Emile, livre iv
voue, fort au-dessus de Tesprit de Tenfant; mais n'y a-t il donc que de la théologie dans la religion? et n'est-ce pas le caractère divin de l'enseignement religieux de pouvoir être à la fois le plus élevé et le plus simple du monde? Siniie parvulos ad me ventre^ disait Jésus-Christ; il ne rebutait pas les petits et les faibles. Il y a une religion pour tout le monde, et dans cette vaste échelle qui monte de la terre au ciel, chaque intelligence a son degré, et même où l'esprit manque, la religion trouve sa prise dans le cœur, parce qu'elle répond à toutes les facultés de l'homme et qu'elle se fait toute à tous. On peut donc être religieux sans être théologien, et l'enfant peut avoir sa religion sans avoir aussitôt toute la science de la religion. Peut-être même ne Taura-t-il jamais tout entière. Cela veut-il dire qu'il ne doit pas en avoir ce qu'il peut? Cela veut-il dire qu'il ne peut pas avoir de Dieu parce qu'il ne peut pas le comprendre tout entier? Et qui donc le peut? Prenez garde, dit Rousseau, tout enfant qui croit en Dieu est donc nécessairement idolâtre, ou du moins an thropomorphiste ; et quand une fois l'imagination a vu Dieu, il est bien rare que l'entendement le conçoive^. — Non i le Dieu de l'enfant ne fait pas tort au Dieu du jeune homme, et le Dieu du jeune homme ne fait pas tort au Dieu de Thomme mûr. L'idée change et se développe avec l'âge; elle grandit avec Fintelligence. Quand elle prend l'homme enfant, elle se fait petite et se proportionne à sa taille, puis elle s'élève à mesure qu'il s'élève et l'accompagne ainsi pendant tout