‹ Jean-Jacques Rousseau; sa vie et ses ouvragesChapitre 43 sur 251 · La Bruycre. Chap. vi, Des Biens de fortune · texte numérisé non relu

La Bruycre. Chap. vi, Des Biens de fortune

qui ne reçut pas d'honoraires pour la peine qu'il avait prise, s'en consola, dit-il, avec son insouciance habituelle. Il fit bientôt recevoir aux Italiens sa petite pièce de Narcisse; cela lui valut ses entrées, et voilà tout. Il lui fallait pour vivre quelque travail plus lucratif et plus régulier que ces tentatives musicales et littéraires. Il y avait parmi les personnes qui le protégeaient M. de Francueil, qui, quoique homme du monde, avait des prétentions scientifiques et visait à l'Académie des sciences; il voulait pour cela faire un livre, et il croyait qu'il aurait besoin de Rousseau pour son livre. Madame Dupin méditait aussi de faire un livre, et pensait que Rousseau lui serait un secrétaire utile. Ils prirent donc Rousseau en commun comme une sorte de collaborateur. L'emploi était vague et peu laborieux peutêtre; il n'y avait que 900 francs de traitement. Ce fut alors que Rousseau alla passer quelque temps à Ghenonceaux, car les châteaux des rois commençaient dès ce moment à être possédés par les fermiers généraux, et c'est là qu'il fit ses meilleurs vers, V A llée de Sylvie. Ce fut aussi pendant son secrétariat auprès de madame Dupin et de M. de Francueil qu'il commença à connaître madame d'Épinay. M. de Francueil, qui était alors l'amant de madame d'Épinay, introduisit Rousseau dans la société de madame d'Épinay, et bientôt Rousseau fut de tous les amusements du château de la Chevrette, qu'habitait madame d'Épinay, près de Saint-Denis. Il y joua la comédie, sorte de plaisir que le dix-huitième siècle aimait surtout à prendre à la campagne. Rousseau dit dans ses Confessions «qu'on le chargea d'un rôle,

qu'il rétudia six mois sans relâche, et qu'il fallut le souffler crun bout à Pautre à la représentation. Apres cette épreuve, ajoute- t-il, on ne me proposa plus de rôles. » Pure affectation de gaucherie que ce récit. Madame d'Épinay, dans ses Mémoires, raconte rhistoire tout autrement, et fait de Rousseau un homme aimable, quoiqu'un peu singulier. «Nous avons, dit-elle, débuté par X Engagement téméraire^ comédie nouvelle de M. Rousseau, ami de M. de Francueil, qui nous Ta présenté. L'auteur a joué un rôle dans sa pièce. Quoique ce ne soit qu'une comédie de société, elle a eu un grand succès. Je doule cependant qu'elle pût réussir au théâtre; mais c'est l'ouvrage d'un homme d'esprit et d'un homme singulier. Je ne sais pas trop cependant si c'est ce que j'ai vu de l'auteur ou de la pièce qui me fait juger ainsi. Il est complimenteur sans être poli, ou au moins sans en avoir l'air. 11 paraît ignorer les usages du monde; mais il est aisé de voir qu'il a infiniment d'esprit. Il a le teint brun, et des yeux pleins de feu animent sa physionomie. Lorsqu'il a parlé et qu'on le regarde, il parait joli; mais lorsqu'on se le rappelle, c'est toujours en laid. On dit qu'il est d'une mauvaise santé;... c'est apparemment ce qui lui donne de temps en temps l'air farouche ^ »

11 y avait à la Chevrette une femme qui passait pour très-spirituelle et très-méchante, mademoiselle d'Ette, qui, dit Rousseau dans ses Confessions^ vivait avec le chevalier de Valory, qui, de son côté, ne passait pas pour bon. Mademoiselle d'Ette vit aussi

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