‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 4 sur 251 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

monde par la thèse innocente de rinfliience salutaire des beaux-arts sur les bonnes mœurs, et qu'à ce moment ii n'eût pas encore réfléchi sur le vice des institutions et des mœurs contre lesquelles il allait éclater si vite et sans repos jusqu'à sa mort. Diderot se flatte de l'avoir converti à prendre la thèse comme il l'a prise ; mais il serait bon d'avoir assisté à l'entrevue, pour savoir au juste ce qu'il en a été. Diderot était constamment trop troublé par la fermentation de ses idées, pour voir parfaitement clair dans l'esprit de ce débutant très-avisé, qui avait sa fortune à faire. Si le futur écrivain eut l'air de se laisser convertir, il dut rire intérieurement du bon Diderot. Du reste, n'est-ce pas d'ordinaire ainsi que l'on prend conseil ? L'honnête question académique, tombant sur cet esprit en travail, le remua avec une force extraordinaire : de là, la crise, l'éblouissement qu'il raconte. Cet instant le révéla à lui-même : dès lors il se connaissait, il se possédait, il tenait son commencement.

Au fond, que voulait-il ? disperser les hommes, sans lois, sans contrat? c'eût été absurde: la société est éternelle. Mais, dans la société éternelle, il y a la société que les hommes font, avec leurs idées particulières, leurs sentiments, leurs goûts, leurs fantaisies changeantes ; elle varie d'un pays à un autre et avec le temps dans un même pays. Autant

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