‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 40 sur 251 · Voici quelques-uns de ces vers · texte numérisé non relu

Voici quelques-uns de ces vers

Qu'à m'égarer dans ces bocages Mon cœur goûte de voluptés !

Que je me plais sous ces ombrages!

Que j'aime ces flols argentés!

Douce et charmante rêverie, Solituda aimable et chérie, Puissiez-vous toujours me charmer!

De ma triste et lente carrière Rien n'adoucirait la misère, Si je cessais de vous aimer.

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fit pas d'avoir de rimagiiiation ; il faut savoir exprimer les sentiments que l'on ressent. Les blocs de marbre cachent tous une statue, seulement il n*y a que les grands sculpteurs qui sachent tirer la statue du bloc où elle est enfermée; il n'y a que le style non plus qui sache tirer de l'âme la poésie qui s'y cache, et ce style est l'œuvre du travail. Il a fallu à Jean- Jacques Rousseau de longs efforts pour arriver à exprimer ce qu'il sentait.

La vie de chaque homme contient ainsi un petit poème qu'il ne sait pas toujours raconter, elle contient aussi une question de morale qu'il ne sait pas toujours résoudre. Quelle est la question de morale que contient la vie de Jean-Jacques Rousseau ? Jean- Jacques Rousseau est le chef d'une école qui prend la sensibilité pour la règle souveraine de la vie. Quiconque se laisse conduire par la sensibilité ne peut pas s'égarer, ou du moins ne peut avoir que d'honnêtes égarements. Cette école croit que le cœur de l'homme est bon : grave erreur î il n'est pas bon ; il est tendre, et tendre pour le bien comme pour le mal. Mademoiselle de Scudéry, dans une des conversations sentimentales qui remplissent la Clélie, définit la sensibilité : la tendresse de l'âme. La définition n'est pas exacte. La sensibilité tient beaucoup des sens. La jeunesse et l'ardeur du sang y sont pour beaucoup ; aussi les gens sensibles, à trente ans, sont en général durs et égoïstes à soixante. Outre sa faiblesse morale, la sensibilité a un autre inconvénient; elle est pleine d'illusions, et j'allais presque dire de mensonges; elle trompe Thomme sur luimême, elle lui fait croire qu'il a la force des bons

sentiments dont il a Fémotion. Ainsi trompé sur luimême, l'homme trompe aisément les autres, et de dupe il devient charlatan. Combien de sentiments viennent de cette chaleur du sang, et passent avec elle! Et c'est là, pour le dire en passant, ce qui donne aux jeunes gens tant de charme et cô qui leur donne aussi l'heureuse conlîance qu'ils ont en eux-mêmes. Us font honneur à leur âme des émotions qu'ils tiennent de leur âge. Rousseau avait ce genre de sensibilité à la fois ardente et faible que nous essayons de définir; elle Ta servi dans ses ouvrages et Fa égaré dans la vie. Dès son enfance, Jean-Jacques Rousseau avait lu beaucoup de romans, et ce genre de lecture avait encore développé cette sensibilité qui commence par être un charme, et qui finit par être une maladie. (( Je n'avais aucune idée des choses, dit-il dans ses Confessions^ que tous les sentiments m'étaient déjà connus; je n'avais rien conçu, j'avais tout senti. Les émotions confuses que j'éprouvai coup sur coup n'altéraient point la raison que je n'avais pas encore; mais elles m'en formèrent une d'une autre trempe, et me donnèrent de la vie humaine des notions bizarres et romanesques dont l'expérience et la réflexion n'ont jamais bien pu me guérir ^. »

Pour un homme sensible, ce qu'il y a de pis au monde, c'est d'avoir à se conduire lui-même, c'est de n'avoir pas un état qui règle ses actions et trace d'avance sa carrière, c'est de n'avoir pas une famille qui lui serve d'appui et de barrière contre ses fantaisies, ou, à défaut de famille, un guide éclairé et

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