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CHAPITRE IV

L'Organisation de la Nation armée

Jaurès incarne le génie et la conscience de la France moderne, de la France issue de la Révolution, Il a un véritable culte, une passion pour la France. Aucun homme politique moderne n'a eu pour elle une plus grande ambition, une plus profonde conscience de son rôle dans l'avenir. Et c'est contre cet homme, la force et l'honneur de son pays, la force et l'honneur de l'humanité, que la réaction scélérate, ignorante et imbécile, a osé diriger son venin de serpent, en le représentant comme traître à son pays. Jaurès avait très rarement recours à des polémiques personnelles. Aux calomnies perfides et venimeuses il répondait par l'action, par toute une vie de bienfaisance et d'activité quasi-surhumaine. Aux manœuvres des adversaires il opposait des œuvres de bonne foi. C'est ainsi qu'il réfuta par un projet de loi, qui a pris l'extension d'un livre, l'Armée Nouvelle, ceux qui, stupidement et malhonnêtement, l'accusaient, sans y croire eux-mêmes, de vouloir désarmer la France au milieu des puissances armées.

Cette œuvre, tenue pour remarquable par des spécialistes de l'organisation militaire, contient toute une philosophie démocratique et sociale. Jaurès y mit tout son génie, tout son esprit, tout son cœur, toute sa flamme et tout son talent. On ne sait ce qu'il faut le plus admirer en l'auteur de cette œuvre de premier ordre : de sa capacité prodigieuse à s'assimiler, dans tous leurs détails, concrets et techniques, les problèmes les plus ardus et les plus compliqués, ou de son génie généralisateur et synthétique ou, enfin, de sa généreuse passion dévorante pour tout ce qui est beau, pour tout ce qui est grand.

Il commence par faire disparaître tout malentendu entre le socialisme et la patrie.

« Pour la nation aussi, il y a un intérêt vital à ce que tout malentendu entre elle et le socialisme soit dissipé. Un pays qui ne pourrait pas compter, aux jours de crise où sa vie serait en jeu, sur le dévouement national de la classe ouvrière, ne serait qu'un misérable haillon. Par quelle aberration la démocratie française s'obstinerait-elle à calomnier la pensée de ce prolétariat de France qui proclame sans cesse le devoir et la volonté des prolétaires de défendre l'autonomie de la nation? Ce qu'il demande à la nation, il a le droit et le devoir de le lui demander.

« Il lui demande simplement de lui épargner un crime aussi funeste à la France qu'à la classe ouvrière elle-même, et ce crime c'est de jeter les ouvriers dans une guerre contre leurs frères des autres pays sans avoir mis du côté de la France l'évidence du droit. Or, au moment où la France prend à la conférence de la Haye, très mollement, la direction de la politique d'arbitrage, au moment où elle propose que tout pays, à la veille d'un conflit, saisisse du conflit la conférence de la Haye, la France prend l'engagement moral de pratiquer cette politique. Elle n'y saurait manquer sans scandale. Et les travailleurs de France n'abusent pas vraiment quand ils adjurent la France de ne pas déchirer étourdiment et cruellement le lien de solidarité qui les lie aux ouvriers de tous les pays. Ils l'adjurent de rester fidèle à ce qu'il y a de meilleur en elle, et en protégeant son idéal le plus haut contre la surprise des passions ou la manœuvre d'intérêts subalternes, ils servent la patrie comme le prolétariat.

« Ce qu'ils demandent encore, ce qu'ils ont le droit

ET LE DEVOIR DE DEMANDER, C'EST QUE LA NATION ORGANISE SA FORCE MILITAIRE SANS AUCUNE PRÉOCCUPATION DE CLASSE OU DE CASTE, SANS AUTRE SOUCI QUE CELUI DE LA DÉFENSE NATIONALE ELLE-MÊME.

