XX INTRODUCTION
deux volumes en sont un témoignage éclatant; mais ce qui est fort dans Rousseau, ce que le bon sens ne peut point remplacer et qu'il ne peut pas détruire, c'est la poésie, cette fleur de l'esprit, comme les autres, charmante et inutile; ce sont aussi les hardies anticipations de l'avenir.
Il a eu le don de rêver. Amoureux de la solitude, de l'indépendance, qui n'est que là, il a raconté comment il s'échappait dans la campagne et quelles jouissances il trouvait dans ces courses. Elles y attendent toujours ceux qui savent les y chercher. Le monde pèse sur nous avec ses lois, ses institutions, ses opinions convenues, ses mœurs, ses modes, ses obUgations; il ne nous laisse ni le temps d'être à soi ni la liberté d'être soi. L'immense majorité des hommes n'ose pas lever les yeux contre sa tyrannie ou met sa gloire à connaître et pratiquer ses codes, et ne songe qu'à faire figure; contents de la société où ils sont, ils s'y adaptent, ils s'y moulent; ils n'éprouvent pas le besoin de se tourmenter pour savoir ce qu'ils doivent penser sur quoi que ce soit: ils s'en informent chaque matin ou chaque soir près des gens dont c'est l'affaire. Aussi la société s'en sert et les use si bien, qu'il ne reste rien d'eux après leur mort. A l'autre extrémité sont quelques esprits sauvages qui se refusent à se laisser apprivoiser, malgré les menaces et les caresses; ils prétendent