‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 193 sur 251 · Education progressive, livre ii, p · texte numérisé non relu

Education progressive, livre ii, p

véritable connaissance des événements n'est point séparable de celle de leurs causes, de celle de leurs effets, et que Thistorique tient de si près au moral, que l'on ne peut pas connaître Fun sans l'autre \ » Cette histoire des causes et des effets est l'histoire faite pour les hommes; mais il y a aussi une histoire faite pour les enfants, ou plutôt une histoire qu'ils se font eux-mêmes, et de même que leur mémoire, quoique incapable de jugement, est pourtant une mémoire qui leur sert beaucoup, de même l'histoire qu'ils se font, quoiqu'elle ne rapporte pas les effets à leur cause, n'en est pas moins expressive et animée. Il est bien entendu que je ne parle pas ici de ces histoires où l'auteur, sous prétexte de se proportionner à l'esprit des enfants, se fait niais et plat de propos délibéré; je parle de l'histoire telle que les enfants se la représentent. Si vous leur racontez Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, soyez sûrs qu'ils ne comprendront pas la grandeur et la beauté de la vie patriarcale comme vous la comprenez; ils s'en feront cependant une image, et ils n'oublieront aucun des traits principaux de l'histoire que vous leur racontez. Je sais bien qu'ils seront forcés plus tard de rapprendre cette histoire, mais y a-t-il là de quoi nous étonner? N'est-ce pas notre sort, pendant notre vie, de rapprendre sans cesse ce que nous avons appris? Je croyais connaître Tacite ; je viens de le relire, je Tai mieux entendu, j'y ai pénétré plus profondément. Nous passons notre vie à apprendre ce que nous savons. Chaque âge fait la science à sa taille. Les en-

Page 1