‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 245 sur 251 · Cité de Dieu^ liv. HI, ch. xiv · texte numérisé non relu

Cité de Dieu^ liv. HI, ch. xiv

2. « Quœso, ab humano impetremus aifectu ut femina sponsum suum a fratre suo peremptiim sinecriinine fleveriL » [Cité de Dieu^ livre III, ibid,) On voit que les beaux vers de Corneille dans le rôle de Curiace :

Et je rends grâce au ciel de n'être pas Romain, Pour conserver encor quelque chose d'humain,

viennent de saint Augustin. L'id6e mrtnic du personnage de Camille et cette opposition do la douleur d'une femme au fanatisme pa^lriQUc^^Q viennent a^eai cIq suiat Augaatiu. CqitwUq, en j^am

nous le voyons, clans le passé, des modèles dont il ne se doutait pas, c est-à-dire les couvents et les chefs d'ordre; ils ont eu, après Rousseau, des disciples qui les ont à jamais discrédités : ces disciples sont Robespierre et Saint-Just.

Quand Rousseau exigeait du citoyen ce dépouillement et cette désappropriation qui le font ressembler au moine des couvents les plus sévères, il avait l'air d'exiger ces sacrifices d'une volonté libre : en cela encore, son citoyen ressemblait au moine, et il abdiquait volontairement sa volonté. Robespierre et Saint-Just veulent que l'individu s'anéantisse dans rÉtat ; mais ils ne demandent pas cet anéantissement à la volonté même de l'individu, ils le demandent à la terreur. « Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, dit Robespierre dans son rapport sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention nationale dans l'administration intérieure de la république \ le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la vertu, sans laquelle la terreur est funeste; la terreur, sans ladramatique, a ajouté la passion de l'amante à la douleur de la fiancée, afin de rendre le contraste plus fort et plus touchant. Est-ce à dire que Corneille, en faisant la tragédie d'Horace, ait imité saint Augustin? Non, il Ta imité ou plutôt il s'en est inspiré sans le savoir peut-être. Au dix-septième siècle, on lisait beaucoup saint Augustin ; et, ses idées se répandant dans le monde, le poëte les- prenait dans l'esprit général du temps, sans avoir besoin de les chercher dans les œuvres de saint Augustin.

1. 5 février 1794. — Histoire parlementaire de la Révolu^ (ion, t. XXXI, p. 276.

quelle la vertu est impuissante^ La terreur n'est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible : elle est donc une émanation de la vertu ; elle est moins un principe particulier qu'une conséquence du principe général de la dèmocralie appliqué aux plus pressants besoins de la patrie. » Ces derniers mots font frémir, mais ils procèdent directement du Contrat social de Rousseau.

Dans la démocratie, en effet, l'État, qui représente la souveraineté du peuple, est par cela même toutpuissant; tout individu qui « s'oppose à la volonté générale doit y être contraint par tout le corps, ce qui ne signifie autre chose sinon qu'on le force d'être libre. » Vous l'entendez : liberté, égalité, fraternité, ou la mort ! L'État étant Tunité la plus absolue de tous ses membres, de quel droit un citoyen voudrait-il avoir d'autres opinions que l'État? Cela romprait l'unité. Aussi Robespierre érige-t-il en principe qu'il « n'y a de citoyens dans la république que les républicains, » de même qu'un fondateur d'ordre ne souffre non plus dans sa congrégation que des moines de sa règle. Partout, en relisant ce rapport de Robespierre, on est frappé de la singulière ressemblance qui existe entre le législateur tel que le veut Rousseau, tel que Robespierre prétend l'être, et les fondateurs des grands ordres religieux du moyen âge. Il n'y a qu'une grande et capitale différence : la liberté veille aux portes des couvents et ne laisse entrer que ceux qui veulent être moines; la terreur

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