XXVI INTRODUCTION
échappait heureusement de tous côtés à la règle étroite de n'aimer qu'une personne, avec un nom et un prénom. En ce qui est du peuple, il était toujours sur ses gardes : la politique quotidienne prenait soin de l'avertir. La vérité est que, même avec le sentiment le plus humain, il n'est pas toujours facile d'être exactement équitable avec cet être multiple qu'on appelle le peuple. Il a de si grandes qualités et de si grands défauts que, selon l'impression, on est attiré ou repoussé vio^pmment. Mobile, changeant de passions, mais toujours extrême, il ne supporte rien ou il supporte tout; il a des sommeils et des réveils également redoutables; parfois il ne se connaît plus, il a des fureurs de désordre et de sang, il semble une force aveugle de la nature et il fait désespérer delà raison. Malgré tout, on s'intéresse à lui, on a pitié de tant d'ignorance et de souffrances, par sa faute ou par celle de sa destinée ; on songe à ce qu'il y a là d admirables vertus, et d'abord de courage, pour lutter contre la vie, pour gagner le pain de chaque jour et élever les nombreuses familles ; on songe que de là sont sorties les armées qui ont fait la France, son sol et son honneur; que des hommes de génie sont aussi sortis de là, que partout l'intelligence y éclate ; alors on conçoit un ardent désir que ces forces sauvages se civilisent^ une bonne