{( J'ose prier les officiers eux-mêmes de méditer sans passion et sans préjugé l'idée générale du socialisme et l'application qu'il en fait à l'institution militaire. Il serait funeste pour eux, j'entends pour la vie de leur esprit, de céder aveuglément à des préventions haineuses contre des hommes qu'ils ne connaissent pas, contre des systèmes de pensée qui heur-

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tent d'abord leurs habitudes. Ils ont fait l'épreuve, dans le drame de l'affaire Dreyfus, du péril de ces malentendus. Ils ont cru, sur la foi de quelques chefs compromis, sauver l'armée en luttant contre le vrai et le juste. Je ne sais quelle est la conclusion secrète qu'ils ont tirée de cette tragédie. Le pire serait que par une gageure insensée, ils aient persévéré silencieusement dans l'erreur première, ou que par dégoût d'un drame où leur conscience et leur raison furent engagées si à faux, ils en aient détourné leur pensée sans avoir déduit les conséquences nécessaires. Mais s'ils ont ce haut courage qui cherche dans les plus douloureuses épreuves et les plus mortifiantes erreurs une leçon et un renouvellement, ils ont certainement conclu qu'ils devaient garder l'intelligence ouverte et la conscience libre. Le jour où l'existence nationale serait en jeu, ils auraient à conduire à la bataille des millions de prolétaires ; quelle faiblesse et quelle tristesse si entre eux et ces hommes il y a comme un divorce moral, un irréparable malentendu de la conscience et de la pensée ! »

Mettre le droit de son côté et mettre la force vraiment nationale au service du droit, quel rêve plus noble peut-on nourrir pour son pays ! Jaurès veut concilier la nation avec son armée, l'armée avec la justice et la force avec le droit. Il veut faire une réalité de la pensée de Napoléon définissant, quant à son sens, la révolution une idée armée. Jaurès ne veut pas désarmer la France : il veut armer la justice, le droit, rendre invincible la démocratie, la France de la Révolution. Pour atteindre ce but, il commence par révolutionner l'éducation militaire à laquelle il demande l'abandon complet de tout esprit de caste et de réaction.

« Le seul moyen de résoudre les difficultés et d'écarter les périls, le seul moyen de donner au pays pour sa défense l'éducation militaire la plus intense, la plus continue, la plus profonde, c'est de renoncer à la superstition du service de caserne, c'est de ne voir dans ce service qu'une école de recrues donnant au soldat, en quelques mois, les éléments nécessaires, et d'organiser sérieusement dans le pays même des unités organiques de combat, des compagnies à plein effectif qui pourront être convoquées périodiquement sur le territoire

même où vivent les citoyens qui en font partie, et vigoureusement entraînées par des exercices énergiques et efficaces.

« Pour quelles raisons donc ce système qui prélève inutilement sur la nation tant de forces jeunes et vives et qui ne sert vraiment ni l'éducation des soldats ni l'instruction des cadres, mais qui les contrarie et qui fait obstacle à la formation dès le temps de paix de vivantes unités de combat, comment donc et par quelle superstition ce système a-t-il pu se maintenir jusqu'ici? C'est d'abord un effet de la routine. Depuis des générations, les armées, dans les grands Etats modernes, sont des armées de caserne. Il semble qu'il n'y ait d'armée permanente que là où il y a un rassemblement permanent d'hommes armés. Même quand on cède à la force du temps nouveau, même quand on est obligé, par le service obligatoire personnel et égal, d'affirmer le principe de la nation armée et d'incorporer des masses énormes qui doivent former la véritable puissance défensive, on reste hanté par le passé, on essaie de retenir tout ce qu'on peut de la vieille armée, et on veut réduire l'armée nouvelle à n'être qu'une contrefaçon de l'ancienne. Ainsi de la petite partie de l'armée groupée à la caserne, on fait consciemment ou inconsciemment le tout ; de ce qui ne doit être que l'école, que le stage, on fait l'essentiel ; de ce qui n'est que l'échafaudage, on fait la charpente permanente, destinée seule à porter tout l'édifice. Ceux qui observent l'histoire et y constatent les lois du progrès humain ne sont pas surpris de cette résistance. Les idées nouvelles ne triomphent d'habitude que par une série de compromis où se prolonge très longtemps l'effet des idées anciennes. Les lois militaires qui se succèdent depuis trente ans chez nous, les institutions militaires dont ces lois sont la formule sont le résultat de transactions successives entre la conception ancienne de l'armée de métier, séparée de la nation, longuement cloîtrée dans une vie spéciale, et la conception de la nation armée qu'imposèrent à la fois les victoires politiques de la démocratie et les défaites militaires de la vieille armée. Mais aujourd'hui, quand nous voulons dégager le dernier terme de cette évolution, nous nous heurtons à la résistance suprême des habitudes. Nous nous heurtons aussi à la résistance des amours-propres de caste,

