‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 194 sur 251 · Emile f livre li · texte numérisé non relu

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fants ont aussi une histoire, une philosophie, une théologie à leur taille. Ces diverses sciences n'entrent pas toutes faites dans Tesprit des enfants, elles s'y font au contraire peu à peu, s'y développent, y grandissent, et passent de l'enfanceàrâge mûr avec l'intelligence même de l'enfant. L'histoire n'est d'abord qu'une image et un tableau, et l'enfant ne s'inquiète pas si c'est conte ou vérité. Plus tard, le triage se fait dans son esprit entre les événements et les fictions, et une de ses premières questions, quand vous lui racontez quelque chose, est de demander si c'est vrai. Plus tard enfin il s'inquiète des causes et des effets, et il mêle la philosophie à l'histoire. Voilà les diverses phases de l'histoire telle qu'elle se fait dans l'esprit de l'enfant et dans l'esprit de l'homme. Il en est ainsi de toutes nos connaissances, liousseau les interdit à l'enfance parce qu'il ne les conçoit qu'à leur plus haut degré ; il oublie que l'enfant, quand il les apprend, les proportionne à son intelligence. Singulière histoire! direz-vous. Petite assurément, mais qui contient la grande, comme l'esprit de l'enfant contient l'esprit ^de l'homme.

Rousseau a horreur des livres dans l'éducation. Cependant il faut bien lire ou tout au moins savoir lire et écrire: quelle méthode prendrons-nous pour apprendre à lire et à écrire à Emile? Ici écoutons le philosophe. Il y a, si je ne me trompe, un singulier mélange d'erreur et de vérité dans ses réflexions : (( On se fait, dit-il, une grande aff*aire de chercher les meilleures méthodes d'apprendre à lire ; on invente des bureaux, dos caries, on fait de la chambre d'un

enfant un atelier d'imprimerie. Locke veut qu'il apprenne à lire avec des dés. Ne voilà-t-il pas une invention bien trouvée? Quelle pitié! Un moyen plus sûr que tous ceux-là, et celui qu'on oublie toujours, est le désir d'apprendre. Donnez à l'enfant ce désir, puis laissez là vos bureaux et vos dés; toute méthode lui sera bonnet » Tout dépend donc du désir d'apdrendre, et l'intelligence ne se met en mouvement que par le désir de savoir ; mais comment faire naître le désir? Alors vient cette mise en scène dont Rousseau fait un si fréquent usage dans l'éducation de son élève. Émile reçoit quelquefois de son père, de sa mère, de ses parents, de ses amis, des billets d'invitation pour un dîner, pour une promenade, pour une partie sur l'eau, pour voir quelque fête publique. [1 faut lire ces billets. Lisez-les-moi, mon ami, dit Émile. — Je n'ai pas le temps ! Ou bien : Non! vous m'avez refusé hier quelque chose; c'est à mon tour aujourd'hui. — Ah! si je savais lire! Il commence; autre billet qui vient et qu'il déchiffre à moitié. Il s'agit d'aller demain manger de la crème..., on ne sait où ni avec qui. Combien on fait d'efforts pour lire le reste! Voilà la manière de donner à Émile le désir de savoir lire. Examinons-la un instant.

Défions-nous, j'y consens, comme le veut Rousseau, des méthodes abrégées d'enseignement et des recettes ingénieuses à l'aide desquelles on apprend tout en peu de temps. Ces inventions sont toutes fondées sur le principe absurde de faire apprendre les choses sans y penser. J'aimerais autant d'inventer un

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