Tome Vil, p. TG
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(ira Fentreprendre la discussion de ce difficile problème, lequel a été le plus nécessaire de la société déjà liée à l'institution des langues, ou des langues déjà inventées à l'établissement de la société?»
Nous touchons en ce moment à deux conclusions fort différentes, la conclusion de Rousseau ou plutôt celle de son paradoxe, conclusion pleine d'embarras et de contradictions à peine déguisées, et, à côté de celle-là» la conclusion naturelle et vraie des principes que Rousseau a posés, la conclusion qu'il est impossible que Rousseau n'ait pas vue, tant il s'en approche. Voyons d'abord la conclusion de Rousseau, « Errant dans les forêts, sans industrie, sans parole, sans domicile, sans guerre et sans liaison, sans nul besoin de ses semblables comme sans nul désir de leur nuire, peut-être même sans Jamais en reconnaître aucun individuellement, l'homme sauvage, sujet à peu de passions et se suffisant à lui-même, n'avait que les sentiments et les lumières propres à cet état; il ne sentait que ses vrais besoins, ne regardait que ce qu'il croyait avoir intérêt de voir, et son intelligence ne faisait pas plus de progrès que sa vanité. Si par hasard il faisait quelque découverte, il pouvait d'autant moins la communiquer quHl ne reconnaissait pas même ses enfants... Si je me suis étendu sur la supposition de cette condition primitive, c'est qu'ayant des anciennes erreurs et des préjugés invétérés à détruire, j'ai cru devoir creuser jusqu'à la racine, et montrer, dans le tableau du véritable état de nature, combien Tinégalité, même naturelle, est loin d'avoir dans cet état autant de réalité et d'influence
que le prétendent nos écrivains \ » Voilà donc, selon Rousseau, les conditions de l'égalité primitive : point de domicile, point d'industrie, point de famille; l'homme ne reconnaît pas même ses enfants : un esprit inerte et une âme indifférente, c'est de cette façon seulement que Fégalité peut être conservée. Mais alors vient aussitôt cette question : l'égalité vaut-elle d'être conservée à ce prix? Et si nous ne pouvons retrouver en elfet l'égalité qu'en retrouvant Tétat naturel de l'homme, si l'état naturel de Thomme est de n'avoir ni famille, ni domicile, ni langage, ni industrie, ne ferons-nous pas bien de nous résigner à n'être pas égaux les uns aux autres, puisque c'est la seule manière pour nous de n'être point des brutes inertes?
Que Rousseau, en parlant comme nous venons de l'entendre , ait voulu conclure pour ou contre l'inégalité, peu importe, car ce n'est là, selon moi, que la petite conclusion de son discours; il y en a une autre plus belle et plus grande qu'il n'exprime pas, mais à laquelle j'ai hâte d'arriver.
Les impossibilités humaines aboutissent à la puissance divine; c'est là qu'elles vont se dénouer. Quand donc Rousseau démontre avec une force admirable l'impossibilité pour l'homme naturél d'avoir une famille, un langage, un domicile, une patrie, je ne m'effraye pas de ces coups qu'il porte à l'homme naturel, je m'en applaudis, au contraire ; car, puisque Thomme n'a créé ni la famille, ni la maison, ni le langage, ni même l'art et l'industrie, c'est Dieu qui les a créés, et je me réjouis de voir ôter à tant de grandes