‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 221 sur 251 · II · texte numérisé non relu

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méchante, et dans une aussi grande dame cette réputation le faisait trembler. Mauvaise disposition pour résister aux grands que de les trop craindre : la plus simple politesse alors déconcerte et subjugue. C'est ce qui arriva à Rousseau avec madame de de Luxembourg. « A peine l'eus-je vue, dit-il, que je fus subjugué. Je la trouvai charmante, de ce charme à Fépreuve du temps, le plus fait pour agir sur mon cœur. Je m'attendais à lui trouver un entretien mordant et plein d'épigrammes; ce n'était point cela, c'était beaucoup mieux. La conversation de madame de Luxembourg ne pétille pas d'esprit; ce ne sont pas des saillies, et ce n'est pas môme proprement de la finesse, mais c'est une délicatesse exquise qui ne frappe jamais et qui plaît toujours. Ses flatteries sont d'autant plus enivrantes qu'elles sont plus simples; on dirait qu'elles lui échappent sans qu'elle y pense, et que c'est son cœur qui s'épanche, uniquement parce qu'il est trop rempli. Je crus m'apercevoir, dès la première visite, que, malgré mon air gauche et mes lourdes phrases, je ne lui déplaisais pas. Toutes les femmes de la cour savent vous persuader cela, quand elles veulent, vrai ou non; mais toutes ne savent pas, comme madame de Luxembourg, vous rendre cette persuasion si douce, qu'on ne s'avise plus d'en vouloir douter ^ » Quel charmant portrait, et comme, pour peindre la délicatesse exquise que madame de Luxembourg savait mettre dans ses entretiens, le peintre devient lui-même fin et délicat? quelle souplesse inattendue

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