OU, si l'on veut, de corporation. Il semble à bien des chefs que leur prestige est bien plus éclatant de commander de vastes rassemblements d'hommes, toujours groupés dans leur main, que d'être les premiers citoyens d'une armée confondue avec la nation. Maintenant, par l'importance dominante donnée à ce qu'on appelle l'armée active et qui n'est plus que l'armée encasernée, l'armée paraît constituer un monde à part, une sphère éclatante et sonore, ayant ses lois propres, son mouvement propre et par la concentration visible de ses énergies, une sorte de flamboiement auguste. De même que les esprits façonnés par l'habitude monarchique ne reconnaissent la majesté du pouvoir que concentrée dans une famille ou dans un homme et que la souveraineté de la démocratie leur semble je ne sais quoi de médiocre, de terne et de diffus, de même les esprits formés par notre tradition militaire ne reconnaissent la puissance de l'armée que dans une institution concentrée, autonome, vivant de soi. Et plus les nécessités politiques et sociales ouvrent cette armée à toute la nation, plus ils essaient de se persuader que la force essentielle de l'armée est dans ce qui subsiste du régime ancien de spécialité et de séparation. Tous ces hommes se trompent. De même qu'il n'y a pas de pouvoir qui ait plus de majesté que celui qui réside dans la volonté de tous constatée par la loi, de même il n'y a pas d'armée qui ait plus de force et d'éclat et qui puisse communiquer à ses chefs, s'ils sont vraiment en harmonie avec elle, plus d'autorité morale et plus de prestige, qu'une armée qui sera la nation elle-même, passionnée pour son indépendance et organisée pour la défendre.

« Les résistances des préjugés, des amours-propres surannés ne prévaudront pas contre la volonté profonde de la nation qui veut porter au plus haut ses chances de vie. Une heure vient on le pays s'aperçoit que les compromis trop prolongés sont dangereux, que les concessions faites au passé paralysent le développement du principe nouveau. Et alors à la période des mélanges confus et des combinaisons hybrides, succèdent les institutions décidées et nettes. L'armée de caserne grossie à un rôle démesuré masque l'armée véritable, elle l'offusque. Elle fait obstacle à l'organisation sérieuse des forces défensives de la France;

« Il est temps d'aller au secours de la véritable armée, qui périt de langueur, étouffée par des formes parasitaires.

« Déjà, comme je vais le montrer, la fausse et rétrograde conception des rapports de l'active et de la réserve, la prédominance de l'une, l'humiliation et l'abandon de l'autre ont produit cet effet funeste de mutiler la défense de la France, de lui retirer en fait la moitié des forces disponibles. Au point de vue de la défense, on peut dire qu'aujourd'hui, par le vice de l'institution militaire, il ne reste plus que la moitié de la France. »

Jaurès veut mettre fin à ce dualisme de l'armée active et de la réserve qu'il croit funeste pour « les chances de vie » de la nation. C'est le contraire d'une diminution de la force défensive du pays qu'il réclame : c'est la défense complète, intégrale, efficace et décisive. Comme il confond l'armée avec la nation, l'idée de l'armée démocratique avec l'idée de la justice armée et triomphante, il parle de l'armée avec la même passion ardente que de la nation elle-même, et il l'entoure de la même tendresse. Jaurès aime passionnément l'armée parce qu'il adore la France. Il a le culte de la France parce qu'il l'identifie avec le droit, avec la Révolution. Et il la veut formidable.

« Quand on entend sans cesse, au Parlement, discourir de la « nation armée », quand on constate que la plupart des chefs militaires, même ceux qui ont l'esprit le plus conservateur, déclarent accepter le principe de la « nation armée », on est amené à croire qu'en effet, au jour du péril tous les citoyens vraiment capables de porter les armes et de marcher iront au-devant de l'ennemi. Quand on entend répéter, quand on lit dans des œuvres comme celle du général Langlois, que la principale force de la France est dans ses réserves, on est tenté de supposer qu'en effet les onze classes de la réserve de l'armée active participeront activement à la défense du sol menacé. Ce serait un effectif formidable. Deux millions d'hommes, tous exercés, tous valides, tous jeunes, tous en pleine force, puisque les plus âgés d'entre eux n'auraient pas plus de trente-quatre ans, se lèveraient à l'appel de la patrie; ce ne serait ni une élite restreinte, ni une multitude confuse et

tumultueuse, mais une masse éduquée et disciplinée, joignant la force de l'organisation à la puissance du nombre. Il n'en est rien, et, dans les combinaisons présentes de nos étatsmajors, dans les plans actuels de mobilisation et de concen^ tration il n'y a que cinq classes de réserve sur onze, pas même la moitié, qui sont destinées à un rôle vraiment actif et de premier plan, à une œuvre décisive de choc et d'écrasement. Sept classes de réserve, tous les hommes de vingt-sept à trente-quatre ans, sont rejetées de l'armée de première ligne.

