CHAPITRE PREMIER
L'Unité d'Action
On connaît la légende, devenue banale à force de répétition, d'un Jaurès passé du centre gauche (1886- 1893) au socialisme révolutionnaire de la période 1893- 1898 et, ensuite, du socialisme révolutionnaire au socialisme réformiste et gouvernemental de 1898 à 1905, pour faire, enfin, retour définitif au socialisme « unifié », essentiellement révolutionnaire, de la dernière période de sa glorieuse vie, allant de 1905, l'année du Congrès de la Salle du Globe, jusqu'à sa mort. Jaurès, comme tout le monde, connaissait cette légende. Il la déclarait lui-même « indestructible », car elle avait pour elle l'apparence « topographique » : Jaurès siégea pendant la première période de sa vie parlementaire au centre gauche. Cette légende, soigneusement entretenue et répandue par des adversaires politiques, dans un intérêt de parti, avait d'ailleurs un fond de réalité. Comme tout grand esprit, Jaurès ne cessa jamais d'aller à l'école de la vie, de réfléchir et d'étudier profondément et consciencieusement ses problèmes d'une complexité redoutable et croissante. En homme chez qui le :sens de la vérité et le sentiment de la sincérité non seulement avec les autres, mais aussi avec lui-même étaient fortement ancrés et toujours présents, il pensait et repensait, jpesait et repesait continuellement et minutieusement les mêmes problèmes. Il refaisait, à chaque moment décisif de sa vie politique, le tour des difficultés inhérentes aux problèmes sociaux et politiques. Esprit à la fois fin et d'une étendue immense, il voyait clairement non seulement les difficultés élémentaires, mais il allait à leur rencontre, les recherchait, les provoquait, les amassait, les épuisait. Athlète vigoureux de la dialectique la plus raffinée et la plus habile, il trouvait une joie particulière à les aligner,
les unes après les autres, pour les surmonter, pour les dompter toutes. Observateur attentif, consciencieux, infatigable, il s'enrichissait perpétuellement de nouvelles expériences, de nouvelles connaissances. Et, dans son champ d'observation, Jaurès voyait tout, retenait tout, savait tout, les apparences comme le fond des choses. D'une probité intellectuelle peutêtre sans exemple, Jaurès était un éternel étudiant de la réalité. Il interrogeait tout le monde, du savant le plus renommé jusqu'au journaliste, au militant socialiste le plus humble. Il transformait ainsi les couloirs de la Chambre, les salles de rédaction et des Congrès, les arrière-boutiques des réunions publiques en autant de salles d'études. Rien n'était plus curieux que de le voir entouré, à la salle des Pas Perdus de la Chambre des Députés, par une foule de journalistes représentant toutes les couleurs de l'arc-en-ciel politique. Il écoutait, souriait et, surtout, interrogeait. Des observations se croisaient. Des questions, des mots d'esprit, de fines plaisanteries fusaient. Jaurès répondait à tout et à tous, avec une douceur attentive et une indulgence infinie. Au lieu d'écraser son interlocuteur de son autorité, de son immense savoir, de sa dialectique irrésistible, il le faisait, à la manière de Socrate, simplement, modestement et parfois malicieusement, accoucher de tout ce qu'il savait. C'est son auditoire qui était son professeur. Et Jaurès était un excellent élève qui, souvent, faisait la joie et le bonheur de cet auditoire enseignant, en jetant, comme par hasard, un mot étincelant et délicatement spirituel qui répandait une clarté soudaine sur une situation extrêmement embrouillée ou mettait doucement fin à une discussion qui ne s'aigrissait jamais; une bonté infinie plus encore qu'une courtoisie impeccable présidait à tout échange de vues, à toute conversation avec Jaurès.
