‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 174 sur 251 · Saint Paul, itp. mx Corintîif^)2s, chap, vin, vers · texte numérisé non relu

Saint Paul, itp. mx Corintîif^)2s, chap, vin, vers

le guerrier ne fuie pas plus qu'il ne faut la musique et la philosophie, et qu'il n'aille pas se livrer tout entier aux exercices gymniques, et au soin de se bien nourrir, car Platon n'a aucun goût pour les hommes de cinq pieds huit pouces. La prépondérance des Centaures et des Goliath lui semble aussi mauvaise que celle des sophistes et des rhéteurs. Le géant sabreur et viveur, « ennemi des lettres et des Muses, qui ne sait plus se servir de la voie de la persuasion, et qui, tel qu'ujie bête fauve, veut tout décider par la violence et par la force, » n'est pour Platon que la moitié d'un homme et la moins noble moitié de l'homme^ Il ne faut donc pas moins se défier de l'excès de la gymnastique que de l'excès de la musique; irfaùt tempérer l'une par l'autre, et il n'y a de bon guerrier, selon Platon, et même de bon gouverneur d'État que « celui qui mêle la gymnastique à la musique de la manière la plus habile. »

Nous avons vu l'éducation des guerriers, voyons celle des magistrats. Cette éducation commence comme celle des guerriers, mais bientôt le triage se fait; le maître ou le législateur distingue parmi les élèves ceux qui sont plus propres que les autres aux connaissances générales. Alors, et « à partir de leur

1. Je trouve un commentaire fort exact, quoique fort imprévu, de la pensée de Platon dans le passage suivant des Mémoires de M. Véron: u Sous l'Empire..., on estimait les forces herculéennes; on faisait cas de larges épaules, d'un ventre proéminent et de mollets luxuriants. »'(Tome l^^', p. 34.) Et pour aciiever la ressemblance avec Platon, l'auteur a dit deux lignes plus haut ; « On raillait les psychologistes, les métaphysiciens et les libres esprits. On appelait tout ceU\ ^es idéo'ogues» >)

lOi JEAN -JACQUES ROUSSEAU.

vingtième année, les élèves qu'on a choisis étudieront dans leur ensemble les sciences que dans l'enfance ils ont étudiées isolément, alin qu'ils saisissent sous un point de vue général et les rapports que ces Siciences ont entre elles et la nature de l'être ^ » Cette étude des rapports que les sciences ont entre elles est ce que nous appellerions la philosophie des sciences. Cette éducation toute philosophique des magistrats est hardie, et ressemble jusqu'à un certain point à l'éducation des théologiens. Les théologiens, eneifet, étudient la nature de Dieu et la nature de l'homme tout entière dans ses rapports avec Dieu ; ils ont de cette façon la science la plus générale possible, puisque c'est Dieu qui en est l'idée principale, et ils soumettent avec raison toutes les sciences particulières à cette science générale. Tel est aussi l'objet de l'éducation des magistrats ou des philosophes, car il est visible que ce sont des philosophes que Platon veut avoir pour magistrats dans son État. A trente ans, les candidats de Platon apprennent la dialectique pendant cinq ans ; à trente-cinq, ils entrent dans les emplois militaires, car Platon ne veut pas que les guerriers et les. magistrats se séparent dès le commencement de leur carrière et fassent dans l'État deux classes distinctes et jalouses. A cinquante ans enfin, ils entrent dans la magistrature. Leur éducation dure plus longtemps que leur vie; mais Platon n'épargne ni le temps ni la peine de ses élèves, parce que dans la longue et pénible éducation qu'il leur impose il ne songe pas à eux, mais à l'État, il

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