‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 25 sur 251 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

rapporte, nous encourageons sincèrement les hommes qui s'y livrent, pourvu qu'il soit permis de mettre ces informations à leur place : un inventaire n'est pas de la littérature. Nous assistons aux excès d'un esprit à qui on peut bien pardonner ces excès en faveur des immenses services qu'il nous a rendus. Depuis cinquante ans l'histoire s'est renouvelée en France et a tout renouvelé ; par malheur, elle a ses dévots superstitieux qui se perdent dans les petites pratiques et les authentiques minuties. Laissez-les maîtres, on dira un jour de nous : ce siècle a commencé en historien et finit en notaire.

Le moraliste qui paraît dans ces deux volumes et dans tous les écrits de M. Saint-Marc Girardin n'est pas seulement l'observateur des mœurs, c'est aussi le croyant à la règle, qui veut qu'on y croie. Du reste, la morale qu'il propose n'est pas excessive, elle est humaine ; mais qu'on ne croie pas que, parce qu'elle esthumaine, elle est commune. D'abord, il y a l'accent, que tout le monde n'a pas et qui chez lui partait du fond de l'âme ; peut-être même cet accent est-il tout dans l'enseignement moral; puis, avec ses principes éternels, l'enseignement moral n'est pas si uniforme qu'on le peut croire: il se proportionne aux temps, il s'apphque différemment à des générations différentes.

INTRODUCTION. XXXIIÏ

Ainsi^ selon les moments, tantôt c'est la raison, tantôt c'est le sentiment qui est en faveur : tantôt on aime la vertu constante, tantôt on préfère celle qui se relève d'une chute à celle qui n'est pas tombée, et pour arriver à la réparation on commence par la chute, au risque de s'arrêter en chemin. M. Saint-Marc Girardin n'entend pas que ce soit le sentiment qui conduise la raison et il ne croit pas que la vertu cesse d'être intéressante quand elle n'est pas une réparation. Joignez à ces mérites de l'accent et de l'appropriation à notre temps, la grâce de là leçon, faite à des jeunes gens qui n'étaient pas venus chercher cela. M. Saint- Marc Girardin sentait les difficultés : il raconte dans une de ses plus jolies pages avec quelles précautions il s'avançait. A la faveur de ces habiletés, il réussissait à faire écouter et applaudir l'éloge de la chasteté par cette gentille jeunesse française qui sait tout entendre de ceux qui savent tout dire.

Il y avait dans ses cours des morceaux plus particulièrement préparés, qui se reconnaissaient. Il ne visait point à y montrer de l'esprit : ce n'était pas la peine de l'apporter de chez lui, il lui venait sur place; ce n'étaient pas des pièces à effet, en vue d'un succès personnel : il mettait l'enseignement plus haut que cela ; non, c'étaient des leçons de morale, à l'adresse d'un auditoire qui ne court pas après

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