On comprend aisément que Jaurès, en suivant cette méthode d'investigation perpétuelle dans la vie politique, où règne en souveraine l'habitude la plus déplorable de trancher d'autorité sur tout et sur tous, avec le dédain le plus complet de l'adversaire et de sa thèse, habitude qui devient un moyen infaillible de s'imposer à la foule ébahie et ignorante, on comprend, dis-je, que dans cette éternelle recherche de la vérité vraie Jaurès ait été obligé, au cours de sa longue car-
rière politique, de modifier ses conceptions et sa tactique à l'égard de problèmes d'une complexité infinie. Il observait luimême, avec sa bonhomie souriante et avisée, qu'il « n'a pas la prétention puérile de n'avoir jamais changé en vingt années d'expérience, d'étude et de combat ou plutôt qu'il ne se calomniait point assez lui-même pour dire que la vie ne lui a rien appris. »
Mais ces modifications étaient d'ordre secondaire. Le fond de ses conceptions et de sa tactique est toujours resté identique. C'étaient les variations du même texte fondamental : le socialisme républicain, laïque et démocrate cherchait à concilier dans un tout harmonieux l'idéalisme le plus sublime avec le réalisme le plus concret et à rattacher l'avenir aux forces du présent et du passé.
Jaurès lui-même a expliqué cette tendance fondamentale et unitaire de son évolution dans des pages claires et sobres, et d'une vérité évidente. Nous extrayons de sa longue préface aux Discours Parlementaires (édités par M. Claris en 1904) quelques données caractéristiques qui prouvent, sans contestation possible, qu'en son essence la vie politique de Jaurès fut une.
Voici ce qu'il y dit :
« J'ai cédé sans scrupule aux conseils de ceux qui me demandaient de réunir en volume mes discours parlementaires. Qu'on ne voie là ni péché d'orgueil ni faiblesse de vanité. L'homme politique qui, mêlé à d'incessants combats, s'attarderait avec quelque complaisance littéraire à l'expression oratoire des luttes passées serait bien frivole. Rien au demeurant ne fait mieux ressortir que ces sortes de publications la disproportion entre la force des événements et l'infimité de l'action individuelle. Mais il ne me paraît pas inutile de réunir quelques éléments de propagande qui peuvent être utilisés par les militants socialistes et d'aider la démocratie tout entière à se faire une idée plus nette de la pensée et de l'action de notre parti. Il ne me paraît pas inutile non plus, en ce qui me concerne, de marquer par des témoignages authentiques et irrécusables la ligne de développement que j'ai suivie. Certes, je n'ai pas la prétention puérile de n'avoir jamais changé en vingt années d'expérience.
d'étude et de combat. Ou plutôt je ne me calomnie point assez moi-même pour dire que la vie ne m'a rien appris. Quand je suis entré au Parlement, à vingt-six ans, je puis dire que je .sortais du collège. Car, dans notre pays, où il n'y a rien de comparable à cette aristocratie anglaise qui propage la culture politique en tous les milieux où ses fils sont appelés, l'Ecole normale et l'Université sont presque un prolongement du collège; c'est comme un internat intellectuel, animé parfois d'une merveilleuse effervescence d'idées, et d'où l'esprit se passionne pour le mouvement du monde, mais où il n'est point averti par le contact immédiat des hommes et des choses. Dans les esprits ainsi préparés, les informations les plus subtiles parfois et les plus profondes se juxtaposent aux plus singulières ignorances. C'est une chambre recueillie et vaste qui n'a que de médiocres ouvertures sur le dehors, et d'où l'on perçoit mal les objets les plus proches, mais où des combinaisons de miroirs prolongent et compliquent le reflet lointain des aubes et des crépuscules.
« Pour moi, dans mes premières années d'études, j'avais ou pressenti ou pénétré tout le socialisme, de Fich;te à Marx, et je ne savais pas qu'il y avait en France des groupements socialistes, toute une agitation de propagande, et de Guesde à Malon, une ferveur de rivalité sectaire. Comment des esprits ainsi formés n'auraient-ils point à apprendre beaucoup de la vie quand enfin ils entrent en communication avec elle? Ils n'ont pas seulement à rectifier et à compléter leur première éducation trop livresque et solitaire; il faut encore, par un nouvel effort, qu'ils se défendent ou qu'ils réagissent contre l'impression trop vive que leur fait la nouveauté des choses. Des hommes que j'avais trop longtemps ignorés ont exercé sur mon esprit, à la rencontre, une séduction soudaine et violente, que je contrôle maintenant, mais dont, malgré les dissentiments ou même les ruptures, je ne me déprendrai jamais tout à fait. Ainsi se meut la pensée des hommes sincères qui cherchent en tm travail profond et souvent inaperçu le point d'équilibre de leur vie intérieure et de la vie mouvante des choses.
