Livre ïll, ode
qui est la satire perpétuelle des mœurs des Romains. Saint Augustin, dans ses Confessions, se plaint que son père, suivant les habitudes de son temps, se souciât beaucoup plus de sa science que de ses mœurs Montaigne, qui doutait un peu de tout, n'a pas manqué de douter aussi de l'utilité des sciences et des lettres. « Les exemples nous apprennent, dit Montaigne, que rétude des sciences amollit et efféminé les courages plus qu elle ne les fermit et aguerrit... Je trouve Rome plus vaillante avant qu'elle fût sa. vante. Les plus belliqueuses nations en nos jours sont les plus grossières et les plus ignorantes. Les Scythes, les Parthes,Tamburlan, nous servent à cette preuve. Quand les Goths ravagèrent la Grèce, ce qui sauva toutes les librairies ^ d'être passées au feu, ce fut un d'entre eux qui sema cette opinion, qu'il fallait laisser ce meuble entier aux ennemis, propre à les détourner de l'exercice militaire et à amuser des occupations sédentaires et oisives. Quand notre roi Charles VIll, quasi sans tirer Tépée du fourreau, se vit maître du royaumedeNaples et d'une bonne partie de la Toscane, les seigneurs de sa suite attribuèrent cette inespérée facilité de conquête à ce que les princes et la noblesse d'Italie s'amusaient plus à se rendre ingénieux et savants que vigoureux et guerriers^. »
Que veut dire cette longue tradition de doute ou de colère contre la science ? Cela veut-il dire que la science est mauvaise, que l'étude est dangereuse, et que le