SCÈNE V JEAN, NORA
JEAN
Ahl qu’est-ce que tu fais là toute seule, madame Jean?
NORA
Eh bien! monsieur, que signifient ces questions? Est-ce que je vais avoir à vous rendre compte de ma conduite, à présent?
JEAN
Plus souvent... toi me rendre des comptes. Je voudrais bien voir ça... Je te le défends.
NORA
Alors tu me permets d’avoir des secrets pour loi?
JEAN
Si tu juges à propos d'en avoir, c’est que tu auras tes raisons pour ça... pas vrai?...
nora. -
Sans doute !
JEAN
Eh bien! en ce cas...
NORA
J’en ai un bien gros en ce moment, va .
JEAN
Celui que tu dois me dire demain?
NORA
Oui.
JEAN
Si c’est trop tôt! tu sais... ne te presse pas.
Tu as donc bien confiance en moi?
JEAN
Que t’es bête! C’est comme si tu me disais: Jean ! crois-tu que la -violette spnte bon, et que la fleur du prunier soit blanche?
NORA
Si je te trompais pourtant ?
JEAN
Je t'en défie bien ?
NORA
Vaniteux ?
JEAN
Mais non, ça serait un autre, que je t’en défierais tout de même.... tu voudrais faire mal, tu ne pourrais pas.
NORA
Vilain flatteur, va 1
JEAN
Je ne te flatte pas. Est-ce qu'on flatte l’eau de la source en lui disant qu’elle est fraîche et pure? Elle est comme le bon Dieu l'a faite, et ne peut pas être autrement... te rappelles-tu ? quand tu étais haute comme ça, et que tu m’appelais Ian , en trottant au-devant de moi, sur tes petits pieds, quand je revenais de l’école... C’était déjà toi... rien qu’à voir de loin tes yeux qui me fixaient, j’oubliais les dures paroles du maître, les férules sur les doigts et les oreilles tirées; mes larmes fondaient sous ton regard, comme la rosée au soleil du matin; tu n’étais pas pour moi quelque chose d’ordinaire, et je n'osais pas te prendre dans mes bras, de peur que tu ne m’échappes en quittant la terre, et que tu ne t’envoles pour jamais dans les airs... ça, c’est une peur qui m’est toujours restée.
NORA
Comment, tu as peur que je ne m’envole?
JEAN
Oui, encore à présent, quand je te regarde si gentille et