« Je n'ai donc point à m'excuser de m'être efforcé sans cesse vers la vérité et de m'y efforcer encore. Mais j'ai le
droit de dire que depuis que je suis dans la vie publique, la direction essentielle de ma pensée et de mon effort a toujours été la même. J'ai toujours été un républicain et toujours été un socialiste : c'est toujours la République sociale, la République du travail organisé et souverain qui a été mon idéal. Et c'est pour elle que, dès le premier jour, avec mes inexpériences et mes ignorances, j'ai combattu. De cette continuité la série des discours que j'ai prononcés au Parlement témoigne d'une façon décisive; la série des articles que j'ai publiés en témoignerait dans un détail plus précis encore. Je n'espère point détruire la légende qui fait de moi un ancien « centre-gauche » passé brusquement au socialisme. Les légendes créées par l'esprit de parti sont indestructibles, et celle-ci a pour elle une sorte d'apparence; car si, dans la législature de 1885 à 1889, je n'étais inscrit dans aucun groupe, si je votais souvent avec la gauche avancée, si je manifestais en toute occasion ma tendance toujours plus nette au socialisme, je siégeais géographiquement au centre; et cela a suffi, pour bien des hommes, à me classer. Mais j'étais dès lors, profondément et systématiquement, un socialiste collectiviste. Et dans toutes les paroles que j'ai dites l'inspiration socialiste est évidente. De même que mon idéal est resté le même en ses grands traits, la méthode est demeurée essentiellement la même.
« S'il est faux que je sois passé de la doctrine et du programme du centre gauche à la doctrine et au programme du socialisme, il est faux aussi que j'aie conseillé et pratiqué, de 1893 à 1898, une méthode de Révolution grossière et d'intransigeante opposition, pour adopter ensuite un réformisme atténué et un rythme traînant d'évolution. Certes, dans l'effervescence des premiers grands succès socialistes de 1893, j'ai eu parfois l'illusion de la victoire entière et toute prochaine et vraiment trop facile de notre idéal. Et dans le feu de la lutte contre les gouvernements de réaction systématique qui nous défiaient, qui nous menaçaient, qui prétendaient nous rejeter hors de la République, nous excommunier du droit commun, de la vie nationale, j'ai fait appel aux véhémentes énergies du prolétariat comme j'y ferais appel demain si les pouvoirs constitués prétendaient interdire la libre
évolution légale au collectivisme et à la classe ouvrière. Mais dans tous mes discours de cette période orageuse, et dont je ressens encore avec fierté les âpres émotions, on retrouvera sans peine tous les traits de notre action politique socialiste d'aujourd'hui.
