Emile y livre iv
cacc, (le se rapporter si exactement à son œuvre ou à son but, qu elle ne peut convenir à aucun autre, et que par conséquent il n'y a point de règle générale dans Tart d'agir? On n'agit pas pour ceci comme pour cela, avec celui-ci comme avec celui-là. Tout varie dans l'art d'agir, selon l'œuvre, selon les instruments, selon le temps, selon les hommes. 11 n'y a donc point d'enseignement possible de l'art d'agir. Cela veut-il dire que, comme l'art d'agir ne peut pas s'enseigner, il ne faut pas l'apprendre? C'est tout le contraire : il faut choisir un état qui ait ses degrés, et où l'on commence par obéir avant de commander. J'aime les états dont Tapprentissage est long, et qui ne mettent pas du premier coup l'homme au milieu des affaires, les états où l'exemple des autres et des supérieurs sert d'expérience. Beaucoup d'états, grâce à Dieu, en sont là : le commerce, par exemple, a tous ses degrés, quand le commerce et l'industrie sont bien pratiqués, c'est-à-dire quand on comprend qu'il faut être apprenti avant d'être patron, et commis avant d'être maître.
Les bonnes mœurs, le choix du monde et d'un état importent essentiellement à la conduite morale de l'homme; mais de toutes les influences morales, celle de la religion est, selon Rousseau, la plus importante et la plus durable. Je suis tout à fait de cet avis, et je ne m'arrête point à l'objection que font volontiers les indifférents de nos jours, qui, voyant le peu de part que la religion a dans la conduite des hommes de notre temps, même dans ceux qui prétendent avoir la foi, n'hésitent pas à douter de l'influence morale de la religion en ce monde. Les
indifférents peuvent nier aisément rinlluence de la religion^, mais ils ne peuvent pas s'en séparer, car la morale générale du monde s'est tellement imprégnée depuis dix-huit cents ans de la morale chrétienne, que ceux même qui n'ont pas la foi suivent sans le savoir la loi chrétienne. Je ne consentirais à prendre l'objection des indifférents comme un argument que s'ils commençaient par retrancher de leur morale tout ce qu'elle doit sans s'en douter à la morale chrétienne : alors ils pourraient avec quelque fondement nier l'influence morale de la religion en ce monde; mais comme ce triage est impossible à faire, nous pouvons croire avec Rousseau que de toutes les influences morales l'influence de la religion est la plus importante; seulement nous n'en conclurons pas avec lui que, comme cette influence est la plus forte, elle doit venir la dernière, et qu'il ne faut enseigner la religion aux hommes que lorsque leur esprit est capable de la comprendre tout entière.
(( Les idées de création, dit Rousseau, d'annihilation, d'ubiquité, d'éternité, de toute-puissance, celles des attributs divins; toutes ces idées qu'il appartient | à si peu d'hommes de voir aussi confuses et aussi obscures qu'elles le sont, et qui n'ont rien d'obscur pour le peuple, parce qu'il n'y comprend rien du tout, comment se présenteront-elles dans toute leur force, c'est-à-dire dans toute leur obscurité, à de jeunes esprits encore occupés aux premières opérations des sens et qui ne conçoivent que ce qu'ils touchent^? » Tout cela est la théologie, qui est, je Ta-