« Ainsi, au jour de la mobilisation, les réservistes fantassins des classes les plus jeunes sont versés dans les 144 régiments d'infanterie de l'armée active; ils en doublent l'effectif. Les autres sont affectés à des régiments de réserve qui seront en réalité des régiments de territoriale et qui auront pour fonction éventuelle ou de garder des places fortes et des voies de communication, ou d'alimenter en hommes l'armée de première ligne à mesure que celle-ci subira des pertes par le feu ou la maladie. C'est M. Messimy qui, dans ses rapports de 1906 et 1907, constate, pour ainsi dire officiellement, que les dirigeants de la France ont renoncé à utiliser, pour produire sur l'envahisseur un effet de masse, les sept dernières classes de la réserve, c'est-à-dire au moins un million d'hommes en pleine vigueur. Il écrit en 1906 : « Pour « notre part, contrairement à l'opinion généralement admise « jusqu'à ce jour, nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire « de faire faire aux réservistes deux périodes égales dans « les troupes actives de première ligne. Ces hommes sont « en effet, affectés à des formations différentes suivant leur « âge ; de vingt-cinq à vingt-sept ans, ils feraient partie à la « mobilisation des régiments actifs; de vingt-huit à trente- « trois ans, ils appartiendraient aux régiments de réserve, « formations sinon identiques, du moins très analogues aux « régiments territoriaux. »

« Il insiste en 1907 : « La conséquence logique de la ré- « duction de la seconde période à quinze jours serait le grou- « pement de tous les réservistes anciens, qui, dans la pratique, « ne font plus partie, comme ceux des cinq ou six classes « les plus jeunes, des formations de première ligne, en régi- « ments de réserve, et leur envoi, non plus aux grandes ma-

« nœuvres, mais dans des camps d'instruction que nous avons (( organisés à grands frais, mais dont nous ne savons pas « encore convenablement tirer parti. »

« Certes, dès maintenant, la séparation des deux parties de la réserve est complète. Il y en a une, au moins égale à l'autre, qui n'est plus que de nom réserve de l'armée active. Elle n'aura avec celle-ci aucun rapport pendant la guerre; il convient qu'elle n'en ait même point pendant la paix, et qu'elle apparaisse bien comme n'étant qu'une forme de l'armée territoriale destinée ou à un service sédentaire ou à un service d'arrière. La France a trop de réservistes ; elle a trop de citoyens capables de la défendre; elle ne saurait qu'en faire; elle en serait plus encombrée que protégée. »

La nation armée signifie nécessairement la nation juste. Les gouvernements qui renoncent à l'emploi immédiat de toutes leurs réserves avouent par là même des arrière-pensées de violence inique et des desseins suspects. L'Allemagne impérialiste et militariste est logique lorsqu'elle met de plus en plus sa confiance et le centre de gravité de sa force militaire dans son armée active de caserne, quand elle tend à réduire de plus en plus, dans les premiers événements de guerre qu'elle imagine décisifs, le rôle des réserves, c'est-àdire de la nation.

Elle se dispense par là de compter avec le sentiment national, avec un commencement de démocratie, avec tin commencement de sociar lisme. M. le général Langlois est logique, détestablement logique, lorsque, dans une même étude, il proclame à la fois que la France doit reprendre non seulement une tactique offensive, mais ime politique agressive et qu'elle doit compter surtout sut des formations militaires ovi l'active dominera.

Lui aussi il a pour les citoyens mariés une touchante sollicitude. Admirable prétexte à discréditer les réserves, c'est-à-dire à tenir la nation en dehors- du drame et à remettre aux mains d'une armée professionnelle savamment extraite de la nation armée tout le destin de la patrie. Ah ! oui, M. le général Langlois a raison de crier à la fin de son article : « Sus aux désorganisateurs ! »

Il n'en est pas de pires que ceux qui désorganisent la défense nationale en la mutilant dans son corpsi et en l'abaissant dans son âme. Du même coup ils lui prennent la force d'un million de soldats et la force du droit certain qiii est dans la volonté de paix.