« C'est le même souci fondamental de rattacher le socialisme à la République, de compléter la démocratie politique par la démocratie sociale. C'est le même appel à la force de la légalité républicaine, si seulement cette légalité n'est pas violentée par l'audace des partis rétrogrades ou déformée par leur perfidie. C'est la même passion pour la haute culture humaine en même temps que pour l'organisation croissante et la libération économique du prolétariat. C'est la même préoccupation incessante de clore la période de leurs critiques et de faire apparaître en des projets de loi positifs le caractère organique du socialisme. C'est le même opportunisme à utiliser, au profit du Parti socialiste et du mouvement ouvrier, tous les dissentiments de la bourgeoisie, toutes les forces de liberté ou toutes les chances de moindre oppression que nous a léguées la tradition démocratique et révolutionnaire de la France. C'est la même volonté d'aboutir à ces réformes immédiates qui préparent ou même qui commencent la décisive transformation sociale. C'est la même inflexibilité de tactique, qui, entre l'opposition violente aux ministères Dupuy et Perier et l'opposition violente au ministère Méline, a inséré, sous le ministère de M. Bourgeois, le ministérialisme socialiste le plus délibéré et le plus constant, je dirais presque le plus intransigeant. Ainsi je peux parcourir de nouveau en pensée la ligne que j'ai suivie depuis vingt ans sans m'y heurter à mes propres contradictions. Elle est accidentée comme le terrain lui-même, tantôt escarpée et directe comme pour un assaut, tantôt côtoyant l'abîme, tantôt sinueuse et d'apparence aisée; mais toujours elle va vers le même but t elle est orientée vers la lumière du socialisme grandissant. »
Par ce précieux document autobiographique nous pouvons suivre chez Jaurès la genèse de la conception socialiste à laquelle il garda une fidélité inébranlable et touchante à travers toutes les vicissitudes et toutes les tempêtes d'une vie
politique violemment agitée. Il arriva au socialisme par des « études », c'est-à-dire par la réflexion, par un effort de raison et un mouvement de cœur. Et dès ses premières études, il a « pressenti ou pénétré tout le socialisme de Fichte à Marx ». Mais il y avait, selon Jaurès lui-même, qui a toujours eu le courage moral, le plus difficile de tous, de se dire la vérité à lui-même, une lacune dans ce socialisme pressenti ou plutôt deviné par une intuition géniale : il ne savait pas qu' « il y avait en France des groupements socialistes, toute une agitation de propagande ». Dans son ardente passion de vérité et de réalité, Jaurès se met en communication avec les chefs des groupements socialistes et étudie leur œuvre. Jaurès a découvert le socialisme avant de découvrir les socialistes et leurs organisations. Ce fait primordial nous livre la clef de ses rapports ultérieurs avec ices dernières. Il cherche d'abord à apprendre beaucoup de la vie socialiste qui vient soudainement de se révéler à lui. Il complète sa première éducation qu'il trouve « trop livresque et solitaire ». Mais, en même temps, il se met en garde contre « l'impression trop vive » que lui fait « la nouveauté des choses », contre la « séduction soudaine et violente » des premiers fondateurs, des premiers apôtres du socialisme français. Et il soumet à un contrôle rigoureux de sa propre raison, de sa propre conception, cette première fascination des hommes de premier ordre dont il a reçu le premier éblouissement. On dirait qu'il cherche à se prémunir lui-même contre un excès de générosité de cœur et d'esprit qui porte les individualités supérieures à s'effacer et à s'amoindrir volontairement devant leurs prédécesseurs et leurs ancêtres spirituels. Et il cherche instinctivement à équilibrer sa vie intérieure et les influences extérieures pour sauver son originalité propre, son moi persistant au milieu « de la vie mouvante des choses ».
Ceux qui ont suivi attentivement sa vie socialiste ont pu constater par de nombreux faits que jamais Jaurès ne put se départir de cette sorte de timidité généreuse et spontanée vis-à-vis des fondateurs et des premiers propagandistes du socialisme français organisé. Je me rappelle un incident émouvant, entre beaucoup d'autres, qui s'est produit à une des réunions du Conseil National du Parti socialiste
unifié. Jaurès demanda publiquement la permission à Jules Guesde de modifier son attitude dans une question spéciale malgré l'engagement pris la veille dans une entrevue particulière avec le fondateur du Parti Ouvrier Français. Et il déclara devant les délégués de toutes les Fédérations réunies qu'il avait, la veille, subi l'ascendant personnel de Guesde, mais qu'une fois resté seul il s'était « repris » (je me rappelle exactement cette dernière expression employée par Jaurès).
