‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 34 sur 251 · L INTRODUCTION · texte numérisé non relu

L INTRODUCTION

le plus doux, avec des causeries sans fin, de vraies causeries, en pleine liberté, en pleine sécurité, où l'on ose parler de tout, même des choses sur lesquelles on est le plus contraire, parce que chacun des deux permet à l'autre d'être ce qu'il est et l'aime ainsi, que rien n'est difficile avec la bonne grâce, et qu'en définitive, avant le point où l'on se sépare, il y a un terrain commun de principes solides et de sentiments élevés, où l'on est certain de se retrouver toujours, comme il convient à d'honnêtes gens. Il ne peut pas nuire, si cela se rencontre, qu'on ait aussi un goût commun, par exemple, le goût de l'observation morale. Il était né moraliste; on sentait toujours dans ses cours et dans sa conversation l'homme qui connaît les hommes. Il connaissait tellement les hommes, qu'il ne demandait à personne la perfection, et quand avec quelques qualités essentielles il avait découvert des défauts, il était indulgent aux défauts, il prenait le tout ensemble, mettait le bon au compte de la personne et le mal au compte de l'humanité. Si on lui recommandait un domestique, en lui disant qu'il était sans défauts, il le refusait, certain de quelque vice; au contraire, une fois qu'il savait ce qui leur manquait, il savait à quoi il devait s'attendre et sur quoi prendre son parti. Cette science du cœur hunitain le rendent d'un commerce extrêmement facile. Ce qui y aidait encore, c'est

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