‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 2 sur 251 · INTRODUCTION. III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. III

rÉtat et ranéantissement des droits de la conscience individuelle. Jean-Jacques Rousseau passe pour le docteur et pour l'apôtre de la démocratie; mais ce n'est point Tapothéose de Ja démocratie que je crains dans Rousseau. Il passe aussi pour l'homme révolutionnaire par excellence ; mais ce n'est point l'homme révolutionnaire non plus que je répudie en lui. Ce qu'en 1848 je voulais attaquer, ce n'était ni le docteur de la démocratie ni Thomme révolutionnaire; c'était la théorie dn pouvoir absolu de l'Etat, théorie fatale qui s'accommode de tousles principes, du droit divin comme de la souveraineté du peuple, et qui les pousse tous à la tyrannie. Peu importe que le gouvernement soit tantôt une église, tantôt un palais, tantôt un forum, tantôt un club : cela dépend des temps et des pays. Ce qui est grave, c'est que, devant FÉtat une fois créé et reconnu, l'individu n'ait plus de droit qu'il puisse revendiquer légitimement. C'en est fait alors de la liberté dans le monde, et non-seulement de la liberté politique, mais de la liberté civile et de la liberté religieuse.

Est-ce à dire que je voulusse, en 1848, anéantir l'idée de l'Etat, et cela par rancune contre la révolution qui venait d'en changer le titre? Non : je n'ai peur ni de la république ni d'aucune forme de gouvernement; je ne redoute que l'idée qu'il y a quelque part icî-bas un pouvoir illimité, contre lequel l'individu n'a aucun droit.

Il est difficile d'affirmer (lui-même ne le savait pas parfaitement sans doute) que le regret de la chute de la monarchie tempérée m fût pour rieî^

IV INTUODUCTION.

dans sa détermination; toujours cst-il qu'on voit ici Finstinct de sa nature: la préoccupation nriorale, la préoccupation de la liberté, du droit, de la responsabilité, de ce qui était tout pour lui, la valeur individuelle. Il a entièrement raison là-dessus; il a eu bien raison aussi de ne pas insister outre mesure. Il s'était mis en chemin pour combattre des théories sociales, et il n'y manqua pas dans les premières leçons ; mais, à mesure qu'il avança, d'autres objets se présentèrent, et il s'y laissa attirer, heureusement pour lui et pour nous, qui, au heu d'une dissertation pohtique, trouvons ici une lecture des plus variées.

Un mot sur les premiers chapitres. M. Saint-Marc Girardin a signalé à plusieurs reprises le procédé de Rousseau, qui débute par la singularité, pour finir par le lieu commun. Le paradoxe est lancé sur le public et le mord ; une fois le public amené, on cause, on s'entend. Il a eu tort de se scandaliser, il a mal pris ce qu'il a lu, ce sont les ennemis qui ont tiré de fausses conséquences. Qui a jamais dit qu'il fallut supprimer les sciences, les lettres, les arts et la société? Certainement il eut mieux valu garder dans les forêts l'innocence primitive ; maintenant que vous êtes en société, restez-y : le mal est fait, il y en aurait encore plus à changer d'état. Certainement il eût mieux valu

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