INTRODUCTION. IX
à un destructeur si terrible de la civilisation et de la société. Toutefois il fait une observation extrêmement juste. Si la doctrine est innofîensive, ce qui ne l'est pas, c'est le sentiment qui s'étale dans ces pages, la protestation contre les riches, la supériorité morale des pauvres sur les riches. Il plaisait à Rousseau de faire le pauvre qui a pitié des riches ; cette pitié superbe est bien haute pour le commun des âmes et devait céder la place à l'envie, qui est un sentiment simple. Ainsi est-il arrivé. Pour M. Saint-Marc Girardin, avec sa résolution de n'être pas dupe et de rétablir toutes choses en leur vraie place , il déclare que richesse n'est pas vice et que pauvreté n'est pas vertu; il met la vertu et le vice ailleurs, dans l'usage des biens et des maux de la vie, il distingue les bons et les mauvais riches, les bons et les mauvais pauvres, et c'est une de ses njeilieures pages.
Au sortir de cette discussion, dont l'intérêt risque de languir, parce qu'elle ne porte en plein ni contre Rousseau ni contre nous, M. Saint-Marc Girardin aborde enfin l'homme et ses plus sérieux écrits, et le livre commence véritablement. Chose étrange ! on s'attendait à une critique trèsvive de Rousseau : la critique y est, il va sans dire, et fort nette; mais l'indulgence domine; plus que l'indulgence, la sympathie. Quand on parle de