‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 21 sur 251 · INTRODUCTION. XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXVII

volonté pareille à y travailler et, tout en plaignant ces terribles enfants, qui font tant de mal aux autres et à eux-mêmes, on se prend à espérer qu'ils pour^ront être des hommes. C'est ce qui s'appelle aimer le peuple, et comme il faut raimer« Qu'il se présente alors un individu qui soit un homme, nous l'accueillerons parce qu'il est lui. mais nous Taccueillerons aussi parce qu'il est du peuple, parce qu'il nous parle de tout un monde que nous vou-drions semblable à lui.

La révolution de 89 a été Fenfantement douloureux et sanglant de la démocratie» A partir de là, la vie politique n'est plus concentrée dans ua homme ou dans quelques hommes, elle est partout; dune qu'elle était, elle devient diffuse. La démocratie est l'ensemble des énergies obscures, innombrables, infatigables, qui, avec le temps, relèvent le fond des sociétés; elle est^ dans l'ordre moral, ce que sont les infiniment petits dans la nature ; ces infi'niment petits, en quantité infinie, vivant de peu, résistent à tout^ au bout de miUions d'années exhaussent le fond des mers et forment des terres où habiteront des hommes, qui les méprisent,

Il nous semble que la salutaire horreur du vague risque de tromper quelquefois et qu'elle a quelquefoinrompé M/Sawt'Marc Girardia, La mmn a

XXVin INTRODUCTION.

tort quand elle au delà ou quand elle reste en deçà de la yérité, et le sens commun a aussi ses paradoxes.

La critique que M. Saint-Marc Girardin a appliquée à Jean-Jacques Rousseau est celle que Ton connaît et qu'il a partout appliquée. Pour laisser de côté la critique exclamative, qui mérite à peine ce nom, il y en a, comme on sait, divers genres. La critique dogmatique établit des règles qu'elle impose à tous les ouvrages et par lesquelles elle les mesure -, la critique historique s'efiorce d'expliquer ces ouvrages : tantôt elle cherche le miUeu où ils ont paru, tantôt l'homme qui les a produits, et elle prend, dans ce dernier cas, le nom de critique biographique ; quelquefois elle juge en même temps qu'elle explique, et elle admet des types variés de beauté selon les lieux et les temps ; quelquefois^ contente de rechercher les causes, elle s'interdit absolument de juger. M. Saint-Marc Girardin était un critique moraUste. Observateur des mœurs, de l'homme qui change avec les époques et les pays, il ne prétendait pas que les sentiments humains ne dussent avoir qu'une seule et même expression ; il a écrit le Cours de littérature dramatique^ d'une critique si souple; mais il n'oublie pas que sous les hommes il y a l'homme éternel, avec sa nature et sa loi, et que rien n'est beau que ce qui réussit

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