La France d'aujourd'hui est aussi logique, tristement logique avec sa propre incohérence et sa propre confusion lorsqu'elle institue im système militaire équivoque qui répond à l'ambiguïté de ce régime, fait de démocratie politique et d'oligarchie sociale, de tradition conque-

rante et d'aspiration à la paix. C'est par un eflfet de ce désordre et de ce mélange qu'elle fait dans son armée de première ligne une part aux réserves plus grande que ne fait l'Allemagne, et qu'elle traite cependant les réserves en force subordonnée et presque suspecte dont on ne se sert qu'à demi, par contrainte et avec une sorte d'appréhension ou de mépris.

Elle ne sera vraiment forte, elle ne sera invulnérable que le jour où elle aura pleinement conformé son organisation militaire à une politique de démocratie et de paix. Lorsque, comptant en effet sur les nécessaires restitutions du droit par la démocratie et la paix, elle aura le courage et la dignité de répudier définitivement devant le monde toute idée d'une revanche par les armes dont, au fond, elle ne veut pas et dont elle prolonge, par un faux orgueil, caricature de fierté, la formule creuse; quand elle aura délibérément, publiquement comme en secret et sans la moindre arrière-pensée, rejeté toute politique offensive; quand elle aura donné à tous les peuples l'assurance répétée qu'elle est prête à soumettre à l'arbitrage international tous les litiges; quand elle vivra ainsi dans la pleine lumière et dans le rayonnement de sa propre volonté de paix», elle pourra, si elle est menacée, faire appel au dévouement enthousiaste de tous ses citoyens, pour les grands chocs de première ligne comme pour la résistance innombrable et prolongée.

Ce jour-là, malheur vraiment à ceux qui oseront la menacer ! Mais quelle pitié de voir des hommes qui se proclament les premiers des patriotes, ks gardiens patentés de l'esprit de sacrifice et de la vertu militaire, retirer à la France, par l'inutilisation de plus de la moitié des réserves, cette puissance d'un million d'hommes et de l'élan national unanime!

Quelle pitié de les voir diviser la nation en citoyens célibataires et citoyens chefs de famille, avouant aux ennemis qu'ils sont incapables d'élever l'action militaire de la France à cette pure défense nationale ovi il n'y a plus de différence entre les citoyens, confondus en une seule âme, dans un même devoir, dans une même pensée, dans une même impossibilité d« discerner les nuances du sacrifice! Quelle pitié aussi de les voir, à l'heure où ils gémissent sur la faible natalité de la France, sur la supériorité croissante de la population de l'Allemagne, retirer à la France la seule supériorité militaire qui lui reste, je veux dire la pleine et soudaine utilisation de ses réserves ! La France, plus que l'Allemagne, en aurait la possibilité financière, car elle a de plus puissantes provisions d'or, de plus anciennes et plus fortes accumulations de capitaux, une aisance plus générale et un équilibre plus sûr de puissance industrielle et de puissance agricole; un plus grand effort d'argent lui serait permis.

La France, plus que l'Allemagne, aurait la possibilité morale d'appeler toutes ses réserves : car dans l'hypothèse où je me suis placé, elle serait manifestement l'objet d'une agression et les raisons politiques et sociales qui font que l'Allemagne impérialiste hésite à mobiliser ses réserves pour les premiers chocs seraient alors portées au maximum. Plus que l'Allemagne elle en aurait la possibilité stra-

tégique, car c'est sur le territoire même de la France assaillie que se livrerait la bataille, et il est plus facile à un peuple de concentrer toutes ses réserves sur son propre terrain, à condition qu'il ait la clairvoyance et le courage de choisir des zones de concentration oti il puisse, en effet, amener à temps toutes ses forces, qu'il n'est facile à l'envahisseur de porter en pays étranger, et d'un premier élan, toute sa force profonde, surtout là où elle est travaillée par k doute, par le malaise d'une lâche complicité dans une agression injuste. A UNE PARTIE QUI s'ENGAGËRAIT DK LA SORTE, j'oSË DIRE QUB

l'Allemagne militariste ï:t absolutiste ne se jiisquerait pas ou qu'elle y subirait un de ces désastres qui sont, pour les

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