Jaurès composa son document autobiographique en 1903 ou 1904. (Les Discours ont paru /au début de 1904.) A cette époque, il était violemment et souvent injustement attaqué par les représentants et les membres des vieilles organisations socialistes françaises. Mais, en s'élevant au-dessus de ces attaques, parfois venimeuses, il déclare que « malgré les dissentiments ou même les ruptures », il « ne se déprendra jamais tout à fait » de « la séduction soudaine et violente » qu'ont exercée sur son esprit les hommes qu'il avait « trop longtemps ignorés », c'est-à-dire ceux mêmes qui, en ce moment de scission historiquement inévitable, le déclaraient déchu de la dignité de socialiste. Il est difficile de trouver un exemple d'une plus grande élévation d'esprit et de cœur. Jaurès craignait, semble-t-il, de manquer d'égards à l'Idée elle-même en mésestimant ses premiers annonciateurs.
Pour compléter l'histoire de son adhésion au socialisme, nous citerons un autre document, qui a la valeur d'un témoignage personnel de Jaurès. C'est un discours qu'il prononça, inter pocula, au banquet de la Revue Socialiste lorsqu'elle fêta, en 1910, son vingt-cinquième anniversaire :
« Je ne veux pas, dit Jaurès, mêler des souvenirs trop personnels à la commémoration de cette grande oeuvre de la Revue Socialiste dont le caractère est précisément d'avoir été en même temps qu'une œuvre vivante, une œuvre impersonnelle, affranchie de l'esprit de personnalité exclusive et de coterie; mais je ne peux pas ne pas me rappeler que c'est de la Revue Socialiste, au temps oii j'étais, paraît-il, dans les régions du centre gauche, que me sont venus les premiers signes d'appel et de reconnaissance.
« Je crois l'avoir dit ailleurs, j'avais fait sur la question
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agraire, — Tarbouriech ne le sait peut-être pas quoiqu'il soit le rapporteur officiel du Parti sur la question, — j'avais fait cr. 1885 ou 1886 un discours où j'avais parlé pour les paysans, pour ceux qui travaillent la terre. Et en lisant la Revue Socialiste, j'y vis un article de Rouanet — ce grand étourdi, ce grand distrait, ce grand absorbé qui, j'en suis sûr, à cette heure, est plongé dans les documents où il cherche l'Histoire de la Revue, et qui a oublié que c'était ce soir son anniversaire — Rouanet me dit : « Mais venez à nous, monsieur; (( vous êtes des nôtres, vous êtes socialiste ». Et c'est le certificat le plus ancien que je puisse produire.
« Je fus encouragé par cet appel, et comme je sentais, socialiste en effet, qu'il fallait chercher un centre d'action, je crois l'avoir raconté ailleurs, un beau jour, un beau soir de ferveur et d'enthousiasme, je gravis la rue des Martyrs. qui menait alors au local de la Revue Socialiste et je montai en tremblant, en député de province, en néophyte qui était socialiste de cœur mais qui ne connaissait pas le Parti, le petit escalier tournant, obscur, branlant. J'arrivai à la salle de rédaction. Et sur le seuil de la salle, je demandai : « Est-ce « que M. Benoît Malon est là ? » d'un air si troublé, si gauche que les Rédacteurs, avec cette belle impertinence des hommes qui occupent une salle de rédaction, me répondirent : « M. Benoît Malon est sorti ». Et tout confus, je redescendis l'escalier rapidement, mais pas assez vite pour ne pas avoir entendu l'immense éclat de rire socialiste et révolutionnaire.
« Eh bien, je n'ai pas osé y revenir tout de suite, mais je n'ai pas gardé rancune à la Revue, et c'est dans la Revue Socialiste que j'ai commencé à publier une série d'études sur l'organisation du socialisme.
« C'est le fameux projet que j'ai promis; mais celui-là non plus — c'est une fatalité — je n'ai pas pu le finir.
« Eh bien, citoyens, nous reprendrons peut-être ces choses, et vous voyez que je parle sans mélancolie de ces souvenirs déjà lointains. J'en parle sans tristesse, avec une sorte d'allégresse, avec une sorte de joie, quoique déjà bien des années soient passées et quoique ces vingt années, presque un quart de siècle, aient déjà atteint en la plupart de nous la force première de la jeunesse î ^ ,