos intuli, rcfero... Inimica est multorum conversatio. »

l'air d'une confession. « Ovide, dit le père Lebrun, avoue que les jeux sont une semence de corruption, et il exhorte Auguste à supprimer les théâtres. » Je suis tout embarrassé d'avoir à reprendre un contresens dans le grave auteur. Ovide se plaint qu'Auguste l'ait condamné comme un docteur de libertinage : (( Les vers d'amour, dit-il, ne corrompent que ceux qui sont déjà prêts à la corruption. Il n'y a pas de livres innocents pour ceux qui les lisent sans innocence. Tous les livres peuvent nuire ; supprimerez-vous les livres ? Les spectacles peuvent corrompre ; détruirez-vous les théâtres^? » Il n'y a certes là aucune exhortation sérieuse à détruire les théâtres.

Auguste d'ailleurs, quand même Ovide ou quelque autre poëte plus accrédité qu'Ovide lui aurait conseillé de supprimer les spectacles, n'en aurait rien fait. Le pain et les spectacles étaient les deux grands moyens de gouvernement des empereurs sur le peuple de Rome. Tous ceux qui avant Auguste avaient visé au souverain pouvoir avaient offert des spectades au peuple. Pompée fît bâtir un cirque en pierre, et les vieux sénateurs l'avaient accusé de corrompre par là les mœurs publiques. Jusque-là en effet, dit Tacite dans ses Annales^^ il n'y avait que des cirques en bois qu'on construisait pour la circonstance et qu'on détruisait ensuite. « Avec un cirque permanent, le goût du plaisir et de la licence allaient s'introduire à Rome; » mais comme la licence et l'oisi-

1 Ludi qiioque semina praebent nequitiœ : lolli tota thea-

tra jiibe. — Tristes, liv. ii, épit. 1^^, v. 280.

2, liv. XIV, ch. 20.

veto sont les plaisirs ou les consolations de la servitude, il fallait que les empereurs nourrissent et amusassent le peuple. Auguste fit donc aussi bâtir un cirque, et même il assistait aux jeux qui s'y donnaient, quia civile rebatur misceri voluptatihus vulyi^ parce qu'il était de sa politique de se mêler aux plaisirs du peuple. Il n'y a que les bons empereurs qui osassent contenir ou contrarier le goût que le peuple avait pour les spectacles. Marc-Aurèle ne permit les jeux du cirque que le soir, de peur d'interrompre le travail et le commerce; mais le peuple murmura et dit que Tempereur voulait rendre tout le monde philosophe. Jusque dans les derniers temps, le théâtre et le cirque furent un des principaux soucis du gouvernement impérial, et Théodoric luimôme, maître de l'Italie, continua avec soin cette tradition des empereurs. Il assigna des appointements aux comédiens et répara le cirque et le théâtre à Rome ^ Les malheurs de la guerre et de l'invasion n'interrompaient point les spectacles. 11 y eut des villes prises par les barbares pendant que le peuple était au théâtre. A Antioche, sous Gallien, le peuple assistait, dans le cirque, aux bouffonneries d'un mime, quand tout à coup la femme du mime qui jouait avec lui s'écria : Si je ne rêve, voilà les Perses I En effet, c'étaient les Perses qui pillaient et brûlaient la ville, et qui commencèrent à massacrer les spectateurs. A Carthage, ce fut aussi pendant une représentation du cirque que la ville fut prise par les Vandales, si bien que les cris de ceux qu'on massacrait

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