‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 168 sur 251 · Mémoires de madame d'Épinay , mn^Q · texte numérisé non relu

Mémoires de madame d'Épinay , mn^Q

trouver à boire; on lui donnerait un coup de poing, il tâcherait de le rendre. Peu à peu, grâce à la nécessité, il apprendrait à trouver sa nourriture et sa boisson, et c'est ainsi que son éducation se ferait sans que personne s'' en mêle. Dans cette éducation, point de faux besoins, point de goûts du superflu, point de raffinements de pensées, point même de pensées du tout, sinon la très-simple pensée qu'on a faim ou qu'on a soif, pensée qui est plutôt de l'estomac que de Tesprit. Cette éducation naturelle serait la meilleure; malheureusement, avec la société telle qu'elle est faite, cette éducation , dit Rousseau, est impossible.

L'éducation naturelle, quoique la meilleure, n'est pourtant pas la seule que Rousseau regrette. Il y a une autre éducation, celle de la société antique,^ telle du moins que Rousseau Fimagine, qui est aussi i, pour lui un objet de regrets. Dans l'éducation antique, l'homme était élevé pour la société et non pour lui-même; le citoyen absorbait l'homme. « Les bonnes institutions sociales, dit-il, sont celles qui savent le mieux dénaturer l'homme, lui ôter son existence absolue pour lui en donner une relative, et transporter le 7noi dans l'unité commune ; en sorte que chaque particulier ne se croie plus un, mais partie de l'unité, et ne soit plus sensible que dans le tout ^. » Le meilleur modèle de cette éducation publique est la République de Platon. « Ce n'est point un ouvrage de politique, comme le pensent ceux qui ne jugent des livres que par leurs titres : c'est le plus beau

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