Deuxième partie, lettre w
tinuer de citer ce que Julie continue de dire pendant une page tout entière encore, sans embarras, sans pudeur, etje ne parle même plus. Dieu me pardonne, de la pudeur des femmes; je parle de la pudeur des hommes. Oii donc Julie a-t-elle appris cet affreux mélange du langage de Tliygiène avec le langage de l'amour? Hélas! je le sais bien : c'est chez madame de Warens ; Julie est la tille de madame de Warens, au lieu d'être la fille d'une mère de famille. Sans cesse le secret de sa fatale éducation lui échappe, et, même quand elle parle de la pudeur, son style l'offense : « Deux mois d'expérience, dit-elle à Saint- Preux dans une de ses premières lettres, m'ont appris que mon cœur trop tendre a besoin d'amour, mais que mes sens n'ont aucun besoin d'amant ^. »
Sophie n'est pas plus délicate que Julie. Elle songe aussi à la santé d'Emile, son mari; c'est pour cela qu'elle se refuse à ses empressements; surtout elle le lui dit, ce qui est affreux ; et Rousseau comprend si peu la sainteté du voile qui couvre le lit nuptial, que dans ces étranges entretiens entre Emile et Sophie, pendant les premiers jours de leur mariage, Rousseau se fait le confesseur et le médecin des plaisirs des deux jeunes époux. Il n'y a que quelques pages de la République de Platon, quand le philosophe règle effrontément l'union des guerriers et des femmes de sa république, il n'y a, dis-je, que ces pages qui approchent de la grossièreté de celles de Rousseau ; et dans Émile^ comme dans la République^ la grossièreté procède de l'esprit de système et de la prétention